Publié par : pascal bazile | 3 mai 2015

Comparaison n°6 : le golfe de Fos et la recolonisation des fonds

Attention cet article est (très) long, les impatients iront directement à la conclusion (mais perdront beaucoup!!)

Après avoir comparé notre étang de Berre avec les étangs de Thau, du Vaccarès et de l’Estomac, puis la baie de Chesapeake et la forêt de Castillon, puis avoir fait une pause, reprenons le fil de nos comparaisons. Le nombre de comparaisons possibles et même pertinentes est au fond illimité et celles-ci peuvent nous permettre de mieux considérer d’une part les spécificités de l’étang de Berre mais d’autre part ses aspects parfaitement comparables à ceux d’autres biotopes.

Les golfe de Fos est une « zone côtière à échanges limités », que nous pouvons essayer de comparer à l’étang. cette zone est d’autant plus importante pour nous que les échanges entre les deux masses d’eau sont évidents et intenses. Le golfe de Fos a souffert lorsque l’étang a souffert. Si la réduction des rejets EDF a eu un impact, et nous pensons qu’il en a eu un, cet impact doit se voir dans l’étang ET dans le golfe. la recolonisation « marine » de l’étang se fera également à partir du golfe… selon son état.

L’industrialisation y a été comparable, mais la pêche n’y a pas été interdite, et même une mytiliculture, et même très récemment de l’ostréiculture s’est installée parallèlement à l’industrie, ce qui peut surprendre et doit évidemment nous intéresser.

Comme pour la plupart des comparaisons précédentes, parce l’espace d’un article de blog est limité, comme notre compétence, beaucoup d’aspects ne sont trop peu traités (mais il y a suffisamment de liens pour ceux qui veulent creuser) et on se concentre sur

  • ce qui est vérifiable facilement par des amateurs peu équipés
  • ce qui peut mener à ces actions pour une association comme la nôtre, en l’occurrence sur les fonds supposés pollués…

Présentation sommaire – géographie et géologie

Si on s’intéresse à l’histoire géologique, le golfe est situé à proximité directe du Rhône, et de la Camargue, et son aspect actuel est très récent. Si la Camargue a globalement tendance à reculer ses dernières années, elle avait beaucoup avancé depuis 2000 ans, comme le présente la carte ci-dessous (tirée d’un article (sur le canal de Marius) trouvé sur le site Persée).

Camargue romaineLe golfe de Fos dont nous allons parler ici ira de Ponteau/Lavéra à l’est, où la côte est rocheuse, à la flèche de la Gracieuse à l’ouest, où la côte est limono-sableuse puisque c’est l’extrémité est de la Camargue, c’est à dire le delta du Rhône.

Au nord de Lavéra se trouve le canal de Caronte, qui relie le golfe de Fos à l’étang de Berre. C’était une suite d’étangs (les étangs de Caronte) peu profonds et à échanges d’eau sans doute limités jusqu’à la fin du 19ème siècle, mais on en a fait un canal, large et régulièrement approfondi jusque 9 m en 1927. Les échanges entre les 2 masses d’eau sont désormais faciles.

Le nord du golfe était l’extrémité de la Crau (steppe qui reste de l’ancien delta de la Durance, il y a quelques millions d’années, depuis la Durance est un affluent du Rhône, mais une partie de ses eaux aboutissent depuis 1966 dans l’étang de Berre).

L’ouest du golfe fait partie de la Camargue (côte sablo-limoneuse) avec des graux (canaux plus ou moins naturels) et des theys (mot d’origine grec signifiant banc de sable et qu’on nomme souvent du nom d’une épave ayant terminé sa vie dessus…)

La flèche de la Gracieuse, qui termine cette côte, a une forme étonnante. Celle-ci date d’une centaine d’années, après que l’embouchure du grand Rhône a été déplacée de quelques km vers l’ouest (du grau de Peygoulier vers le grau de Roustan). Ce déplacement a été décidé pour éviter le comblement jugé trop rapide du golfe de Fos entre 1840 et 1890 env, après l’endiguement du Rhône et le choix initial du grau de Peygoulier comme embouchure. Après le recadrage de l’embouchure vers le grau de Roustan, plusieurs theys ont fusionné pour donner la flèche de la Gracieuse. Cette flèche a tendance à s’allonger vers le nord-ouest, mais aussi à s’affiner dangereusement même si cette évolution est discutée et (très) surveillée (interview de François Sabatier du CEREGE est interviewé ici par MarsActu). La flèche a fait l’objet en 2012 d’aménagements destinés à stabiliser ses dunes.

