Les coquillages de l’étang de Berre

fonds

Rajout sept 2015: la vidéo d’un Rapana venosa trouvé par un pêcheur de Berre (Aline Espana)

L’article suivant est celui d’un amateur, dans un but de vulgarisation. L’Etang Nouveau n’a pas les compétences de biologie marine d’un GIPREB (mais pas le contrôle politique non plus…). Les biologistes « pointus » iront ainsi chercher dans les suivis écologiques du GIPREB plus d’information (voir ici), qui ne sont malheureusement pas toujours disponibles en ligne.

Nous souhaitions néanmoins écrire sur le sujet des coquillages car le développement des mollusques, et leur mort naturelle ou non, peut sans doute être utilisé comme indicateur de la santé de l’étang. L’étude des laisses de mer (ce qui est apporté sur les plages après un épisode de fort vent) ou éventuellement les observations sous-marines font donc partie des observations à faire pour juger de l’amélioration, toujours en question, de l’étang de Berre depuis la réduction des rejets de 2005.

Nous sommes néanmoins conscients de nos limites et les connaisseurs qui détecteraient quelques coquilles (!!) dans cet article seront bien intentionné de nous les indiquer en commentaire. Cet article sera régulièrement mis à jour (merci d’avance aux contributeurs plus ou moins indirects que nous ne citerons pas toujours).

La laisse de mer:

Pour faire simple, les laisses de mer sont constituées d’algues et de mollusques (et parfois, malheureusement, de poissons..) amenés sur le rivage après un épisode de fort vent (mistral ou vent de sud-est en général). Les mollusques et les algues sont parfois mélangés mais forment souvent des bancs séparés. Les laisses sont le plus souvent constituées d’organismes morts depuis longtemps et amenés sur le sable par les vagues, mais parfois d’organismes vivants ou morts très récemment et en quantité parfois « anormale » (par exemple suite à un épisode d’anoxie, voir ici et ) et qui viennent alors pourrir sur la plage.

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Dans la photo ci-dessus, prise en avril 2013 au Jaï (partie centrale), on distingue plusieurs laisses successives, assez maigres, toutes à majorité de coquillages blancs (peu de moules et sans algues). Les coquillages sont en l’occurrence essentiellement des mies et des coques, bivalves vivant dans le sable.

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Sur cette autre photo ci-dessus, prise le même jour au Sud du Jaï, on voit un amas massif des mêmes coquillages blancs (ni moules ni algues, encore). De tels échouages massifs sont à la base de plusieurs plages de l’étang (Figuerolles à Martigues ou Monteau à Istres sont de bons exemples).

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Ci-dessus une laisse bien différente : des algues rouges (gracillaires) en putréfaction à gauche et des coquillages (dont des moules reconnaissables à leur couleur noire). Partie nord de la plage de la Romaniquette (Istres)

Les coquillages:

Voici les principaux coquillages qu’on trouve dans les laisses de mer de l’étang:

1- Bivalves des plages de sable

myes 3(ci-dessus) Mye (Mya arenaria)
Grand Bivalve (jusque 10 cm);
Extrêmement fréquente dans la laisse.
En plongée, avec un peu d’habitude, on repère facilement ses gros siphons. Les myes en général très profondément enfoncés dans le sable (jusque 80 cm semble t’il). Il n’est guère facile de les pêcher.
Son « intérêt » est de filtrer les sédiments et d’être capable d’en stocker certains polluants non assimilables (métaux lourds…) dans leur coquille. Ils contribuent ainsi à épurer les sédiments et l’eau, au moins temporairement. Pour cette raison, il faut éviter d’en consommer, mais il semble qu’ils ne l’aient jamais vraiment été.
Ce bivalve serait arrivé dans l’étang dans les années 1970 (comme en mer noire qu’il a également colonisé). Il est originaire d’Amérique du nord et aurait été importé par les vikings en Europe du nord.

