Publié par : pascal bazile | 25 février 2017

Faut-il pomper à travers le bouchon du tunnel du Rove?

La réouverture du tunnel du Rove (le pompage d’eau de mer à travers le bouchon de son effondrement) est un serpent de mer de la politique écologique de l’étang de Berre. Des prises de parole à haut niveau laissent imaginer que cette histoire arrive prochainement à son terme. Il n’y a aucune certitude à cela mais c’est l’occasion de faire le point sur ce sujet.

Petite présentation du canal et du tunnel du Rove

Le canal du Rove a été construit au début du XXe siècle. Il faisait partie du « canal de Marseille au Rhône » dont le but était de permettre à des péniches fluviales d’aller du port de Marseille (alors situé à la Joliette) au Rhône en évitant la mer (avec ses vagues) et le delta du Rhône (avec ses bancs de sable).
Son originalité est de traverser la chaîne de la Nerthe par un tunnel de 7 km de long. Le canal part ainsi de l’Estaque directement dans le tunnel, qui passe sous la ville de Gignac avant de déboucher à Marignane. Le canal continue alors par une tranchée jusqu’à la rive sud de l’étang de Bolmon puis celle de l’étang de Berre.

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Le tunnel est pharaonique. Sa partie émergée est une demi-cylindre de 22 m de diamètre (11m sous la voûte) ce qui en fait un des tunnels les plus larges du monde. Il y a des 2 côtés des voies de 2m de large, sa largeur navigable était de 18m, permettant à 2 péniches de se croiser… Le gros du chantier débuté en 1911 et fini en 1926 a notamment été fait pendant la première  guerre mondiale, par des ouvriers immigrés, espagnols notamment, avec des marteaux-piqueurs (pas de tunneliers à cette époque…).

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interieur-tunnelLe tunnel s’est effondré en 1963 à l’endroit d’une poche de roche moins stable (repérée dès la construction ! + voir localisation sur la première image). Il n’a pas été reconstruit car il avait perdu son utilité avec le déplacement du port de Marseille à Fos-sur-Mer.

État écologique actuel

Depuis l’effondrement de 1963, le canal est constitué de 2 bras morts qui ne communiquent plus entre eux (l’éboulement a eu lieu sur 200m env et depuis les travaux de consolidation, il y a désormais 400m entre la fin d’un bras et la fin de l’autre).

Le bras sud (qui part de la rade de Marseille et fait 5km de long dans le tunnel) est constitué d’eau étonnamment claire toute l’année. Elle est manifestement pauvre en nutriments et en plancton, et donc loin de souffrir d’eutrophisation. Nous n’en parlerons pas davantage.

Le bras nord (qui a 2km sous le tunnel et 10 km en aérien) est dans un état bien différent : son eau est généralement trouble, souvent verte ou jaunâtre, comme l’étang de Bolmon sur la photo aérienne (la même que précédemment, grossie, elle date de mars 2016).

vue-aerienne

On voit en effet que l’étang de Berre et l’étang de Bolmon ont des couleurs bien différentes: l’étang de Berre est bleu, alors que l’étang de Bolmon est vert. Cela vient un peu du fait qu’ils ont des profondeurs différentes, mais surtout que l’étang de Bolmon souffre d’eutrophisation (trop de nutriment et développement massif de phytoplancton) alors que l’étang de Berre va clairement beaucoup mieux.

L’eutrophisation du Bolmon vient largement du fait qu’il reçoit les effluents de la station d’épuration de Marignane et la rivière Cadière et que c’est trop à digérer pour lui.

On voit que le canal du Rove a sur la photo une couleur verte comparable à celle de l’étang de Bolmon: il souffre également d’eutrophisation. Il faut dire que l’eau du Bolmon se déverse dans ce canal (et peut-être y a-t-il d’autres effluents « sauvages »). Il est néanmoins souvent moins coloré, mais le 23 février 2017 (date de la photo ci-dessous) on voit que le canal (à gauche) est nettement plus coloré et trouble que l’étang de Berre (à droite).

eau-canal-et-etang

Sur la photo suivante (prise 2 jours plus tard) le canal est plus bleu que l’étang de Bolmon et presque aussi bleu que l’étang de Berre…

canal-et-bolmon

L’anse de la Mède (en bas à gauche de la photo précédente) est moins colorée que le canal, l’eutrophisation y est moins nette. C’est par cet anse que l’eau sort du canal et rejoint l’étang de Berre.

Bref l’ensemble constitué de l’étang de Bolmon, du canal du Rove et de l’anse de la Mède constitue de fait un système d’épuration par lagunage des eaux de la Cadière et de la STEP de Marignane, avant rejet dans l’étang de Berre. Le parallèle avec une image aérienne de station d’épuration par lagunage comme ci-dessous celle de Rochefort (image tirée de ce site) est frappant.

lagunage-rochefort

Faut-il pomper de l’eau de mer à travers le bouchon du tunnel du Rove?

Si on souhaite améliorer l’état écologique du canal du Rove, le mieux serait de réduire à la source la quantité d’effluents qui arrive dans l’étang de Bolmon, en améliorant les performances de la STEP de Marignane ou de celles qui se déversent dans la Cadière.

Si on pompe de l’eau de mer (pauvre en nutriment mais pleine d’oxygène) à travers le bouchon de l’effondrement du tunnel, on diluera la pollution et on l’entraînera vers l’étang de Berre. Or officiellement (selon le GIPREB, nous sommes moins négatifs…) l’étang de Berre souffre encore d’eutrophisation ! Ce serait donc a priori négatif d’effectuer le pompage. Mais l’apport d’oxygène permettra peut-être une auto-épuration plus rapide… Cela dit à notre avis l’étang de Berre ne souffre plus d’eutrophisation, et surtout pas en partie sud.

Officiellement, le pompage d’eau de mer à travers le bouchon a pour but de remonter la salinité de l’étang de Berre, mais les débits annoncés (entre 5 et 20 m3/s, et sans doute plutôt 5 m3/s ce qui serait sans doute mieux du fait des polluants supposés au fond et qu’il serait souhaitable de ne pas trop remuer) n’auront sans doute aucun impact de ce point de vue (même si 5m3/s sur l’année font 160 millions de m3/an, soit l’équivalent de la rivière Arc).

Enfin s’il s’agit de recoloniser l’étang de Berre par des espèces marines, le pompage sera sans doute une bonne chose.

Il le sera peut-être. Peut-être aussi par l’apport d’oxygène, puisque le GIPREB continue à mesurer des périodes d’anoxie de ces parties profondes, notamment en été (en supposant que tout l’oxygène ne soit pas consommé pour la dépollution des effluents venant du Bolmon…)

Conclusion

Le pompage d’eau de mer à travers le bouchon de l’effondrement du tunnel du Rove ne devrait pas faire de mal à l’étang de Berre, même si une partie de la pollution organique de l’étang de Bolmon devrait s’y retrouver envoyée.
On peut imaginer que ça lui ferait du bien, mais sans doute plus par ensemencement d’organismes marins ou par apport d’oxygène l’été que par apport de sel.
Mais c’est au canal du Rove lui-même que ça fera le plus de bien. Il devrait y perdre sa couleur verte et gagner en transparence (avec toute l’amélioration de biotope qui s’en suivra), ce que tous les riverains et les promeneurs apprécieront !

Rajout du 5 mai 2017 : réuni le 5 avril 2017, et suite à discussion sur le choix public à faire de pomper 4, 10 ou 20 m³/s, notre conseil d’administration s’est dit favorable à une expérimentation à 4 m³/s (sans passer par le Bolmon). Cette option, la plus conservative écologiquement (mais les risques à pomper davantage sont réels, en terme d’entraînement de pollution et de perturbation du milieu) a l’avantage de s’approcher du budget prévu au contrat d’étang.

Une rencontre récente avec le délégué PACA du Conservatoire du Littoral nous a permis de faire un point sur la politique de cet organisme sur l’étang de Berre.