Les fonds « assez profonds » (+ de 10m de profondeur) du golfe sont constitués de vases. Nous ne nous en occuperons pas, par méconnaissance et pour nous concentrer sur les fonds proches et peu profonds.

Présentation sommaire – hydrologie

Pour faire des calculs TRES approximatifs, nous allons dire que le golfe de Fos tel que nous le considérons (Ponteau-Gracieuse) fait une surface de 5 000 ha (50 km2) pour une profondeur moyenne de 10 m (du fait du chenal et des darses) ce qui ferait un volume de 500 millions de m3. A comparer au 15 500 ha de l’étang et ses 900 millions de m3.

Le golfe de Fos est largement ouvert vers la mer, mais il reçoit beaucoup d’eau douce qui en fait une zone de mélange intéressante, presque saumâtre par endroit, ce qui justifie notre comparaison avec l’étang.

  • d’abord une partie minoritaire du grand Rhône part vers le golfe. Ce flux explique la forme de la flèche de la Gracieuse. Le Rhône a un module de 1500 m3/s, 85% passent par le grand Rhône, soit 1275 m3/s, et nous allons considérer que 15% du grand Rhône va vers le golfe (le reste rejoignant le courant marin Celto-Ligure dont nous avons parlé dans notre article sur le recul des plages du Languedoc) soit environ 200 m3/s (6,3 milliards de m3 par an). Ce débit est très saisonnier il dépend aussi évidemment des conditions de vents et d’échange avec la mer, mais par temps calme et surtout vent de mer cette eau dessalée et limoneuse pénètre dans le golfe et provoque une stratification des eaux comparable à celle de l’étang depuis les rejets EDF.
  • ensuite le canal de Caronte amène les eaux dérivées de la Durance (on négligera les autres arrivées d’eau douce de l’étang) qui a pu s’élever à 200 m3/s (de manière quasi constante) en 1977, mais depuis la limitation des rejets dans l’étang à 1,2 milliards de m3 par an en 2005, ce rejet est tombé en moyenne à 25 m3/s. Cette eau a la salinité de l’étang de Berre, soit autour de 15 g/L l’hiver (période de forts turbinage, donc aussi d’arrivée dans le golfe) et 25 g/L l’été (turbinages quasi nuls et c’est alors plutôt le golfe qui alimente l’étang plus chaud et où l’évaporation est plus forte).
  • on doit par rigueur lister quelques autres arrivées d’eau douce dans l’étang, que nous négligerons par rapport aux 2 précédentes : arrivée de la nappe phréatique de Crau au niveau des darses du port, rejets de stations d’épuration (Istres, Fos…), canal d’Arles à Marseille (qui arrive dans Caronte à Port de Bouc), les autres canaux de navigation (Canal St Louis, canal du Port de Fos au Rhône) qui sont garnis d’écluses…
  • nous ferons une exception pour les roubines ou graux débouchant dans l’anse de Carteau, entretenus par les mytiliculteurs, et qui permet à l’anse de Carteau d’avoir une eau moins salée et plus riche que le reste du golfe (voir plus loin)

Le schéma ci-dessous (et fait en 2001) a été tiré d’un travail d’élève ingénieur et résume assez bien la situation, mais l’influence de Caronte a beaucoup diminué depuis 2005:
échanges golfe
L’eau du golfe ne se renouvelle vraiment qu’à l’occasion des épisodes de vent fort (mistral ou sud-est), la salinité (et la transparence) a dû globalement augmenter depuis 2005. Néanmoins le golfe est une zone qui a tendance à se combler par sédimentation (comme l’étang).

