Comment transplanter facilement (et sans dégâts) des zostères marines dans l’étang de Berre

En introduction de cet article, nous devons rappeler à nos lecteurs que les zostères marines sont des plantes protégées et que, sans autorisation, il est interdit de transplanter ces plantes.

En tant qu’association, nous avons fait deux demandes officielles qui ont été refusées par la DDTM13. Cette histoire est présentée en fin d’article avec les documents originaux essentiels et nous laissons nos lecteurs juges de la pertinence des refus.

Le but de cet article est d’expliquer à nos adhérents et lecteurs les méthodes que nous avions prévues (et qu’il n’était d’ailleurs pas prévu de garder pour nous).

Si, à la suite de cet article, certains individus décident de transplanter des zostères marines selon les méthodes présentées ici :

  • on ne leur lancera pas la pierre
  • on ne les dénoncera pas s’ils nous en informent (et on veut bien connaître les endroits de transplantations ! )

 

L’herbier source de Carteau à Port-Saint-Louis-du-Rhône

Même s’il y a des zostères marines plus près de nous dans l’étang de l’Estomac (voir cet article précédent), l’herbier source le plus grand, facile d’accès (et à trouver) est situé pas trop loin est celui de l’anse de Carteau.

En certains endroits, des zostères marines sont visibles depuis la rive, par exemple dans la darse conchylicole où nous sommes allés plusieurs fois (mais d’autres endroits aussi pratiques et productifs existent sans doute dans l’anse).

Selon le moment de l’année (mais viser plutôt le printemps, selon notre expérience), vous pourrez y trouver

  • des épaves (bouts de rhizome avec feuilles, arrachés par les vagues et venus mourir sur le rivage), presque toute l’année
  • des épis avec des graines mûres (seulement autour du mois de mai)

image herbier source reduit annoté

si on zoome sur la darse conchylicole

darse conchylicole reduit annotée

La méthode des épaves

Les zostères marines ressemblent un peu à des iris (dont elles sont de lointaines cousines retournées vivre sous la mer). Elles colonisent des territoires par des graines (voir chapitre suivant) mais aussi parce que des bouts de rhizome sont arrachés (par les vagues sans doute) et vont se replanter ailleurs.

Mais pour quelques boutures qui réussiront se replanter naturellement, la plupart échouera sur une plage ou un rocher et mourra. Nous les appelons des épaves. L’herbier de Port-Saint-Louis-du-Rhône en produit en quantité.

épaves Z marina 1

épaves Z marina 2

Ces épaves peuvent être ramassées à la main et stockées dans de simples bocaux avec de l’eau prise localement.

DSCN1076

Pour les replanter (le plus rapidement possible, le mieux est de le faire dans la foulée), il faut avoir un peu anticipé et préparé,

  • des fers à béton tordus en S (en tout cas une forme plane, en deux dimensions),
  • de la ficelle biodégradable,

et il n’y a plus qu’à attacher les boutures sur les fers

image fer en S avec zostères attachées

et à les déposer au fond de l’étang (les images ci-dessous montrent une méthode similaire, incluant juste en plus une toile de jute parfaitement inutile).

 

DSCN0902DSCN0903

après un an on peut avoir la chance de voir une tache de 1m2 (image prise à Beaurivage dans l’étang de Berre, tache issue d’une transplantation faite en 2017 avec un fer en S)

herbier 1 m2 beaurivage

La méthode des graines

Cette méthode n’a pas été testée dans l’étang à notre connaissance, mais est suffisamment élégante et légère pour que nous la présentions.

Vers le mois d’avril, les zostères de l’anse de Carteau font des fleurs qui mettent quelques semaines à se transformer en graines. Celles-ci semblent arriver à maturité vers la mi-mai.
Ces graines sont regroupées dans des gousses portées par la tige la plus haute. Ces gousses sont souvent facilement visibles depuis la surface, sans doute pour que les canards les voient, les mangent… et les emportent ailleurs (les premières taches de zostères apparues « spontanément » dans l’étang de Berre ont sans doute comme origine des graines apportées par des canards).