Le raté de la falaise de Monteau en 2011/2013 (où un ensemble de 9 hectares appartenant au ministère de la Défense a été vendu à un particulier malgré l’accord cadre entre l’État et le Conservatoire du Littoral, voir notre article de l’époque) nous était en effet resté en travers de la gorge et nous n’aimerions vraiment pas qu’un tel raté se reproduise…

Les leçons du raté de la Falaise de Monteau

Le transfert de propriété au Conservatoire n’a pas eu lieu parce que :

  1. ces terrains du Ministère de la Défense dépendaient d’un bureau de Lyon qui n’était pas habitué à prévenir le Conservatoire (et n’a pas craché sur les 750 000 euros?)
  2. cette zone n’avait pas été placée dans la zone d’intervention du Conservatoire
  3. aucun vote du Conseil Municipal de la ville (Istres en l’occurrence) n’avait eu lieu pour permettre à ce terrain de passer en « périmètre autorisé » (ce qui permet au Conservatoire d’avoir l’aval préalable de son Conseil d’Administration et d’être plus réactif)

Si on ne peut guère faire grand chose sur le point 1. Les points 2 et 3 sont plus facilement maîtrisables.

La nouvelle carte des zones d’Intervention et de vigilance du Conservatoire du Littoral sur l’étang de Berre

On peut voir ces zones dans le document : strategie-paca-etang-de-berre-conservatoire-littoral (qu’on retrouvera ici à la source pour les futures mises à jour).

Sur le scan ci-dessous (extrait du document précité), on distingue, entre autres, les zones de vigilance (en jaune), les zones d’intervention (en orange) , les périmètres autorisés (ceinturé violet), et les acquisitions (violet).

zoom-etang-de-berre-conservatoire-littoral

Nous n’avons qu’une très mauvaise (et petite) carte de la stratégie de 2011, ci-dessous, mais on y distingue quand même quelques changements de couleur (à l’époque les zones d’intervention étaient en rosé foncé et les zones de vigilance en rose clair):

carte-interet-conservatoire-littoral-2011

On note donc plusieurs changements dans le bon sens, notamment:

  • l’acquisition des marais de Tête Noire (Rognac)
  • le passage en zone d’intervention des salins du Lion, de Berre ou des terrains du domaine de Monteau à Istres qui appartenaient à l’État (ministères de la Défense et de l’Agriculture)
  • le passage en périmètre autorisé d’au moins une partie de Varage à Istres

Passer la plage et la roselière de Istres-Monteau en périmètre autorisé

Nous terminons cet article en revenant à la plage de Monteau à Istres. Lors des dernières élections municipales (2014), nous avions fait un point sur les plans des différentes listes pour cette plage (et la roselière située derrière) et nous en avions fait un article.

L’équipe qui a été élue (celle de M Bernardini, actuel maire) souhaitait « aménager la plage en plage d’agrément ». Nous ne savons pas si c’est toujours leur idée, mais en tout cas la plage n’est pas passée en périmètre autorisé, contrairement (et de manière assez surprenante) à celle de Varage.

Nous souhaitons toujours que cette plage et sa roselière passent en périmètre autorisé, pour les raisons listées dans notre article de 2014.

Le chercheur Guillaume Marchessaux nous a contacté pour que nous diffusions son expérience de science participative, ce que nous faisons volontiers.

Son objet d’étude, ce sont les méduses (et autres cnidaires/cténaires) de l’étang de Berre. Il a préparé une fiche de relevé qu’il invite ceux qui observeraient des méduses dans l’étang à remplir et à lui renvoyer. Cette fiche est ici : fiche-meduses-science-participative

La fiche se limite à 3 types de « méduses » (photos issues des fiches Doris en lien) :

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Nous avions déjà parlé des 2 premières dans un article en 2013. Elles ne sont donc pas nouvelles pour nous et pour les usagers de l’étang en général. A priori leur nombre n’augmente pas (au contraire ?) mais cette étude permettra de dépasser cette impression.

Gonionemus vertens est une nouveauté pour nous. Sa fiche Doris permet de mieux la connaître et donc mieux la repérer : elle est petite (2,5 cm de diamètre), son corps présente une croix brune, elle a des tentacules (présentés comme urticants) assez longs et qui possèdent une ventouse  lui permettant de s’accrocher à des algues ou des posidonies (en mer), d’où son nom commun de « méduse adhésive ».

Étonnamment, la fiche ne propose pas une case « autre méduse », or cette vidéo (à partir de photos) de Aline Espana (pêcheur à Berre) datant d’août 2016 montre bien qu’on peut rencontrer dans l’étang des méduses d’un autre type que les 3 types de la fiche proposée par le chercheur. Mais une étude doit bien limiter son objet…

Les fiches remplies (et autres questions) sont à envoyer directement au chercheur : guillaume.marchessaux@mio.osupytheas.fr

Publié par : pascal bazile | 7 janvier 2017

La Directive Cadre sur l’Eau, l’étang de Berre et la Durance

La Directive Cadre sur l’Eau (DCE) est une directive européenne qui date de 2000. la loi française y a été adaptée par la LEMA (Loi sur l’Eau et les Milieux Aquatiques) en 2004.
La DCE fixait essentiellement l’objectif suivant : toutes les « masses d’eau naturelles» (MEN) devaient atteindre le bon état écologique avant 2015. Les masses d’eau sont les cours d’eau, les plans d’eau, les eaux côtières, les nappes phréatiques…
Logiquement la DCE définissait aussi les masses d’eau artificielles (MEA) et les masses d’eau fortement modifiées (MEFM) pour lesquelles les objectifs ou les délais pouvaient être différents.
Une directive européenne est engageante. Un état qui n’atteint pas ses objectifs est passible de pénalités financières (amende et/ou astreinte temporelle). Par ex la France a été condamnée deux fois au titre de la directive nitrate de 1991 pour certaines zones de Bretagne, même si les pénalités sont rares dans les faits (le contentieux des nitrates bretons a été récemment clos sans que la France ait jamais payé de pénalité).
Le but de cet article est de faire le point sur la DCE vis à vis des deux « masses d’eau » dont s’occupe notre association : l’étang de Berre et la Durance.

Les documents de référence pour l’étang de Berre et de la Durance

C’était à chacun des pays membres de l’Union de faire la liste de ses masses d’eau, d’en proposer un classement (MEN, MEFM et MEA) et de définir les critères précis que chaque masse d’eau devait respecter pour atteindre le bon état écologique ou autre selon le classement. L’administration européenne devait valider le classement et pouvait le contester. Il y a eu, et il y a encore pour les MEFM, négociation entre les états et la Commission Européenne.
Le classement est fait
par grand bassin hydrographique. Le notre est « Rhône Méditerranée Corse » (RMC). Sur ces grands bassins, la France a commencé par écrire des SDAGE (Schéma Directeur de Gestion et d’Aménagement des Eaux), documents assez généraux. Le premier SDAGE RMC a été écrit en 2009, il a été révisé en décembre 2015. Les administrations chargées d’établir les SDAGE sont les « agences de l’eau », organismes qui sont aussi (et surtout) des organismes financiers, chargés de collecter les taxes liées aux pollutions aquatiques et de redistribuer cet argent sur des projets de protection ou de dépollation.
Les agences de l’eau sont donc les organismes chargés de la bonne application de la DCE/LEMA.
Après l’émission du SDAGE, par masse d’eau et selon le classement et les objectifs à atteindre, il y a eu localement un SAGE ou seulement un Contrat (contrat de rivière, contrat de baie…). Les SAGE sont engageants (opposables juridiquement) alors que les Contrats ne le sont pas.

L’étang de Berre et la Durance n’ont pour l’instant fait l’objet que de contrats, mais un SAGE Durance est actuellement en écriture.

Le cas de l’étang de Berre

L’administration l’a bizarrement scindé en 2 parties : le Grand Étang et l’étang de Vaïne (et Bolmon constitue une 3ème partie).

  • Le Grand Étang a été classé comme Masse d’Eau Naturelle (MEN)
  • l’étang de Vaïne a été classé MEFM.