coques 3Coque glauque ou coque d’étang (Cerastoderma glaucum, anciennement appelée Cardium glaucum)
Jusque 3 cm; Très fréquente sur les plages.
Fréquemment vue vivante en plongée (parfois morte très récemment, voir plus loin la partie sur les cyclonasses (gastéropodes nécrophages)).
Une abondance de coques et de myes est considérée comme caractéristique d’un faciès de lagune euryhaline (= ayant de grandes variations de salinité) et eurytherme (= ayant de grandes variations de température). Ces lagunes présentent des fortes densités d’individus et une faible diversité d’espèces.

palourdes 3(ci-dessus) Palourde ou Clovisse
Jusque 7 cm; Assez fréquente.
La palourde endémique était la Ruditapes decussatus, dite « palourde européenne » mais il semble que dans l’étang de Berre, on ne trouve plus que la « palourde japonaise » (Ruditapes philippinarum) qui a été introduite en Europe dans les années 70 (en même temps que Goldorak!!) et qui est devenue localement invasive au point d’y supplanter les palourdes endémiques. Ce serait le cas entre autres dans la lagune de Venise et dans l’étang de Berre (ou encore dans l’estuaire de la Rance).
Un lien intéressant sur la biologie des palourdes japonaises qui ont également colonisé l’Ouest du Canada est ici. On y apprend qu’on peut évaluer l’âge de ces palourdes par les stries…

moules chinoises 3(ci-dessus) Moules chinoises (Musculista senhousia) ;
petite moule (3 cm max) introduite de chine
Assez fréquente dans la laisse de mer, mais minoritaire par rapport aux moules « classiques »; surtout en poids vue leur petite taille. On peut les trouver dans les fonds vaseux de l’étang (par ex au large d’Istres vers 5m de fond) et elles ont bien du courage!

2- Bivalves sur substrat solide

moules 3(ci-dessus) Moule de méditerranée (Mytilus galloprovincialis)
Jusque 8cm, extrêmement fréquente, Vit en général accroché à un substrat (rocher, pieu immergé, algue..), mais on peut la trouver sur des fonds vaseux (de manière plus dispersée)
Les moules ne sont un indicateur de milieu sain qu’à minima, car elles résistent assez facilement aux pollutions. Par contre elles craignent les trop fortes variations de salinité. Leur développement récent, avec des individus qui semblent résister plusieurs années, fait partie des grandes améliorations dues à la réduction des rejets de l’usine de Saint-Chamas de 2,1 milliards de m3 à 1,2 milliards en 2005.

huitreDes huîtres plates (Ostrea edulis) auraient été vues depuis la réduction des rejets d’eau douce. Je n’en ai personnellement jamais vu et en doute. Les huîtres plates ont fait partie de la biocénose de l’étang avant 1966 et on trouve assez facilement dans la laisse de mer quelques coquilles abîmées et noircies. Celle de la photo ci-dessus (ramassée à Istres-Varage) est clairement morte il y a longtemps.

3 – Bivalves nageurs:

pétoncles 3(ci-dessus) Pétoncle ou Vanneau (Aequipecten opercularis)
Bivalve nageur; Beaucoup plus rare.
Du fait de leur rareté et de leur aspect souvent érodé, il semble que, comme les huîtres plates de la partie précédente, beaucoup de ces coquillages relèvent de thanatocénose, c’est à dire qu’il s’agirait d’organismes morts depuis des décennies ou plus et qui reflètent l’ancienne diversité de l’étang. De tels coquillages présentent souvent des perforations multiples et une teinte noirâtre liée à un séjour prolongé en milieu réduit (= sans oxygène). C’est le cas des 2 grands présentés sur la photo ci-dessus (érodés) ou du petit à droite (noir), mais pas forcément de l’autre petit au dessus de la pièce de monnaie. Qu’il soit mort plus récemment serait une bonne nouvelle. Mais il faudrait surtout en voir de vivants…

4 – Gastéropodes (Escargots de mer):

escargots A 3Nasse variable (Nassarius mutabilis);
très fréquent. souvent vu vivant en plongée

cyclonasses 2Cyclonasse (Cyclope neritea) 1cm env
fréquent, vu vivant en plongée.
Il aurait été introduit d’Extrême-Orient avec des huîtres. C’est un gastéropode carnivore charognard qui rivalise avec les crabes et crevettes pour manger les cadavres avant qu’ils ne se décomposent. Comme le confirme la photo ci-dessous, prise en 2011 à Figuerolles (profondeur 1m environ). Les cyclonasses viennent en nombre dépecer une coque morte, alors qu’en bas à gauche une nasse variable (mise en minorité?) s’en va.