Une colonisation humaine violente au 20ème siècle, là encore comparable à l’étang

Les travaux d’endiguement du Rhône ont permis à la ville de Port Saint-Louis du Rhône de naître en 1903, sans industrialisation massive encore.

Le site de Lavéra, à l’est du golfe, est occupé depuis les années 1920 par une raffinerie de pétrole (PETROINEOS actuellement) et une pétrochimie associée (APPRYL, NAPHTACHIMIE…) qui se sont régulièrement développés depuis. Il y a eu des rejets polluants sans trop de contrôle jusque dans les années 1970… comme dans l’étang.  A coté se situe la centrale thermique de Ponteau, qui se sert d’eau du golfe comme eau de refroidissement, qu’elle rejette plus chaude avec des produits « anti-moules ».

A la fin des années 1960, l’extension du port de Marseille a été faite dans le golfe de Fos qui a été profondément modifié et a prend sa physionomie actuelle : création de 3 darses et d’un chenal d’accès dragués à 20 m de profondeur, artificialisation d’une grande partie de sa côte nord avec arrivée d’industries lourdes. On citera l’usine sidérurgique (Arcellor Mittal), une raffinerie de pétrole (ESSO), quelques usines pétrochimiques et les terminaux méthaniers de Fos-Tonkin et Fos-Cavaou (ELENGY), qui se servent de l’eau du golfe comme de réchauffement, en la rejetant plus froide (avec du produit « anti-moules »).

La carte ci-dessous est extraite du travail d’élève ingénieur déja cité, présente encore bien la situation. Les annotations sont de L’Etang Nouveau.

image golfe de fos annotéeLe port de Marseille-Fos n’a jamais eu le développement industriel gigantesque imaginé dans les années 1950 et 1960, mais il est quand même de belle taille avec beaucoup de cheminée qui se voient (pollution indirecte), et des rejets aqueux qui se voient moins. Actuellement, le port se développe surtout avec des « plates-formes logistiques ». A priori la pollution générée est moindre pour le golfe. Tout le golfe est géré par le grand Port Maritime de Marseille (GPMM)

La pollution industrielle et le combat écologiste qui a protégé du pire

Les lignes suivantes sont tirées du « manifeste pour L’Étang Nouveau », texte fondateur de notre association en 1988, et qui fait partie de nos statuts :

La perversion de la notion de progrès, au vu des résultats lamentables dans l’étang de Berre, n’allait plus nous courber longtemps encore devant les calculs des technocrates commandités par les «décideurs».
Au début des années 1970, comme il l’avait fait en 1957 pour l’étang de Berre, au moment de la construction du complexe de Fos, le gouvernement avait voulu déclarer le golfe de Fos « zone insalubre ». C’était en faire une poubelle pour les rejets industriels et urbains.
La population des villes du golfe et de l’étang a massivement refusé cette perspective. Elle a imposé un ensemble de mesures pour dépolluer les rejets, sur le golfe de Fos et sur tout le bassin versant de l’étang de Berre.

De ce combat est né en 1971 le SPPPI (Secrétariat Permanent de Prévention des Pollutions Industrielles) qui existe toujours et est une des rares structures officielles dans laquelle L’Étang Nouveau a un représentant (seulement depuis quelques années).

Les pollutions à Lavéra (comme celles des raffineries sur l’étang de Berre) a notamment été très réduite à cette époque. Plusieurs études scientifiques ont tenté de faire le point sur l’impact écologique des mesures prises (voir en fin d’article).

Aujourd’hui on pointe surtout les rejets du terminal méthanier de Fos-Cavaou (le plus gros), qui utilise de l’hypochlorite de sodium (Javel) pour éviter les moules dans leurs eaux de réchauffement (pour gazéifier le méthane qu’ils stockent liquide), ou les rejets indirects de l’usine sidérurgique, envol de charbon ou panaches de fumées « colorés » qui peuvent finir dans l’eau du golfe.