Le Grand Étang doit donc clairement atteindre le Bon État Écologique. Néanmoins comme il avait été « historiquement modifié », la date limite d’atteindre le bon état écologique avait été repoussée à 2021 (voir cet article du GIPREB, sans date comme d’habitude) mais l’échéance qu’on trouve désormais est 2027, nous supposons qu’il y a eu modification.

Le GIPREB a récemment consulté son Conseil Scientifique pour savoir si l’étang de Berre avait des chances d’atteindre le bon état écologique avant 2027. Les avis du Conseil Scientifique ne sont pas publics, mais il nous semble clair que l’avis émis a été négatif ou au moins « pessimiste ». On peut s’en rendre compte dans cet article récent du « blog » du GIPREB, article qui est à la base du présent article.

Pour les critères précis du bon état écologique retenus pour l’étang de Berre, nous renvoyons au point que nous avions fait fin 2014, pour notre colloque de l’anniversaire des 10 ans de la condamnation (voir cet article), mais en gros 2 critères posent question et sont présentés comme bloquant par le GIPREB:

  • les zostères (les macrophytes en général)

  • et la faune benthique.

Il faut tout de suite écrire ici que notre association n’est aussi pessimiste sur la situation écologique de l’étang:

  • le retour rapide (sans doute exponentiel) des zostères (naines) et singulièrement dans l’étang de Vaïne (nous avons beaucoup parlé des zostères dans ce blog, voir ces articles).

  • la multiplication et le fleurissement des ruppies au Ranquet (Istres),

  • et le signalement de plus en plus fréquent d’oursins, d’aplysies ou même d’hippocampes

nous laissent penser que l’atteinte du bon état écologique sur les bases actuelles (de fonctionnement de la centrale EDF de St Chamas) est possible.

En ce qui concerne la faune benthique, notre position est moins affirmée, mais globalement nous pensons que les crises d’anoxie devraient se raréfier avec le retour des zostères et la production d’oxygène associée, et que la faune benthique s’améliorera à son tour, mais nous aimerions surtout disposer des résultats et de la méthodologie du GIPREB…

Nous ne doutons pas des compétences des membres du Conseil Scientifique qui sont à l’origine de l’avis pessimiste, par contre nous ne sommes pas sûrs que les infos dont ils disposent soient si bonnes que cela. Nous pensons que le GIPREB a un problème méthodologique par rapport à la façon dont la vie reconquiert l’étang et qu’il serait sans doute temps d’en changer (article à venir !).

Mais l’essentiel n’est pas là. L’article du GIPREB mérite une lecture attentive, car il laisse supposer les discussions « juridico-administratives » actuelles et passées suivantes:

  • l’État français a souhaité évaluer suffisamment tôt s’il risque des pénalités pour l’étang de Berre et a demandé au GIPREB son avis, via l’agence de l’eau RMC.

  • Le GIPREB s’est tourné vers son Conseil Scientifique. Et a transmis l’avis pessimiste de ce dernier.

  • Des discussions qui ont suivi, l’état France a imaginé de proposer à l’Europe de baisser les objectifs (sans doute en changeant le classement du Grand Étang de MEN à MEFM) un article de la DCE (le 4.5) le lui permet, en le justifiant évidemment.

  • le GIPREB s’offusque officiellement de cette position possible de la France et présente la sienne : si l’objectif de bon état écologique ne peut être atteint sur la base actuelle, nous devons non pas changer nos objectifs, mais changer le « fonctionnement actuel » de l’étang, c’est à dire réduire encore les rejets de St Chamas (ou les annuler par dérivation).

Lire de la part du GIPREB qu’une réduction supplémentaire des rejets est une solution possible est une évolution notable qui rapproche (un peu!) cet organisme de la position de notre association.

Que peut et doit faire notre association pour l’étang de Berre sur la base de ce qui précède ?

  • Éventuellement s’associer au GIPREB (!!!) pour se battre pour garder le classement « Masse d’Eau Naturelle ») du Grand Étang s’il était remis en cause et éventuellement demander une réduction supplémentaire des rejets EDF dans l’étang (mais toujours combattre la dérivation)

  • accélérer l’amélioration actuelle par des réintroductions si nous y sommes autorisés (mais a priori, l’état devrait favorablement accueillir de tels projets)

Le GIPREB devrait être dissout fin 2017 et ses missions reprises par la Métropole. Si c’est via une structure dédiée, nous ferons une demande pour y être représentés, mais trop d’espoir. Nous espérons (sans trop y croire encore) que le dialogue sera meilleur et que nous pourrons disposer de plus de données…

Le cas de la Durance

Pour la Durance, nos information viennent essentiellement du document SDAGE RMC, en effet

  • notre association n’a pas (non plus) de représentation officielle dans les structures officielles de gestion de la Durance
  • le site Internet du SMAVD n’est plus à jour depuis longtemps (le dernier article semble dater de sept 2014, et le site indique encore M Comte comme président !!), et si vous voulez ne rien savoir sur la Durance et la politique de sa gestion, nous vous invitons à le visiter…

Ce que nous savons, c’est que

  • la Durance a été globalement classée MEFM et que les échéances de bon potentiel écologique et de bon état chimique ont été fixée à 2027. Selon les tronçons, les raisons invoquées sont la faisabilité technique (FT), les conditions naturelles (CN), les coûts disproportionnés (CD) et souvent les 3 à la fois.
  • les affluents (à part le Verdon) ont en large majorité été classés MEN
  • un SAGE est en écriture pour 2018 mais jusqu’ici il n’y avait qu’un contrat de rivière. Ce contrat (pas plus que le SDAGE RMC de l’époque ou actuel) ne remettait en aucune façon l’aménagement actuel de la rivière.

Nous ne savons pas exactement en quoi consiste le « bon potentiel écologique » que doit atteindre la Durance, il semble que le classement MEFM n’ait fait que repousser la date limite d’atteinte du bon état écologique, sans modification d’objectif.

La limite de 2027 est encore dans 10 ans, mais il nous semble évident que le bon état écologique ne sera pas atteint, pour les raisons qui font que notre association écologique s’intéresse à la Durance :

  • les poissons migrateurs ne remontent pas.
  • Les aloses s’arrêtent au seuil de Callet (le seuil n°66, le 3ème en remontant depuis la confluence avec le Rhône).
  • Une passe à anguille qui ne débouche sur rien a été installée au barrage de Mallemort, mais ils n’ont pas du voir beaucoup d’anguille (mourir) dedans…
    Nota : Nous confirmons souhaiter faire le « Big Jump Durance 2107 » près du seuil de Callet…
  • même si les migrateurs remontaient, comme le transit des sédiments est faible (il n’est réalisé concrètement que lors des grandes (mais rares) crues d’automne sur lesquelles l’aménagement « EDF » n’a aucune incidence, comme on l’a vu en 1994 (3000 m³/s à Mallemort) ou cette année 2016 (1500 m³/s)), le fond de la rivière s’envase et ne convient plus comme frayère pour de nombreux poissons. EDF peut (et même doit désormais) réaliser des « chasses » de ses retenues pour essayer de « nettoyer » les fonds des sédiments, mais c’est très local et cosmétique, nous doutons de l’efficacité…
  • Or le transit des sédiments est faible pour car l’eau de la Durance est largement captée pour l’hydroélectricité à Serre-Ponçon et la rivière ne retrouve cette eau qu’en maigre partie à Mallemort. Le débit réservé a été longtemps inférieur au seuil légal de 1/20ème du module (il a longtemps été de 4 m³/s à l’embouchure pour un module d’env 200 m³/s) mais il aurait été remonté à 9 m³/s (et comme pour l’étang de Berre, on doit faire confiance à EDF sur ce point…)
  • Également, la rivière possède 68 seuils qui sont autant de discontinuité écologiques
  • en aval du déversoir de Mallemort, le débit est erratique entre 9 m³/s et 250 m³/s comme le montre cette courbe pas récente mais qui reste toujours actuelle.