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escargots B 3Cerithe goumier (Cerithium vulgatum)
assez fréquent

escargots D 1Nasse épaisse (?) (Nassarius incrassatus?)
A peine plus rare

escargots C 2Cormaillot (Ocenebra erinaceus) plus rare

Répartition des coquillages dans les laisses des différentes plages

Le tableau suivant est une ébauche sur la forme comme sur son remplissage. On est loin de la rigueur scientifique. Les commentaires seront les bienvenus.

plages myes coques moules Moules chinoises palourdes pétoncles escargots Date visite
Ferrières (Martigues) •• •• •• •• Avril 13
Figuerolles (St Mitre les R) ••• ••• •• •• •• •• Avril 13
Romaniquette (Istres) •• •• •• •• •• •• Avril 13
Monteau (Istres) ••• ••• •• •• •• •• mars 13
Le Jaï centre (Marignane) Avril 13
Le Jaï sud
(Chateauneuf )
••• •• Avril 13

••• : très grosse présence (amas)          •• : grosse présence             • : il faut chercher

Il semble au vu de ces données très incomplètes qu’il y ait peu d’évolution dans les années récentes par rapport aux années d’avant la réduction des rejets. Mais un retour des pétoncles serait une (bonne) nouveauté. A suivre.

Consommation

Le ramassage des coquillages de l’étang de Berre pour la vente est officiellement interdit. Il est supposé que les sédiments sont trop chargés en polluants (métaux lourds, POP…) que ces organismes filtreurs auraient tendance à concentrer (en les stockant parfois dans leur coquille, voir pour la mye). La charge en métaux lourds des sédiments baisse au fil des ans, surtout en surface, entre autres par apport de nouveaux sédiments non chargés (source GIPREB) mais sans doute aussi y a t-il évacuation dans la chaîne alimentaire, comme nous l’avions imaginé pour le canal du Rove (voir ici)…
Les toxines algales ou les virus ne sont pas non plus contrôlés, donc méfiance.

En 2008, l’étang est passé du classement « D » au classement « C », c’est à dire que les pêcheurs professionnels peuvent y prélever des naissains (de moules, essentiellement) qui devront être purifié ailleurs (plus d’infos : ici).

Pour la consommation personnelle, euh… On n’en mange pas souvent, et des moules seulement, mais aucun d’entre nous n’est encore mort. Mais les éventuels ramasseurs auront raison de s’abstenir de ramasser leur coquillages en face des sites industriels, actuels ou passés… Pour le reste, il ne serait pas responsable pour nous d’y encourager. Mais, comme pour la baignade, c’est la poussée populaire qui peut contraindre les autorités à prendre les mesures nécessaires (dépollution des zones les plus polluées, contrôle des virus et des toxines…)

Surtout que même le GIPREB reconnaît déjà un développement illégal de pêche à pied (voir ici) concernant coques et palourdes. Nous avons rencontré des pêcheurs professionnels reconnaissant ramasser les palourdes (en plongée bouteille…) donc des palourdes de l’étang de Berre se trouvent déjà dans le commerce…

Tout le monde espère que l’étang regagnera sa qualité et sa production de jadis, avec une pêche professionnelle (voir ici) comparable à ce qu’on trouve encore aujourd’hui sur l’étang de Thau (voir par ex ici), avec lequel l’étang de Berre peut être comparé. Et on espère aussi revoir des bouillabaisses faites sur le sable avec les coquillages ramassés en face.
On n’y est pas encore tout à fait.

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Un commentaire

  1. Super intéressant cet article Pascal, merci !
    Du coté de la Pointe de Berre, c’est intéressant aussi (Bouquet, Salins…).

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