Par contre il est généralement suspecté que, malgré les normes imposées et sans doute de mieux en mieux respectées, beaucoup de pollution industrielle est allée finir dans le golfe dans les années 1970 et 80 et en aurait fortement contaminé les fonds, ce qui le rapproche là encore de l’étang de Berre.

La pollution du Rhône (PCB…) ne doit pas être oubliée non plus puisque nous avons vu qu’elle arrive dans le golfe.

Une pêche restée importante et l’arrivée d’une mytiliculture et récemment d’ostréiculture

La prud’homie de Martigues est la plus importante de France (cette institution est purement méditerranéenne), ce qui prouve l’importance historique de la pêche dans cette partie de la Méditerranée. On l’explique par la proximité de l’embouchure du Rhône, qui apporte des nutriments plus rares ailleurs dans cette mer à la production primaire globalement assez pauvre (qui explique sa transparence et sa couleur bleue). De nombreux pêcheurs « aux petits métiers » (c’est à dire visant différentes espèces de poissons au cours de l’année, avec du matériel différent, pour s’adapter à la ressource) sont basés dans les ports de Martigues-centre, Carro, Fos/mer ou Port st Louis du Rhône et pêchent régulièrement dans et autour du golfe de Fos.

Dans les années 1980, des pêcheurs de Port Saint-Louis du Rhône ont développé une mytiliculture dans l’anse de Carteau. Des bancs sauvages de moules, palourdes ou huîtres avaient en effet suggéré que l’endroit pouvait être favorable. On y trouve aujourd’hui des tables réparties sur une quarantaine d’hectares et produisant env 3000 t de moules par an. Il s’agit de Mytilus galloprovincialis, la moule méditerranéenne, la même qui colonise à nouveau les fonds de l’étang (voir notre article sur les coquillages de l’étang). Depuis 2009, ces producteurs peuvent collecter des naissains dans l’étang de Berre. Une partie des moules qui grossissent actuellement à Carteau sont donc nées dans l’étang.

Un bon article sur les mytiliculteurs de Carteau a été publié par l’Encre de Mer, au temps où elle était une revue papier. Il se trouve dans les 2 pages ci-dessous, (scannées du numéro 16-17):

encre de mer-1encre de mer-2
Une 3ème page annexe de l’article précédent est plus intéressante encore car elle rappelle un épisode de hausse de la salinité de l’anse de Carteau à la suite du bouchage de roubines qui amenaient l’eau du Rhône (et ses nutriments) dans cette anse. La production de moules avait chuté suite aux bouchages mais est remontée après les débouchages de ces roubines, la redescente de la salinité et le retour de la turbidité de l’eau (due à la production planctonique).
encre de mer-3Très récemment, certains producteur ont souhaité passer de la mytiliculture à l’ostréiculture. Ils attendent encore les dernières autorisations, mais ça semble sur des rails si on croit ce reportage de France 3 du 23 avril 2015. C’est étonnant car si on lit l’article de l’Encre de mer, la coopérative ne souhaitait pas d’ostréiculture à Carteau. Les temps changent…

Du fait de la mytiliculture, le golfe de Fos est particulièrement suivi du point de vue sanitaire.

Le suivi de la pollution du golfe de Fos

Le littoral français (sauf certaines zones « blanches » comme l’étang de Berre…) est suivi sur beaucoup de paramètres par l’IFREMER qui publie ses rapports sous le nom « bulletin de surveillance ». L’IFREMER a désigné un certain nombre de points du littoral où ils vont régulièrement des prises d’échantillon pour analyse. Ces points sont organisés en réseaux, qui s’intéressent à divers aspects de la pollution côtière:

  • le réseau de contrôle microbiologique (REMI) important notamment pour les plages ouvertes à la baignade
  • le réseau de surveillance du phytoplancton et des phycotoxines (REPHY) : important pour les élevages conchylicoles ou les bancs sauvages.
  • le réseau d’observation de la contamination chimique (ROCCH, ex RNO) : important autour des sites industriels (et des embouchures de fleuves)
  • le réseau benthique (REBENT), réseau en cours d’élaboration (bien que théoriquement créé en 2003…), se propose de suivre le macrobenthos, et notamment les herbiers et les invertébrés (mollusques par ex…) sauvages
  • enfin les RESCO, réseau d’observations conchylicoles, s’intéresse aux mortalités des coquillages d’élevage