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  • la qualité bactériologique présentée comme insuffisante dans le contrat de rivière n’empêche pas les riverains de profiter de la rivière (mais protège les élus…) mais limite le développement touristique (ce qui n’est pas forcément mauvais, le tourisme pouvant être très destructeur).

L’état chimique nous est largement inconnu, mais le SDAGE ou le Contrat Durance l’indique comme « globalement bon », sauf sur les tronçons Escale-Cadarache (à cause des industries de St Auban, notamment les rejets de mercure d’Arkema) et Bonpas-Rhône.

On peut supposer que le SAGE Durance aura pour objet d’atteindre le bon état écologique (ou le bon potentiel). On peut aussi craindre qu’il n’ y parvienne pas, sauf si l’aménagement global de la Durance est totalement revu, ce que le SDAGE RMC ne laisse pas supposer.

Notre position sur la Durance

Pour ceux qui ne connaissent pas la position de l’association sur la Durance, ce diaporama la résume: Pourquoi étudier la faisabilité d’une STEP Durance rev22.
La STEP n’est qu’une idée, assez décoiffante nous en convenons, mais c’est la seule qui réponde à la taille du problème et qui résiste au temps et aux questions. Elle avait convaincu la commission Balland (des inspecteurs généraux quand même), voir p 21 de leur rapport de 2002 qui en estimé l’étude pertinente. Malheureusement ce rapport a est enterré : nos brillants élus locaux (et EDF?) auxquels il ne plaisait sans doute pas ont commandé une autre étude « le Plan Durance Multi-usage ». Cette étude à peine postérieure, d’un niveau bien moindre à notre avis, fait désormais référence. Ainsi enterre-t-on les rapports qui dérangent…

Il faut indiquer à nos lecteurs les moins avertis que l’eau rejetée au déversoir de Mallemort est celle qui ne peut plus être déversée dans l’étang de Berre. Les situations écologiques de l’étang de Berre et de la Durance sont extrêmement liés (voir le schéma suivant déjà donné dans notre article sur les problèmes de la basse Durance)

schema-basse-durance

Les rejets à Mallemort sont importants depuis 2006 mais ils n’ont jamais été « pensés », la situation actuelle a depuis 2006 été considérée comme provisoire par toutes les parties:

  • le GIPREB et le SMAVD ont toujours considérés que l’amélioration de l’étang de Berre ne pouvait venir que par un prolongement des canaux EDF jusqu’au Rhône ou la mer (leur fameuse « dérivation »). Pour l’étang de Berre ça améliorerait certes la situation, mais pour la Durance ce serait la pérennisation du débit réservé actuel et du mauvais fonctionnement actuel. Notre association s’oppose à cette position dont nous avons écrit tout le mal que nous en pensions.
  • l’état espérait que le niveau actuel des rejets dans l’étang de Berre améliorerait la situation. Nous espérons qu’il ne changera pas d’idée sur la « dérivation » mais nous ignorons par contre comment il pense améliorer la situation Durance et singulièrement les rejets erratiques à l’aval de Mallemort. Il doit faire un travail technique que pour l’instant, à notre connaissance, il n’a pas fait.

Nous aimerions bien être associé à l’écriture du SAGE Durance, mais nous craignons de n’être pas retenus… Si nous ne pouvons participer à la CLE qui prépare le SAGE Durance, il ne nous restera que notre soft power habituel (blog, alertes média, rassemblements populaires…) et éventuellement la justice

  • sur le texte du SAGE (en 2018…) s’il est attaquable vis à vis des engagements de la DCE et/ou sur les éventuelles justifications de la France aura présentées pour baisser les objectifs de la DCE pour la Durance,
  • ou sur l’état écologique (en 2027…) si les objectifs écologiques ne sont pas atteints.

Notre association n’est (malheureusement) pas prête de s’autodissoudre pour avoir atteint son objectif…

Que peut et doit faire aujourd’huin notre association pour la Durance sur la base de ce qui précède ?

  • Tout faire pour que les objectifs de la DCE sur la Durance restent bien le bon état écologique et (ce qui est lié) convaincre l’État de lancer une vraie étude de modification de l’aménagement hydroélectrique de la Durance qui permette d’atteindre ce bon état écologique.

  • Continuer de convaincre et de mobiliser la population, notamment les riverains de la Durance, de se battre pour l’idée précédente!

Les lecteurs qui souhaitent rejoindre ces nobles combats sont toujours les bienvenus, contactez-nous !!!

Publié par : pascal bazile | 5 novembre 2016

Assemblée Générale 2016, Martigues 19 novembre 2016

L’Assemblée Générale Ordinaire (AGO) 2016 de l’association aura lieu

le samedi 19 novembre 2016
Salle Dufy, hôtel de ville de Martigues
à partir de 15h00.

A 15 h, avant l’AG proprement dite et à la demande de l’association, M Gaby Charroux, député-maire de Martigues présentera la demande de classement de l’étang de Berre au titre de Patrimoine Mondial de l’Humanité, auprès de l’Unesco. L’Étang Nouveau soutient officiellement cette demande. Vous pouvez le faire aussi sur ce site.

L’ordre du jour de l’AG est le suivant:

  • Rapport moral (voir ici :mot-du-president-rapport-moral-2016 )
  • Rapport d’Activité (voir ici la forme synthétique proposée au vote : rapport-activites-2016-rev-bproposition) qui sera détaillé par projets « positifs » (Durance, zostères de Berre, Delphinorove…), actions en défense (ball-trap de Cabannes, digue des iscles de Milan à Cheval-Blanc, eau potable à Alleins…) et problèmes actuels… par les administrateurs ayant travaillé sur les dits dossiers
  • Rapport financier 2016 et prévisionnel 2017.
  • Élection annuelle du Conseil d’Administration

Les adhérents ont reçu leur convocation par mail ou courrier.
Comme tous les ans, l’entrée est libre et tous les intéressés peuvent assister à l’AG. Ne prennent cependant part aux votes que les adhérents à jour de leur cotisation.
Les absents peuvent donner leur pouvoir et penser à renouveler leur adhésion (pouvoir-de-representation-et-bulletin-readhesion-ag-en-2016 ).

L’AG (et la taille de la salle Dufy) nous permettra aussi de présenter à l’assistance

Venez nombreux !

Rajout du 17 avril 2017: l’exposition tourne autour de l’étang (elle était à Miramas-Fontlongue en mars, elle sera à Châteauneuf fin mai), mais elle vieillit vite. Il est temps de la mettre en ligne (attention ce document fait 54Mo!): etang de berre retour des zostères rev7

La ville d’Istres a accepté notre proposition d’une exposition intitulée « Étang de Berre – le retour des zostères » qui résume notre travail sur ce sujet depuis 2012 et fait le point sur l’histoire et la situation actuelle de ces plantes essentielles pour la vie de l’étang.

Cette exposition sera visible
  au hall d’expo 233 du CEC d’Istres
du 18 au 27 octobre 2016

Le vernissage aura lieu mardi 18 à 18h15 (ouvert à tous)

Nous confirmons que le retour des zostères naines dans l’étang est rapide (les zostères marines sont encore absentes). L’exposition en accumule les preuves à notre sens. Nous vous invitons à venir vous faire une idée (même si vous êtes lecteur assidu du blog et que nos nombreux articles sur le sujet vous ont déjà bien informés).

Nous espérons également que vous trouverez l’exposition belle, même si ce n’est pas le but premier.

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La suite nous semble devoir être de nouveaux essais de transplantation de zostères marines.
L’histoire n’est pas finie même si une (belle) étape est clairement franchie!

Les deux photos ci-dessous ont été rajoutée après le vernissage, le 20 octobre.

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Publié par : pascal bazile | 15 septembre 2016

Journées du patrimoine 2016 – 17 et 18 sept

Le patrimoine c’est de la culture (avec des bâtiments, entre autres) et de la nature.