DSCN0740

Il faut, évidemment, attendre que les graines arrivent à maturité : si des gousses sont naturellement ouvertes, on peut y aller et prendre des gousses voisines encore pleines ! Les gousses sont très faciles à détacher de la tige (on le fait à la main). Et comme pour les épaves on peut les transporter dans de simples bocaux.

DSCN0756

Il suffit alors

  • de placer ces gousses sous des pierres (sinon elle flottent)
  • ou simplement de les jeter à l’eau (mais ce sera plus dur de voir plus tard si elles ont pris, car elles vont flotter, dériver et elles risquent de s’échouer sur un rivage)

Mais la meilleure méthode vue dans une publication scientifique (on en a perdu la trace) consiste à enfermer les gousses dans des poches de jute légère (dont les graines pourront s’échapper quand la gousse les libérera) qu’on attache par un fil (biodégradable !) à un ancrage. Si on met suffisamment de gousses dans une poche, celle-ci flottera et pourra diffuser les graines sur une surface assez importante autour du point d’ancrage.

 

Nos projets de transplantations avec demande d’autorisation et les refus de l’administration

Pour travailler avec des plantes protégées, il faut obtenir une dérogation de la DDTM13, qui basera son jugement sur l’avis des scientifiques nommés au Conseil Scientifique Régional du Patrimoine Naturel (CSRPN).

Historiquement, nous avons imaginé des transplantations de zostères marines pour motiver la ville de Martigues à retirer la géomembrane de plusieurs milliers de m2 toujours immergée au large de la plage de Ferrières. En effet si cette membrane est un jour retirée, on se retrouvera avec une surface « vierge » où l’opportunité de tenter une expérience de restauration écologique. La ville de Martigues fut une des première informée de notre idée… mais il nous apparut rapidement que le retrait de la membrane n’allait pas être effectué de sitôt.

En attendant l’hypothétique jour du retrait de la membrane, nous avons imaginé nous « faire la main » ailleurs…

Notre premier projet, datant de février 2017,  proposait de transplanter 4 (!!) boutures de zostères. C’était gratuit : proposition transplantation zostères rev F (pour DREAL + délimonage et Rode)

Refus de la DDTM13 en … décembre 2017 : (nos lecteurs admireront la belle confusion entre zostères naines et marines… qui, nous l’espérons, ne vient pas des scientifiques du CSRPN): Courrier DDTM13 refus transplantation z marina dec 2017

Nous avons fait une seconde proposition en avril 2018, portant sur 96 plants (6 carrés de 16 plants), toujours gratuite et en proposant de transmettre nos résultats de suivis au GIPREB (entre autres): Proposition transplantation zostères rev J

Nouveau refus le mois dernier (septembre 2018) de la DDTM13, notamment parce qu’on ne collabore pas assez avec le GIPREB : Courrier_réponse_DDTM13_Étang_Nouveau_13092018

 

Conclusion:

Transplanter des zostères est à la portée d’un militant isolé, pour peu qu’il possède une voiture et soit prêt à faire un aller-retour entre l’étang et l’anse de Carteau. Le taux de réussite avec ces méthodes est inconnu, mais non nul vu la tache obtenue à Beaurivage, et le but n’est pas de faire une expérience scientifique… mais d’aider au retour des zostères marines dont quelques taches existantes nous prouvent que les conditions sont désormais suffisamment bonnes (voir cet article et celui-là) (nous doutons que cet été les ait mises à mal).

Bien sûr ce n’est pas autorisé, mais qui dira que travailler avec des épaves ou des graines soit destructeur des herbiers de Port-Saint-Louis-du-Rhône? Certainement pas nous.

Pour notre association, il n’est pas exclu de faire une troisième demande de dérogation, mais vu notre passif avec le GIPREB (et soyons clairs, tant que M Andréoni sera son président et que nous n’en faisons pas partie, ce qui est sans doute lié) c’est un lourd projet en soi… et qui ne motive personne.

D’où cet article…

 

 

 

 

 

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