Le golfe de Fos est suivi en 2 points : l’anse de Carteau (REMI, PEPHY et ROCCH) et la pointe Saint-Gervais (ROCCH)

La plage de Fos-Cavaou a le « pavillon bleu », elle n’est généralement pas contaminé microbiologiquement (et si on lit ce rapport le plus gros risque de contamination des baigneurs, vient… des baigneurs eux-mêmes!!) . Les moules de Carteau ne sont pas souvent touchées par les toxines diverses (et semblent échapper aux crises de mortalité qui peuvent toucher d’autres élevages ailleurs en France). Nous nous intéresserons donc qu’au courbes du ROCCH. Les courbes ci-dessous sont issues du Bulletin de Surveillance 2013 Bouches du Rhône, Var, Alpes maritimes. Les normes pour les métaux lourds, mesuré sur des tellines (=donaces) ou des moules sont de 5,0mg/kg de poids sec (ps) pour le cadmium, 2,5mg/kg de poids sec (ps) pour le mercure et 7,5mg/kg de poids sec (ps) pour le plomb. On se situe largement en dessous (c’est moins bien dans certaines zones conchylicoles de France…)

contamination bivalve-1

contamination bivalve-2

Nous n’avons pas trouvé d’autres analyses (HAP, PCB…). Hors Carteau, il est interdit de ramasser les bivalves (comme dans l’étang de Berre) mais sans doute plus par précaution que par contamination avérée…

Ecologie – pleine eau

Une étude écologique d’un biotope doit considérer tous les aspects, au risque de mauvaise interprétations, mais malheureusement un article de blog doit faire (suffisamment) court. Sur la colonne d’eau, nous nous contenterons de dire que le golfe est considéré comme très productif: les entrées d’eau du Rhône amènent des nutriments, qui si les conditions de lumière et de température sont bonnes, mènent rapidement à une production de phytoplancton, puis de zooplancton qui se nourrit du phytoplancton (en concurrence avec les bivalves) puis des poissons de plus en plus gros.

Si les nutriments sont trop importants, on pourra parler d’eutrophisation, c’est à dire que le développement de phytoplancton ou de zooplancton pourra être si fort que le taux d’oxygène qu’il consomme (même si le phytoplancton en produit le jour) peut chuter.

Le golfe de Fos a parfois été qualifié d’eutrophisé, mais ce n’est pas le cas : il ne souffre pas comme l’étang du phénomène de marées vertes (ulves) ni vraiment de blooms planctoniques. D’ailleurs son classement officiel « biologique » au sens de la DCE est « moyen » ce qui n’est pas si mal (voir ici mais ce n’est pas détaillé).

Pour la contamination chimique, nous n’avons pas trouvé d’autres données que les mesures sur les moules et les tellines présentées précédemment. L’état est classé mauvais au sens de la DCE pour la chimie à cause des « pollutions industrielles » (voir ici mais ce n’est toujours pas détaillé). Mais il faudrait en savoir plus pour comprendre comme nous en avons discuté pour le classement également mauvais de l’étang de Berre du au pesticide (voir la fiche officielle, et notre article)…

Notre association pense que la réduction des turbinage à St Chamas n’a pu qu’avoir un effet positif sur la turbulence des eaux (limons et plancton). Cet effet est atténué par rapport à l’étang de Berre mais il est logique. Mais aucune publication n’en fait part (mais il est vrai qu’il est déjà difficile de lire des articles sur l’amélioration de l’étang de Berre).

Ecologie – flore

Si la colonne d’eau s’améliore, on a une chance que le fonds s’améliorent peu à peu, naturellement (sauf pour les POP ou les métaux lourds) avec recolonisation de plus en plus profonde.