Il y a beaucoup d’événements centrés sur l’étang de Berre par exemple. Vous en trouverez la liste dans cette liste des événements liés aux lagunes méditerranéennes : prog_jep_2016vf_leger

Bien des visites ou conférences peuvent intéresser nos lecteurs. Nous en avons sélectionné 4 à St Chamas et Eyguière, dont 2 conférences-débats organisé par notre association (à St Chamas).

A St Chamas

2 conférences-débats animées par L’Étang Nouveau.
Thème: ÉTANG DE BERRE, DES CITOYENS MOBILISÉS POUR SA RÉHABILITATION
L’aménagement de la Durance : historique et conséquences, propositions de bon sens autour de la Durance et de l’étang de Berre et plus globalement du littoral méditerranéen, et enfin engagement citoyen.

  • samedi 17 sept 17h00 – salle Ramella – St Chamas
  • dimanche 18 sept 10h00 – salle Ramella – St Chamas

1 conférence de Pierre Mollo sur le plancton (www.plancton-du-monde.org) cette conférence remplace une conférence prévue sur l’anguille et les poissons migrateurs qui figure sur certains programmes)

  • dimanche 18 sept 10h00 Chapelle St Pierre (office du Tourisme)

voir ici le programme des journées limité à St Chamas/Miramas: prog-journee-patrimoine-160918

A Eyguières

1 conférence de l’association Flore et Vie sur la Durance

  • dimanche 18 sept 15h00 moulin de l’Alcazar (après sortie sur le terrain le matin)

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Bonnes journées du patrimoine !!

Publié par : pascal bazile | 11 septembre 2016

Le port pas très propre « des 3 Frères » à La Mède

Les ports de plaisance sont des sources de pollution du plan d’eau sur lequel ils sont ouverts : rejets de toilettes, de cuisine et surtout rejets de polluants dus aux bateaux eux-mêmes et aux travaux d’entretien (peinture anti-fouling, huiles, batteries etc…).
La pollution de l’étang de Berre par ses ports de plaisance est un point dont notre association discute régulièrement en interne ou sur lequel elle est interpellée tout aussi régulièrement par des riverains inquiets de divers projets.
Nous suivons par exemple le projet d’extension du port d’Istres, sur lequel nous avons écrit un article. Ce projet semble n’avancer que très lentement.

La récente création-régularisation du « port des 3 Frères » ne nous satisfait pas.

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La démarche régionale « Ports Propres »

Depuis 2001, la région PACA a développé la démarche de labellisation « ports propres » en direction des ports de plaisance. Elle s’est même présentée en exemple au reste de l’Europe, et depuis 2012 existe une certification européenne qui remplace désormais l’accord français. (voir ici).

Sur le site Internet dédié, on trouve

Une démarche « Ports Propres » largement en panne sur l’étang de Berre

Dans le contrat d’étang (tome 1 p 94) , on nous apprend que « tous les ports de l’étang sont engagés dans une démarche de certification « port propre » avec un diagnostic lancé en 2006 ».
Néanmoins

  • seulement 2 actions au sens strict du contrat d’étang (signé en mai 2013) portent sur les ports : Istres (action B10) et à plus long terme Berre L’étang (action B2-3) et dans les 2 cas on agrandit le port
    Comme vu en introduction, le planning de l’action B10 ne sera pas tenu…
  • sur le site régional des ports propres (voir la carte), on ne trouve sur l’étang de Berre aucun port certifié et un seul officiellement engagé dans la démarche : Saint-Chamas. Les plus proches ports certifiés sont Fos_sur-mer (Saint-Gervais), Port-Maritima (un port à sec…), et Port-St-Louis-du-Rhône.

Le cas du port de La Mède (commune de Châteauneuf-les-Martigues)

Ce port s’est lentement mais largement développé au cours des années.
Des photos aériennes de 2002, 2008 et 2016 valent mieux qu’un long discours (merci Google Earth et sa fonction « historique »…)

Le port en 2002

Le port en 2002

Le port en 2008

Le port en 2008

Le port en 2016

Le port en 2016

Comme indiqué sur la dernière photo (février 2016), on peut distinguer 5 parties à ce port :

  1. le port privé « Horizon Marine » (et l’entreprise Coralia)
  2. un port de pêche (même si le dernier pêcheur a cessé son activité)
  3. le port de plaisance municipal « Gérard Poret »
  4. et enfin le « port » situé dans la « tranchée de la Mède », récemment nommé « Port des 3 Frères »
  5. un second port de pêche ou plutôt l’installation d’un pêcheur en bout de tranchée

Le port privé (A) n’a guère changé.
Le port de pêche (B) s’est à peine agrandi.
Le port municipal (C) s’est doté d’un second ponton et a agrandi le premier,
Le « port des 3 Frères » (D) s’est totalement rempli.
L’installation du pêcheur en bout de tranchée (E) a sans doute une histoire similaire à celle du port (D) mais nous le la traiterons pas ici.

C’est le « port des 3 Frères» du canal qui nous préoccupe.

Le canal de Marseille au Rhône

La tranchée de la Mède fait partie du canal de Marseille au Rhône.
Tout ce canal fait partie du domaine public maritime et le GPMM (Grand Port Maritime de Marseille) en est le gestionnaire.
Depuis 1963 et l’effondrement dans le tunnel du Rove (et ensuite la délocalisation du port de Marseille à Fos-sur-mer), le canal ne sert plus comme voie de circulation des péniches. Il est désaffecté de fait.
Il l’est d’autant plus de
puis le bouchon de sédiments et les barrages flottants désormais permanents en face de la raffinerie de la Mède.
La partie du canal située entre Martigues et La Mède est donc bouchée à la navigation (les clubs d’aviron de Martigues et de Marignane le parcouraient encore il y a quelques années) quelques km à l’ouest de cette tranchée.

Le « port des 3 Frères », une régularisation très récente et sans débat public

La tranchée de La Mède s’est remplie peu à peu de bateaux, plus ou moins en état.
Il semble que l’ensemble des plaisanciers venus s’installer dans cette tranchée se soient structurés en une association : l’UPPM (L’Union des Patrons Plaisanciers de la Mède) pour demander la création d’un vrai port.
Ils auraient obtenu de la préfecture une AOT (Autorisation d’Occupation Temporaire) le 1er février 2014 (source : leur règlement intérieur affiché sur place + le panneau ci-dessous).
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Cette AOT aurait été accordée suite à un contrat avec le GPMM, l’UPPM devenant l’exploitant du « port des 3 frères » (l’UPPM paie a priori un loyer au GPMM, qu’il répartit entre ses différents adhérents).
On a donc un port de fait, même s’il est temporaire.
Le problème est que ce port ne possède aucun des équipements d’un port ; pas d’aire de carénage, pas de grue, pas de locaux, pas de système d’évacuation des déchets, pas de douches ni de toilettes…

L’UPPM s’installe sans méthode et sans moyens mais se sent chez elle, les relations avec des riverains se tendent.

Fort de cette régularisation sans doute, l’UPPM s’est sentie autorisée à :

  • installer des bittes d’amarrage
  • installer un mobile-home à terre (avec accord de la mairie obtenu en février 2015). Ce mobile-home sert de bureau et de support à un tableau d’affichage. Il est posé juste à coté du gazoduc Berre-Lavéra au mépris, nous semble-t-il, des règles de sécurité.
  • tenter de se raccorder à l’eau courante. Une tranchée a été faite pour brancher le mobile-home au réseau d’eau. Le branchement a été fait sur la ligne d’un des logements sociaux riverains (en aval de son compteur…), sans qu’en ait été averti l’organisme propriétaire (13 Habitat). Tout semble indiquer qu’il n’y avait aucune autorisation de travaux. La société des eaux (la SEM) a d’ailleurs fait retirer le compteur après demande de 13 Habitat.
    Ils ont déjà installé une petite tuyauterie de rejet (dans le canal…, le mobile-home n’est manifestement pas relié au tout-à-l’égout) on ne voit pas bien le progrès sanitaire et écologique. Nous serions surpris que le GPMM ou le GIPREB aient donné leur autorisation pour le rejet construit, qui heureusement pour l’instant ne rejette que l’eau d’une petite réserve d’eau…
  • poser un panneau indiquant « quai privé » (image ci-dessus) à un endroit manifestement extérieur à l’AOT et d’afficher ainsi leur volonté d’interdire la traversée du canal aux usagers de la plage des 3 frères. Un coup de feu a même été tiré par un plaisancier en direction de jeunes qui traversaient à la nage (plainte déposée…).

