Martigues ou la culture des mots

Martigues souhaite voir inscrire l’étang de Berre au patrimoine naturel et culturel de l’humanité de l’UNESCO (voir site dédié). Notre association se demande parfois quelle culture récente on pourrait bien inscrire. On cherche.
Après avoir pensé au naturisme, ou aux électrodes qui traînent, nous proposons aujourd’hui une autre culture actuelle locale : le discours pur sans action, la communication vide…
Sur ce plan, et en ce qui concerne l’étang de Berre, la ville de Martigues fait actuellement très fort. Le discours pour le classement UNESCO est très beau, les moyens alloués très conséquents, mais notre association préfère les actes et du côté de Martigues, ça pêche clairement.
Nous vous avons souvent parlé dans ce blog de la géomembrane de l’anse de Ferrières, nous en remettons une couche ici. On n’a pas prévu de les lâcher sur le sujet.
Nous ajoutons dans le présent article un couplet sur la station d’épuration locale, la moins performante de l’étang de Berre. Les zostères de l’étang ont très différemment supporté la crise dystrophique de l’été 2018. Celles de l’anse de Ferrière sont mortes alors que celles de Figuerolles ont mieux résisté. Un lien avec la STEP ?
Martigues a les moyens de faire beaucoup mieux et de devenir exemplaire, ce que l’UNESCO apprécierait sûrement… et nous aussi !

L’histoire longue : Martigues a le littoral le plus artificialisé de l’étang

Comme on vous le montrait dans un précédent article, mais il est bon de le répéter, Martigues s’est largement construit sur des terrains gagnés sur le canal de Caronte ou l’étang.
Avec le plan de 1960 ci-dessous, et la photo aérienne (2017) suivante, on voit à quel point la rive sud du canal de Caronte, la zone de l’actuel hôtel de ville ou celle du jardin de la Rode ont été aménagées. La loi littoral n’avait pas encore été promulguée…

Le projet avorté (par nous) de comblement de l’anse de Ferrières en 2008 n’était que le dernier projet de ce type, pour un maire (le précédent) qui avait dû en connaître beaucoup. C’était ça (aussi) la culture locale…
Donc quand on reproche à Martigues de ne pas faire grand chose pour l’étang, on doit se souvenir que pour cette municipalité, arrêter de le combler a déjà été un grand pas…

La plage de Ferrières et sa géomembrane qui traîne, qui traîne, qui traîne…

Le paragraphe précédent permet de mieux comprendre l’acharnement avec lequel la municipalité a voulu combler l’anse de Ferrières, entre 1992 (première annonce publique du projet) et 2017 (abandon officiel et aménagement en plage populaire). Ce combat qui est un des succès de notre association serait du passé s’il ne restait au fond de l’anse des restes de chantier inacceptables pour nous.

panneau du projet de comblement
photo du panneau de chantier prise en 2007. La plage de Ferrières est située juste au nord du canal, coté étang de Berre

En effet le chantier a eu le temps de commencer avant que le jugement ne tombe et une géomembrane a été déposée sur le fond de l’anse sur une surface estimée à 3000 m2 (env 50% de la surface qui devait être comblée). En plus de la vidéo ci-dessous, vous pouvez aller sur cet article de… 2014 (!). Nous poussons en effet depuis longtemps et régulièrement pour que la municipalité retire cette géomembrane (par exemple directement à M Charroux, le maire actuel, lors de la présentation du projet Unesco à Istres en 2018) en vain jusqu’ici à notre connaissance (mais, comme pour l’ouverture de la plage en 2017, nous serons les derniers informés s’il se décide quelque chose).

En cet été 2019, la membrane est beaucoup plus visible que les années précédentes. Il n’y a quasiment pas d’algues, seulement de petites moules. Il est facile de voir le travail à faire…

Une fois la membrane retirée, et sur l’espace vierge ainsi créé, il nous paraîtrait opportun d’y lancer une opération de restauration écologique, comme nous le proposions en 2013 dans cet autre article, mais retirer la géomembrane serait l’essentiel.

Une station d’épuration qui rejette administrativement dans la mer… et souvent dans l’étang dans les faits

La station d’épuration (STEP) des eaux usées de Martigues-Port de Bouc se situe au nord du canal de Caronte, juste au pied du viaduc autoroutier, et rejette ses eaux dans le canal à ce niveau. Pourtant administrativement, elle rejette dans la mer, comme on peut le voir sur cette fiche officielle.