Notre discussion se base sur nos observations et connaissances personnelles (moins précises toutefois que pour l’étang) , que nous comparerons au rapport de l’IFREMER de 1985 « golfe de fos – bilan des connaissances écologiques » ainsi que sur la carte ci-dessous, extraite de l’étude d’impact du projet de terminal méthanier Fos Faster

flore étude impact fos fasterL’herbier de posidonie au large de la pointe St Gervais a beaucoup régressé (mais on est content qu’il résiste encore!!)

Il y avait un herbier de cymodocées dans l’anse Saint-Gervais, il a totalement disparu.

Par contre l’anse de Carteau est le lieu d’une grande prairie à zostères naines qui va pratiquement du rivage aux parcs à moules, sur des fonds de 1 à 2m, et dans une moindre mesure à zostères marines (quand le fond commence à descendre, vers les parcs à moules) et à cymodocées (tout près de la côte, dans moins de 50 cm d’eau). Cette prairie d’une taille assez rare est considérée comme signe de bonne santé. Il semble qu’il y ait des herbiers de Ruppia dans l’anse de Gloria.

Dans les zostères naines de Carteau on trouve beaucoup de grandes nacres (Pinna nobilis, voir ma photo ci-dessous avec ma palme comme échelle!), ce qui est signe d’une faible pollution, d’après ce colloque de 2002 sur ce mollusque. Des grandes nacres ont été vues dans les darses, mais toutes n’étaient pas en bon état (voir ici).

grande nacre carteauPuisque des mesures de métaux lourds sont faites sur des tellinnes, ça veut dire qu’il en reste…

Focus – la décontamination des fonds (du golfe et de l’étang)

Lors de la rédaction de cet article, nous avons sommes tombés sur quelques informations qui peuvent faire progresser notre réflexion pour la décontamination des fonds de l’étang de Berre:

  • les conclusions d’un travail de 10 ans (1994-2004) du GDR (groupe de recherche?) Hycar (comme hydrocarbures), dont le sujet était « Origines, devenir et effets des hydrocarbures dans les sédiments marins ». Le travail du GDR a fait notamment des expérience in situ dans l’anse de Carteau.
    Il conclut que les molécules issues du pétrole sont plus ou moins facilement dégradées par des souches bactériennes aérobies ou anaérobies (qu’il a conservées!), l’oxygène étant favorable.
    Il conclut aussi que « [le bilan scientifique du GDR] apporte un message encourageant, montrant une dégradation naturelle assez rapide de la plupart des constituants du pétrole, illustrée sur le terrain par le fait que le site de Lavéra, massivement pollué pendant quarante ans, a été en grande partie réhabilité dix ans après l’arrêt des rejets »
    Il indique enfin que « La macrofaune benthique intervient aussi dans la biodégradation. Dans le cas des Néréis, les effets du transit dans le tractus digestif ont été mesurés : il occasionne une dissolution partielle facilitatrice de la biodégradation ».

  • une information glanée dans le rapport IFREMER 1985 sur le golfe fait état de la contamination des organismes du golfe:
    Un seul corps a été analysé: le mercure, dans des Posidonies, et deux espèces de Zostéra. Les valeurs obtenues montrent pour Fos des facteurs multiplicateurs de l’ordre de 3 à 90 par rapport à Port-Cros
  • Créé par le SAN Ouest-Provence à l’issue du combat contre l’implantation à Fos de l’incinérateur des ordures ménagères de Marseille, l‘institut écocitoyen pour la connaissance des pollutions a mené en 2012 une étude sur des congres, espèce sédentaire et située en bout de chaîne alimentaire. Les résultats de l’étude ne sont pas en ligne, (nous les avons demandés). Ce serait intéressant de les avoir et éventuellement de comparer avec les mesures (que nous n’avons pas) sur les anguilles de l’étang (sans trop embêter les pêcheurs, non plus…)

Conclusion de la comparaison, notamment sur la décontamination des fonds de l’étang de Berre?

Les fonds de l’étang de Berre sont considéré comme pollués.