Des riverains ajoutent les reproches ou soupçons suivants :

  • Beaucoup de bateaux de ce port servent manifestement d’habitation permanente, ce qui n’est pas autorisé. Une lettre de la mairie (affichée sur le mobile-home) le rappelle d’ailleurs.
  • Beaucoup de plaisanciers abandonneraient leurs déchets « non ménagers » aux alentours. La lettre de la mairie rappelle également que les déchets de port doivent finir à la déchetterie (située sur la commune de Châteauneuf bien loin du port de La Mède).
  • Quand une grue vient procéder à un démâtage, aucune sécurisation de la manœuvre n’est faite (voir photo ci-dessous). Il semble que tout soit fait sans méthode et… sans autorisation.
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  • Bruit
  • D’avoir retiré du « port » quelques bateaux abandonnés pour faire de la place à des bateaux « payants » et d’avoir simplement tracté ces semi-épaves en peu plus loin dans l’anse ou le canal. Quelques parties de l’anse deviennent en effet des cimetières de bateaux (photos ci-dessous).

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L’absence de débat démocratique, loin d’être une solution simple rapide, alimente la rumeur et la défiance…

La position de L’Étang Nouveau

en général sur les ports de plaisance sur l’étang de Berre

Nous ne souhaitons pas le développement des ports de plaisance sur l’étang.

  • c’est souvent une privatisation de fait du rivage, avec interdiction d’accès voire obstruction de vue (le littoral de l’Estaque à Marseille est pour nous un bon exemple de ce qu’il faut éviter)
  • c’est une source de pollution reconnue par la région et l’Europe, mais que les structures locales tardent manifestement à réguler. Nous sommes une région de « plaisance » pas chère… et relativement sale. Nous encourageons la démarche « Ports Propres », surtout dans une masse d’eau fermée comme l’étang. Ils semble que les municipalités locales ne soient guère pressées de l’appliquer à leur port.

Pour autant, nous reconnaissons le plaisir de la plaisance et l’intérêt de celle-ci pour découvrir l’étang (certainement une meilleure façon qu’avec un jet-ski…) mais nous souhaitons le développement d’une économie collaborative, sur le modèle des aéroclubs, ou d’autolib. Il n’est pas nécessaire que chacun possède un bateau…

et en particulier sur le Port des 3 Frères

Ce port est né en dépit de toute règle. Manifestement le GPMM et la préfecture (et même la mairie) cherchent à régulariser une situation qu’ils ont laissé s’établir.
Ce port fonctionne actuellement de bien mauvaise façon, beaucoup de bateaux sont habités et le canal et l’étang en subissent des pollutions manifestes.
Il nous semble que le GPMM aurait du construire un port digne de ce nom AVANT d’en céder l’exploitation à l’UPPM. Il serait fort intéressant de pouvoir lire le contrat liant les 2 parties (l’UPPM doit construire le port ?), nous avons des doutes sur sa légalité. Nous avons écrit au GPMM en juillet 2016 à ce sujet. Sans réponse à ce jour.

Il y a la place pour construire un port raisonnable sur l’anse de la Mède qui sert par endroits de cimetière de bateau (voir photos ci-dessous). Il y eut naguère un projet de port à 1500 anneaux (projet MEDMA). Nous aurions combattu un tel méga-projet s’il était encore d’actualité, mais ajouter 30 anneaux au port municipal ou au port privé ET les passer en Port Propre, serait plus acceptable par l’association (sans garantie de l’auteur de cet article, dont le but est d’informer aussi les adhérents…).

Enfin, au moment où l’étang devient un lieu de baignade très fréquenté, il semble dommage que les médéens ne puissent accéder à la belle plage des 3 frères (photo ci-dessous) qu’en traversant le canal à la nage. A moins que ce ne soit pour garder cette plage la plus sauvage possible, mais ce point mériterait d’être débattu.
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et au-delà de ce « port », quel avenir pour le canal du sud de l’étang de Berre ?

Le GPMM a accepté de laisser vivre ce port qui limite fortement l’accès à la partie ouest du canal depuis l’anse de La Mède. Nous supposons que la société Total (propriétaire exploitant de la raffinerie de La Mède) était d’accord…
Or cette société prévoit de convertir cette raffinerie fermée depuis quelques années en bioraffinerie (projet Phoenix, 200 millions d’euros d’investissement, début du chantier prévu en 2017). Que souhaite faire cette société de son port sur l’étang et du bouchon de sédiments ?
Nous rappelons que nous soutenons le projet Delphinorove (voir nos articles à ce sujet), qui utiliserait la partie est de ce canal (de l’anse de La Mède au bouchon du tunnel du Rove).


Ne serait-ce pas le moment de commencer une réflexion globale et démocratique sur ce que peut devenir la rive sud de l’étang de Berre ? Voilà un beau test de démocratie et de légalité pour une Métropole marseillaise toute neuve qui ne cesse de répéter que l’étang de Berre se situe en son centre…

A la suite du colloque Delphinorove II de Martigues (voir cet ancien article) et de sa suite à Velaux où avait eu lieu une première table ronde qui n’avait pas pu avoir lieu à Martigues, deux nouvelles soirées autour de ce projet auront lieu ces prochains jours sur le territoire:

Ces soirées sont ouvertes à tous, elles vous permettront d’apprendre tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur ce projet étonnant sans jamais avoir osé le demander!

Nous rappelons que notre association soutient ce projet depuis notre assemblée générale de 2011. Beaucoup des imprécisions ou imperfections qu’il avait à l’époque ont trouvé des réponses ou des solutions. C’est un très beau projet.

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Publié par : pascal bazile | 3 septembre 2016

Comparaison n°7 : l’estuaire de la Rance

En 1966 furent mises en service par EDF la centrale de Saint-Chamas chez nous et l’usine marémotrice de la Rance en Bretagne. Dans les 2 cas il y a eu un bouleversement écologique des masses d’eau associées (étang de Berre et Durance pour nous, estuaire de la Rance pour les bretons) dénoncé par des oppositions plus ou moins soutenues par les autorités locales, avec en face EDF et ses gros moyens.

Suffisamment de points communs pour s’amuser à une nouvelle comparaison.

L’histoire de l’usine marémotrice de la Rance selon EDF

La Rance est une petite rivière qui se jette dans la Manche entre Saint-Malo et Dinard, juste à l’ouest de la baie du Mont-Saint-Michel.

Afficher l'image d'origine

image tiré du site faiteslepleindavenir.com

La baie du Mont-Saint Michel et la côte d’Émeraude où se jette la Rance sont connues pour avoir les marées les plus importantes de France. La différence de hauteur entre la marée haute et la marée basse, le marnage, peut dépasser 13 m (voir ici le marnage du jour à St Malo). À la marée montante (le flot), l’océan entrait profondément dans l’estuaire de la rivière, pour en ressortir à la marée descendante (le jusant). On considère que l’effet des marées se faisait sentir jusqu’à Dinan, à 20 km dans les terres, et surtout que le volume d’eau entrant dans l’estuaire pouvait atteindre 180 millions de m3.
L’estuaire de la Rance possédant presque à son embouchure un goulet entre 2 masses rocheuses, EDF y a vu dans les années 1960 la possibilité d’un aménagement original : une centrale qui ferme l’estuaire et « fait travailler » l’eau à la marée montante et descendante,
soit un basculement toutes les 6 heures..

