Publié par : pascal bazile | 6 septembre 2014

L’étang de L’Estomac (Fos/mer)

Puisque nous avons déjà comparé l’étang de Berre à 2 autres lagunes, il paraissait logique de le comparer à la plus proche : l’étang de L’estomac à Fos/mer

Cet étang est largement artificiel comme la plupart des étangs de la région. Il est constitué de 3 parties:

  • les anciens salins, au sud, séparés de la mer par la RN568 et le canal de Marseille au Rhône (et sa digue)
  • l’étang sud, dans lequel il est interdit de plonger (réserve naturelle)
  • l’étang nord, séparé de l’étang sud par une digue et alimenté en eau de mer par un canal, est le seul où on peut plonger, c’est donc celui qui est ici présenté

Jusque dans les années 1960, les salins fonctionnaient et les étangs nord et sud étaient des bassins de préconcentration du sel. Aujourd’hui le fonctionnement est tel que l’étang nord est à 30g/L (et l’étang sud étonnamment vers 25 g/L à cause d’arrivées d’eau douce).

vue annotée

L’étang nord fait 1km de long sur 600m de large, et 2m de profondeur max, on peut donc estimer son volume à 1000x600x1,5= 900.000 m3. Soit mille fois plus petit en volume que l’étang de Berre.

Quand on plonge, la différence est également immédiate:

photo 1 :  Ces algues filandreuses sont des cladophores.
Ces algues sont dominantes dans cet étang, en formant des coussins de 30 à 40cm d’épais et de plusieurs centaines (milliers) de m2. Elles peuvent faire plusieurs mètres de long (une jeune tresse de 10m environ!) et s’entremêlent ensuite. Sur la photo ci-dessous elles sont jeunes mais le plus souvent elles sont plus vieilles et chargées d’épiphytes, dont des acétabulaires.
C’est d’ailleurs assez paradoxal, car les cladophores sont généralement associées à l’eutrophisation, et les acétabulaires le contraire.
On peut parfois voir des cladophores dans l’étang de Berre (à Monteau notamment) mais elles y sont rarement grandes comme ici, et finalement assez rares par rapport aux ulves ou gracillaires, qu’on contraire on ne voit guère dans l’Estomac
006 red chaetomorphe

Photo 2 champ d’acétabulaires
Elles sont très fréquentes dans tout l’étang, poussant comme épiphytes sur les cladophores ou directement sur la vase (vraiment noire!!) dans les rares endroits de vase non colonisés par les cladophores.
Cette algue étant un critère de bonne santé écologique, l’étang de l’estomac est généralement considéré comme tel.
017 red champ acétabulaires

Photo 3 Algues de type Characeae
Ces algues qui ressemblent à des prêles sont des Characeae, famille qui comporte essentiellement des espèces d’eau douce mais dont certaines espèces sont adaptées à l’eau saumâtre. On en trouve de telles en Camargue.
Ces algues sont les troisièmes en terme de fréquence dans l’étang de l’Estomac. Les herbiers sont assez fréquents et font parfois plusieurs dizaines de m2. Sur la photo elles sont jeunes et semblent avoir percé la couche de Cladophores mais elles sont le + souvent plus vieilles et chargées d’épiphytes également.
036 red algue inconnue

Photo4 Ruppia cirrhosa
Les Ruppia sont des plantes à fleur. Les tortillons sont l’inflorescence de la plante, ce qui permet d’ailleurs d’être sûr de son type (et d’exclure R marina).
Elles sont assez fréquentes, herbiers éparts de 10m2 en général. Comme pour les acétabulaires, la présence de tels herbiers tend à prouver que l’étang de l’Estomac ne soufre pas d’eutrophisation.
Des Ruppia ont été vues dans l’étang de Berre (au Ranquet, voir ici) mais ne se sont pas (encore?) maintenues plusieurs années.
055 red ruppia cirrhosa

Photo 5 Zostera noltei
Les Z noltei dans l’étang de l’Estomac sont assez rares et petites, et poussent de manière éparse, beaucoup moins dense qu’au Ranquet par ex. Les herbiers de l’Estomac ressemblent plutôt aux zostères que l’on trouvait à l’embouchure de l’Arc au moment où on les disait sur le point de disparaître (depuis il y a eu les plantations de 2009 qui ont semble t’il marché là-bas).
La différence est assez nette avec l’étang de Berre, où les Z noltei sont grandes et poussent désormais en herbiers denses… en évinçant au besoin les Ruppia comme au Ranquet.  
014 red z notei

Photo 6 Zostera marina (plus grandes et plus larges que les Zostera noltei)
Quelques petits herbiers percent à travers les Cladophores en partie sud de l’étang (nord)
034 red z marina

Photo 7 Anémone solaire dans le tapis de Cladophores.
Comportement étonnant car ce type d’anémone est en général solidement ancré sur des substrats durs.
Une seule a été vue mais elles ne sont pas facile à repérer.
084 anémone solaire

Photo 8 Anémone verte (Anemonia viridis)
Assez bien représentée en partie sud de l’étang (nord).
On trouve cette anémone également dans le golfe de Fos (Ponteau par ex)… et l’etang de Berre (mais elles y sont moins grandes)
039 red anémonia viridis

Photo 9 Asterina gibbosa
Très fréquentes (plusieurs centaines d’individus) sur les cladophores, et bien exposées au soleil malgré leur réputation de photophobe (sur Doris).
Pas encore vues sur l’étang de Berre à notre connaissance.
023 red étoile de mer

Photo 10 éponge rose non identifiée,
assez fréquente en partie nord
094 red éponge rose

Photo 11 gobie noir dans son trou sous les Cladophores
très fréquent dans l’étang de l’estomac comme dans l’étang de Berre
gobie noir

On trouve aussi des anguilles (une dizaine en 2 plongées), des méduses de type Aurelia Aurita (des centaines…) quelques muges (vraiment pas si fréquents: un seul banc de juvéniles + 1 individu adulte en 2 longues plongées). Il semblait inutile d’en mettre des photos dans ce blog qui en comporte déja.

Conclusion et comparaison avec l’étang de Berre:

L’étang de l’Estomac est un peu plus salé que l’étang de Berre (à vérifier, qd même), mais il est proche (5km de l’entrée du canal de Caronte, et en plus il semble alimenté par l’eau du canal du Rhône à Marseille qui communique avec le canal de Caronte) et on peut douter que les espèces d’un étang si petit soient endémiques.
On considère qu’il est en bon état mais ça n’a pas forcément toujours été le cas vu la quantité de cladophores.
On peut ainsi imaginer que les espèces qui le peuplent puissent facilement coloniser l’étang de Berre, même si toutes n’ont pas été vues.

Des plantations seraient peut-être possibles pour accélérer, mais on peut aussi laisser faire la nature. Les commentaires sont toujours les bienvenus.

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