  • C’est évidemment « historiquement prouvé » en face des raffineries, cette pollution ayant largement diffusé, certains riverains suffisamment âgés se souvenant des galettes de pétrole qu’on trouvait sur les plages. Les poissons, surtout pélagiques, mais parfois aussi benthiques, avaient parfois goût de pétrole
  • C’est historique en face de l’ancienne Poudrerie à St Chamas, notamment aux métaux lourds (mercure)
  • C’est « visible » pour les plaisanciers qui remontent leur ancre en certains endroits (comme au droit de la plage de la Romaniquette à Istres, où se situait l’ancienne station d’épuration des eaux… qui n’épurait pas tout !!) ou sur cette vidéo du GIPREB où certains fonds très noirs montrent sont preuve de matière organique non dégradée

Parfois on entend dire (de certains adhérents) qu’il faudrait tout décaper… Cette solution coûteuse serait sans doute la pire écologiquement, avec un relargage massif de matière organique dans la colonne d’eau (c’est ce que le rédacteur de cet article pense, mais sans prétendre à la vérité absolue).

Ce que nous avons appris dans la comparaison avec le golfe de Fos nous enseigne que:

  • les zostères peuvent concentrer la pollution aux métaux lourds (au minimum). Peut-être des expériences de phytoremédiation sont elle possible comme ça peut se faire sur certains sols pollués (voir notre article de 2012 sur un projet du SAN ouest Provence la friche de Rassuen qui semble malheureusement avoir été abandonné). Dans ce cas évidemment les feuilles deviennent un déchet. Mais on peut imaginer aussi que la faune microbienne associée aux rhizome permettent une dégradation de molécules organiques. Une raison de plus de relancer les plantations de zostères.
  • Comme les vers de terre sur terre, les vers marins (type Nereis) peuvent permettre une biodégradation de la matière organique « en profondeur ». En effet, sans macrofaune ou macroflore, les sédiments marins sont oxygénés sur 2 cm, en dessous c’est anoxique (et l’environnement chimique n’est plus oxydant mais réducteur) et la dégradation est différente, voire nulle. Leur présence est donc bon signe et il faudrait les repérer. La photo ci-dessous a été prise près des zostères de Vitrolles, mais on en trouve aussi à Figuerolles, ce qui prouve sans doute que ces plages sont en meilleurs état que d’autres (à moins de prendre l’effet pour la cause?).
    032
  • Et comme on se souvient que certains bivalves fouisseurs peuvent concentrer les métaux lourds dans leur polluants (notamment les myes, voir notre article sur les coquillages) leur présence sera bon signe pour une fixation de certaines pollutions…

Conclusion de la conclusion (!!) : notre association doit pousser pour

  • une reprise massive des plantations de zostères dans l’étang… et des posidonies et des cymodocées dans le golfe, pourquoi pas en s’y impliquant directement sur le modèle des Jardiniers de la Mer dont nous avons déjà parlé (ici par ex)
  • pousser ou s’impliquer dans une cartographie des zones de l’étang colonisées par les myes ou les vers. C’est une voie pour notre idée d’un Observatoire Citoyen de l’Etang de Berre, qui reste à organiser mais la définition d’objectifs simples et clairs ne permettra que plus facilement de motiver les plongeurs amateurs et autres chasseurs (et nos adhérents à plonger pour ça!!!) à le créer
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Responses

  1. bonjour,

    Comme d’habitude, voici un article fort documenté digne d’une encyclopédie

    En complément;

    Effectivement nous participons depuis que peu d’années au SPPPI car ce dernier, bien qu’ayant fêté ses 40 ans en 2012 a changé sa gouvernance vers 2008 pour être maintenant une association indépendante gérée collégialement par 5 collèges dont celui des associations. C’est donc depuis cette époque que nous avons eu l’opportunité d’y participer.
    Ceci nous a permis de faire remonter des problèmes comme celui des risques majeurs encas de séisme important (comme en 1909) ou plus récemment celui de la sécurité sur la Durance en cas de lâchers d’eau par EDF.

    L’article mentionne la pollution au chlore pour le traitement de l’eau de refroidissement. Il ne faut pas oublier que pendant des décennies il y avait à la sortie des rejets aqueux de NC avec son unité Chloé, un grand arc de cercle où l’eau était parfaitement limpide: pas une algue ni plante ni poisson.


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