La puissance nominale de cette centrale « marémotrice » est de 250 MW (en comparaison, celle de Saint-Chamas est de 160 MW) mais elle ne fonctionne à cette puissance que si les marées sont suffisamment grandes, et pendant un temps imposé par la nature, qui dépend du coefficient de marée. La production est annoncée à 500 GWh/an (sur ce site) ce qui correspondrait à un fonctionnement de 2000 h/an et correspond vaguement aux 3,5% de la consommation bretonne annoncés par EDF. En comparaison, la production moyenne de l’usine de St Chamas avant sa limitation de 2005 était de 600 GWh soit 4000h de fonctionnement nominal.

D’un point de vue environnemental, les travaux de construction de l’usine ont isolé l’estuaire de la mer pendant 3 ans entre 1963 et 1966. La phase des travaux a donc été particulièrement destructrice de la faune et de la flore de l’estuaire. Ensuite il y a eu à la fois recolonisation naturelle partielle ainsi que des ensemencements volontaires « officiels » (notamment en coquille St Jacques). Le discours d’EDF est que le biotope actuel est certes différent du biotope originel, mais riche et parfaitement fonctionnel.

Globalement EDF présente cette usine comme une réussite technologique et un modèle de développement durable. L’usine possède un espace découverte et s’apprête à fêter ses 50 ans le 26 novembre prochain (en comparaison, on remarquera qu’aucune fête n’a eu lieu ou n’est prévue pour les 50 ans de l’usine de Saint-Chamas…).

EDF reconnaît un envasement de l’estuaire, mais le considère comme largement naturel, et prétend participer à des programmes d’études du phénomène d’envasement des estuaires bretons.

 

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Photo prise dans l' »espace découverte » de l’usine

Une association critique – Rance Environnement

L’association Rance Environnement, que nous avons rencontrée, est agréée environnement, comme nous le sommes, et a été créée peu de temps avant nous (1986 contre 1988).
Cette association propose une vision moins idyllique de la situation.
Les informations du reste de cet article sont issues de leurs documents (que nos lecteurs intéressés par le sujet sont invités à aller chercher sur leur site) et notamment de leur lettre d’août 2016 intitulée « l’envers du décor », qui propose une synthèse de leurs travaux à l’occasion du cinquantenaire de l’usine.

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Dominique de Beaucoudray, membre du CA de Rance Environnement

Notre discussion est partie de l’envasement de l’estuaire qui inquiète entre autre des plaisanciers comme M de Beaucoudray (ou sa ville, Plouër sur Rance, où se trouve un port de plaisance menacé d’envasement) mais plus généralement tous les amoureux de l’estuaire qu’ils ont pu réunir (plusieurs centaines d’adhérents…). Ils ne sont pas seuls et Rance Environnement a créé avec d’autres associations la COMMISSION ESTUAIRE RANCE qui intervient sur l’envasement et plus généralement sur la préservation de l’estuaire des impacts de l’usine marémotrice dans l’esprit du développement durable.

Mais avant de revenir sur ses impacts, il faut d’abords expliquer le fonctionnement réel de l’usine.

Le fonctionnement réel de l’usine

Contrairement à ce qu’annonce EDF,

  • l’usine fonctionne essentiellement aujourd’hui à la seule marée descendante et seulement rarement en « double effet »,
  • et EDF empêche largement l’estuaire de se vider (le niveau de l’estuaire ne descend plus sous 7 m).

Les courbes suivantes, dont nous ne doutons pas qu’elles sont représentatives, sont en effet édifiantes
courbe niveau

La courbe supérieure (celle du 11 mars 2016) représente un cas de forte marée. Quand la marée monte, le niveau monte à l’extérieur de la centrale (trait bleu) et quand il dépasse les 7 m, l’eau commence à rentrer à l’intérieur de l’estuaire (trait rouge) on voit que la courbe rouge monte aussi vite que la bleue : EDF ne turbine pas et préfère laisser rentrer le maximum d’eau sans la freiner. Quand la mer baisse, on voit que la courbe rouge baisse plus lentement que la bleue, le turbinage freine l’eau qui sort de l’estuaire.
Peut-être cette faible pente (donc un débit de sortie plus faible que le débit d’entrée) s’explique-t-il par le choix d’EDF de n’utiliser qu’une partie des 24 turbines du barrage. On dit que leur maintenance est coûteuse…
On remarque que le niveau dans l’estuaire n’est pas descendu en dessous de 7 m alors qu’il est descendu à 0 m à l’extérieur….

La courbe inférieure (celle du 1er avril 2016) représente un cas de faible marée, il n’est pas clair qu’EDF turbine dans ce cas. Il semble qu’il faille 4m minimum entre les 2 côtés du barrage pour qu’il soit intéressant de turbiner et cette condition n’était pas réalisée ce jour-là.

L’envasement

Rance Environnement considère que le fonctionnement de l’usine fait se déposer dans l’estuaire 50 000 m3 par an de sédiments (essentiellement venus de la mer) pour un total de 2,5 millions de m3 accumulés depuis la mise en route de l’usine. Le chiffre de 50 000 m3 est une estimation basse tirée des nombreuses études faites soit par EDF soit par le ministère de l’environnement. Et toutes les méthodes d’évaluation dont ils disposent sont cohérentes pour dire que seulement 20% de ces sédiments se seraient déposés dans l’estuaire s’il n’y avait pas l’usine, et que donc 80% sont de la responsabilité d’EDF.

Cette position semble parfaitement logique au vu du fonctionnement actuel de l’usine (et depuis combien de temps fonctionne-t-elle ainsi?). Imaginons que le flot (la marée montante) soit chargé de sédiments (hypothèse crédible pour quiconque s’est un jour baigné dans la Manche…), il entre rapidement dans l’estuaire en y amenant ces sédiments. En revanche EDF fait ressortir cette eau à un débit moindre, la vitesse est moindre et une décantation d’une grande partie des sédiments est plus que vraisemblable.

Rance Environnement émet les cartes ci-dessous pour illustrer le comblement de l’estuaire (extrait de leur lettre d’août 2016 déjà citée)

comblement estuaire

Pourquoi EDF maintient-il le niveau de l’estuaire à 7m ? Une explication possible est que s’il le laissait descendre plus bas l’envasement serait un peu trop visible et les bateaux ne pourraient plus passer. EDF ne semble pas communiquer sur ce point, donc nous n’avons pas trouvé sa justification. Mais si c’est le cas, ça veut dire que l’envasement limite déjà la production (et que ça ne risque pas de s’arranger…).

Un changement de biocénose de plus en plus discuté

Le tableau suivant n’est pas celui de Rance-Environnement. Il a été construit à partir de quelques discussions locales. Il est sans doute très inexact mais il présente l’« impression générale » de quelques usagers sur ce qui a largement disparu et ce qui est apparu.

Avant le barrage

Actuellement

phanérogames

herbiers peu connus

1 herbier de zostères marines réapparu vers 2000 et en croissance lente (colonisé à partir de l’herbier de Dinard, qui après des années difficiles se porte bien)
+ Nombreux herbiers de zostères naines en croissance rapide

mollusques

praires
ormeaux
bigorneaux

dominance de la palourde japonaise (qui semble bien apprécier les granulométries faibles)
coquilles saint-Jacques (suite ensemencement)
seiches

crustacés

Tourteaux
Crabes verts et rouges
crevettes grises

Araignées, étrilles
crevettes rouges (bouquets)
homards (sans doute grâce à la « réserve » totalement interdite de pêche ou de navigation située de chaque coté des turbines)

poissons

Gros migrateurs
(saumons, anguilles)
poissons plats (turbots, plies…)

petits poissons qui passent dans les turbines

On comprend que EDF communique sur la « nouvelle diversité » de l’estuaire, mais changement il y a eu.