Pour comprendre l’importance de ce point, il faut savoir que l’étang de Berre est une masse d’eau classée (logiquement) sensible du point de vue de l’eutrophisation, et que les STEP rejetant dans l’étang doivent respecter des normes plus strictes que celles qui rejettent en mer. Celle de Martigues rejette ses eaux traitées dans le canal de Caronte, en un point situé plus près de l’étang que de la mer, on imagine sans peine la mauvaise foi et les « négociations » que la municipalité a dû mener pour faire admettre à la préfecture (qui a fini par accepter…) que sa STEP rejetait en mer. Or en été l’évaporation est intense sur l’étang et l’eau du canal va plutôt vers l’étang… qui reçoit de ce fait les eaux de la STEP. Les ulves qui en été s’accumulent parfois dans l’anse de Ferrières viennent-elles vraiment toutes de l’étang ?? Les zostères de cette anse, mortes en 2018, n’auraient-elles pas souffert de ça ?

Le tableau suivant donne les performances des différentes STEP situées autour de l’étang, les chiffres sont tirés de cette page du site de l’agence de l’eau ou calculés sur cette base. On y a marqué en orange les concentrations de rejets les moins bonnes. Martigues est bien mal situé. Et comme c’est une des plus grosses STEP (95 000 équivalent-habitants), nous la jugeons la moins performante de l’étang. En ce qui concerne l’azote (NGL), elle a rejeté en 2017 plus que toutes les autres STEP réunies (ne pas compter Istres qui rejette en mer) !!

NGL signifie azote total (sous toutes ses formes), DCO signifie Demande Chimique en Oxygène (des polluants qui vont directement consommer l’oxygène de l’eau du milieu récepteur), DBO5 demande biologique en oxygène sur 5 jours (des polluants qui vont être à l’origine d’un développement de microorganismes, ce qui consommera indirectement de l’oxygène), MES signifie matière en suspension (ces polluants limitent, au moins, la transparence de l’eau)

Si Martigues veut être exemplaire, sa municipalité doit admette que sa STEP rejette ses eaux dans l’étang et la renforce pour respecter les normes que les autres villes ont fait l’effort de respecter… 

Sur les vues aériennes ci-dessous, on voit que la STEP est plus proche de l’étang que de la mer, et qu’elle a peu de bassins (essentiellement 1 bac agité et 2 décanteurs), il semble clair qu’elle ne traite pas l’azote, mais aussi qu’il y a de la place pour l’agrandir et la renforcer. C’est ce que nous attendons d’une municipalité qui n’a pas manqué de taxe professionnelle pendant des années et avait largement les moyens de faire ce travail, mais a préféré mettre son argent ailleurs…

Conclusion

Martigues reste une ville riche (même si l’intégration de la métropole marseillaise et la fin de la taxe professionnelle l’a peut-être un peu appauvrie), cette ville peut beaucoup plus faire pour l’étang que juste ses mots actuels. Martigues ne tourne plus le dos à l’étang de Berre, ne le méprise plus. Tant mieux. Il y a juste un peu de retard à rattraper…
Il ne serait pas très bon que l’UNESCO pense que la culture locale, c’est de laisser des endroits sales en attendant que d’autres nettoient ou que la nature recouvre la saleté (ce n’est pas ce que le reste de la France pensent du sud de la France, si ?), Martigues doit retirer la géomembrane du fond de l’anse de Ferrières.
Le GIPREB n’arrête pas de dire que l’étang reçoit trop d’azote (encore le 4 juillet dernier en sous-préfecture, en notre présence), Martigues peut apporter une contribution très importante sur ce point en améliorant sa STEP. Martigues doit mettre sa STation d’EPuration (STEP) au niveau des autres, et notamment traiter les polluants azotés (et la DCO ce serait bien aussi).

 

 

3 commentaires

  1. Pascal, tes articles sont toujours très intéressants car il sont pédagogiques. Je t en remercie ainsi que tous les membres actifs de l’ EN, pour toutes les actions que vous menez pour cette « mer de Berre ».
    Je vous soutiens plus que jamais !
    Chantal

  2. Bonjour, je ne vois pas comment l’on peut classer l’étang c’est une véritable décharge tout autour, les maires ne se sentent pas du tout concernés. Le port de la Mède est une décharge. Et cela se passe avec l’accord du maire et de la maritime. Dernièrement il s’est construit un local sur le domaine maritime qui sert à stocker de l’essence pour les bateaux est ce normal à pas 10 mètres des habitations ? Je ne parle pas des épaves de bateaux dans le canal ni les constructions des pêcheurs sur le domaine maritime là aussi à proximité des maisons. Nous subissons les lavages de filets à haute pression les nettoyages de bateaux les séchages de filets les lavages de bateaux… tout part à l’étang . L’îlet où se trouve les rochers est la poubelle des pêcheurs. J’ai contacté monsieur Riou qui part en vacances donc je ne pourrais le rencontrer qu’en septembre. Ne peut-on appliquer la loi maritime en Corse et sur la côte on fait tout démolir et là c’est l’anarchie. Cordialement

    Envoyé de mon iPhone

Répondre à josette descaves Annuler la réponse.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s