Rance Environnement n’a pas encore beaucoup utilisé l’argument du changement de biotope ou de biocénose. Néanmoins, depuis le lancement du classement en Natura 2000 de l’estuaire en 2008, une de leurs remarques a été que le classement ne visait pas un habitat naturel, mais un habitat modifié et instable. Cette remarque n’a pas été prise en compte dans les documents de classement, ce qui les gêne.
Depuis la mise en application du DOCOB (le document d’objectifs de la zone natura 2000) en 2012, Rance Environnement demande une évaluation de l’incidence des pseudo-marées qu’ils appellent les « marées EDF » sur les habitats. En réponse à cette demande, une concertation a été lancée avec tous les usagers en vue d’aboutir à un référentiel des marées. Mais pour eux EDF joue des désaccords entre usagers pour faire traîner et continuer à exploiter le barrage comme ils le souhaitent.

Ce que demande Rance Environnement et où en est le combat

Rance Environnement demande essentiellement un curage des fonds de l’estuaire. Ils se désolent que les curages prévus dans le contrat de baie passé n’aient pas été faits. Ils espèrent un nouvel accord… mais sont échaudés.
Leur discours est que le kWh de la centrale est suffisamment bon marché pour que EDF puisse financer cela. Selon eux, le rajout du curage de l’estuaire ferait passer le coût du MWh de l’usine de la Rance de 46 à 50€, à comparer au coût officiel du MWh nucléaire (50€ aussi, mais comme on le sait ce prix n’intègre ni la gestion des déchets ni le démantèlement des centrales) et à ceux de l’éolien terrestre (82 €) , offshore (220 €) ou du photovoltaïque (plus de 230€).
Elle espère un plan de curage sur 25 ans (25 ans est ce qui reste de concession de l’usine qui est de 75 ans comme pour nos usines de la chaîne de Durance) et c’est la position de l’association officielle CŒUR Émeraude (l’équivalent du GIPREB dont ils font partie et qui semble n’avoir exclu aucune association…) et même de la région Bretagne. En face il y a l’État français et EDF. Les discussions semblent traîner avec les habituelles études à répétitions.

A noter qu’une méthode pour retirer régulièrement des sédiments sans trop d’impact sur les fonds semble avoir été trouvée en Rance. Il s’agit de créer des pièges à sédiments de 3m de profondeur, pas trop loin des chenaux naturels et connectés à ces chenaux. Les nouveaux sédiments iront combler ce trou où on reviendra les aspirer (il semble qu’il vaille mieux travailler par aspiration qu’à la pelle mécanique). Ainsi on ménage les fonds de l’estuaire en dehors de ces pièges.

Comparaison 1 – L’argument financier et l’arme du Droit

Que ce soit pour les usines de Saint-Chamas et de Salon de Provence (pour sauver l’étang de Berre) ou pour la totalité de la chaîne hydroélectrique de Durance, L’Étang Nouveau n’a jamais utilisé l’argument de la grande rentabilité des usines hydroélectriques (c’est de loin le MWh le moins cher à produire, encore plus pour nous que sur la Rance) mais au vu de la difficulté de Rance Environnement à obtenir satisfaction, cet argument ne semble guère avoir porté… Il est vrai que si la rentabilité est beaucoup plus faible qu’annoncé officiellement (production plus faible et faite pas toujours en heure pleine) cet argument s’affaiblit d’autant.

La situation sur l’étang de Berre a été largement résolue par un texte de l’ONU (la convention de Barcelone sur la Méditerranée) grâce à des personnes qui ont su l’utiliser jusqu’à faire condamner la France (seul moyen de faire plier EDF…) et une mobilisation populaire claire quoique divisée.
Sur la Durance nous n’avons pas encore trouvé de texte comparable (la DCE en 2021 ? ) et la mobilisation populaire manque encore. Si la crue de 1994 a fait changer le discours sur la « Durance maîtrisée », l’aménagement global est encore présenté comme une réussite pour la gestion de l’eau agricole et potable, et le problème du transit des sédiments est toujours largement nié ou sous-estimé (les bassins de délimonage et les 69 seuils peuvent déborder de sédiments, et la Camargue reculer – sans oublier les  60 000t qui finissent encore chaque année dans l’étang – ça ne semble pas un problème…)

Sur la Rance ils n’ont pas non plus trouvé de texte juridique adéquat. La gestion des sédiments pose un problème qui semble évident. Les associations semblent avoir les pouvoirs publics locaux de leur côté. Mais la discussion avec l’État sera sans doute difficile en ces temps de difficultés financières. Le fait que la Bretagne soit, comme PACA, une presqu’île dans le réseau électrique français, largement dépendante des régions voisines (et de leur centrales nucléaires) pour son alimentation, n’aidera pas.

Ils espèrent pouvoir utiliser les engagements liés à Natura 2000, éventuellement dans un cadre juridique si les démarches politiques actuelles ne mènent à rien. S’ils devaient en arriver là, ce serait intéressant pour nous de suivre cette affaire, car si l’étang de Berre n’est pas classé natura 2000, la Durance l’est, et présente le même caractère « fortement modifié par EDF » que l’estuaire de la Rance… Pour l’étang de Berre, dans la situation actuelle le biotope ne sera pas comparable à ce qu’il était avant 1966, mais nous acceptons cet « étang nouveau » si la biodiversité atteint un niveau suffisant et… en attendant une modification sur la Durance.

Comparaison 2 – corriger les « monuments nationaux » d’EDF pour les pérenniser

Encore plus que la chaîne hydroélectrique de Durance (à l’exception de Serre-Ponçon), et beaucoup plus que l’usine de Saint-Chamas (sauf du temps du discours de la « Durance domptée » ), l’usine marémotrice de la Rance est un monument national. Toute critique doit d’abord casser au moins un peu le mythe d’une réalisation exemplaire. Mais pour eux comme pour nous, il s’agit d’améliorer et non d’arrêter.

Rance Environnement demande un curage des fonds, et sans doute au bout de ce curage un fonctionnement de l’estuaire plus proche de son fonctionnement naturel, mais sans remettre en cause l’usine. Le curage de l’estuaire peut même être imaginé comme un moyen de pérenniser l’usine. Il s’agit de « sauver l’identité et les usages maritimes de l’estuaire » ET de « sauver la production d’une énergie renouvelable ». Il est vrai que le curage régulier de l’estuaire semble raisonnable (même si un mauvais curage peut être un problème en soi). En tous cas tant d’argent public a été dépensé pour désenvaser le Mont-Saint-Michel voisin que les riverains de la Rance ne comprennent guère que rien ne soit fait pour eux…

La position de L’Étang Nouveau n’est somme toute pas si différente pour la Durance, où notre proposition de transformer la chaîne de Durance en chaîne de STEP permettrait, pensons-nous, de garder l’équipement actuel avec toutes ses qualités, mais en en corrigeant les défauts.

Et notre position sur la situation actuelle de l’étang de Berre n’est pas si différente, puisque la seule limitation de son emploi sans arrêt complet, solution que nous préconisions et qui a été retenue en 2005, permet une amélioration nette de l’écologie de l’étang (zostères, palourdes…), sans doute à un niveau acceptable.

Mais sur la Rance comme sur la Durance, reste à convaincre EDF et l’État (c’est largement la même chose, l’État considérant en général les ingénieurs d’EDF comme des experts impartiaux…). Or EDF a beau être une société publique (possédée à 85% par l’État), on ne voit guère de différence avec une société privée, la rentabilité à court terme prime, et les impacts sur l’environnement sont largement niés, à coup d’études faites par des chercheurs dont elle recrutera une partie… Les actuelles difficultés financières d’EDF (certains parlent de faillite, c’est sans doute excessif, mais EDF ne sera plus à l’avenir la poule aux œufs d’or qu’elle fut, au moins n’a-t-elle plus aucune chance d’être privatisée comme le furent les très rentables sociétés d’autoroute …) ne rendront pas les discussions plus faciles.

Une dernière comparaison pourra faire sourire ou pleurer : apparemment un contrat de baie ou d’étang n’est pas engageant pour ses signataires. Sur la Rance le curage prévu au dernier contrat de baie n’a pas été effectué, et sur l’étang de Berre la réouverture du tunnel du Rove ne sera certainement pas faite…

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