Survie ou mort des zostères de Berre après l’été 2018 – synthèse

L’étang de Berre a connu lors de l’été 2018 une crise dystrophique qui a tué de nombreux poissons et coquillages. Pour les zostères, ces plantes structurantes qui revenaient dans l’étang après avoir presque disparu, nous avons attendu ce printemps pour inspecter en plongée les différents sites de présence. Les taux de survie sont étonnamment variés. Cet article tente une synthèse et quelques observations.

Les taux de survie (estimé à l’œil) par site

Comment les zostères s’implantent-elles, comment ont-elles régressé?

Les zostères démarrent en taches rondes. Soit à partir d’une graine (éventuellement apportée par un canard, l’herbier du pseudo-bassin de délimonage a sans doute commencé comme ça, à un endroit où les canard viennent se protéger du mistral et qui s’est révélé étonnamment favorable) ou d’une bouture arrachée par le courant à un herbier existant. Si les conditions sont favorables, le rond grandit les années suivantes, mais en général au bout de quelques années (4 ans en moyenne) le cœur de la tache meurt souvent, et la tache a alors la forme d’une couronne plus ou moins complète. La mort de zostères à un endroit (assez) anciennement colonisé est donc assez fréquente et a été observée avant l’été 2018.

Les zostères développent des rhizomes et un faisceau de feuilles très dense quand les plantes se portent bien. Dans le faisceau et sur le rhizome, s’agrègent des sédiments et la tache progresse aussi en altitude. Si les feuilles tombent (un hiver intense peut provoquer ce phénomène, mais d’autres causes peuvent clairement le provoquer, que nous ne connaissons pas toutes), on voit alors une butte formée de sédiments et de rhizome plus ou moins colonisés par d’autres organismes, notamment des moules et d’autres petits bivalves.

Si la zostère meurt, elle perd ses feuilles et son rhizome se dégrade, on peut alors voir les bivalves qui peuvent éventuellement maintenir la cohésion de la butte (qui peut éventuellement évoluer en moulière) mais sinon la butte se délite alors avec des cratères assez caractéristiques (mais difficiles à photographier).

De quoi une tache de zostère ou même un grand herbier peuvent-ils mourir ?

 1 – Le H2S :

Les épisodes de malaïgue, ces crises d’anoxie sévère où la chimie (et la vie bactérienne) de l’eau est localement complètement bouleversée avec dégagement de H2S (hydrogène sulfuré) et/ou de NH3 (ammoniac), sont une cause de mort qu’on trouve dans la littérature scientifique et semblent une bonne explication pour la mort du grand herbier du nord de la plage des Marettes à Vitrolles : la zone a subi plusieurs épisode de malaïgue lors de l’été 2018.
On notera que des zostères peuvent résister à de telles conditions : les petites taches de zostères de la plage des Marettes juste à côté ont résisté et celles plus grandes de l’anse de Saint-Chamas aussi, alors qu’il y a eu aussi là-bas de la malaïgue (mais peut-être moins souvent et moins violemment). Une explication à des résiliences locales est peut-être que les zostères en taches sont plus jeunes et moins colonisées par des animaux ou retiennent moins d’ulves dérivantes et que lorsque ces organismes meurent, le dégagement de H2S est localement moins important.
Le fait pour les zostères d’être sous la forme de petites taches éparses éventuellement très jeunes ne garantit pourtant pas leur survie  : les petites taches de zostères de Martigues-Ferrières ou d’Istres-Monteau sont mortes cramées (apparemment) chimiquement, comme à Vitrolles-Nord Marettes…

tache de zostères cramées, Martigues Ferrières

2 – les moules épiphytes

Un organisme épiphyte est un organisme qui pousse sur la feuille d’un autre organisme. Les zostères de l’étang Berre accueillent beaucoup de vie épiphyte, comme on peut le voir dans cet article de 2017. On lit dans la littérature scientifique que les algues épiphytes peuvent faire plier les feuilles sous leur poids et les priver de lumière. Il ne me semble pas que ce phénomène (courant dans l’étang chaque année) puisse faire mourir complètement une tache de zostères qui se développe, sauf malaïgue bien sûr..
En revanche ce que nous avons observé cette année et qui était nouveau pour nous, c’est les zostères étouffées sous les moules (!), comme à Berre-Bouquet. Peut-être ce phénomène mène-t-il à la formation de moulières. Les moules semblent particulièrement bien résister à l’anoxie, car on en a trouvé en bas du débarcadère Total, à 7m de fond (voir vidéo ci-dessous) malgré les longues périodes d’anoxie de 2018 que cette zone profonde a du subir. A noter qu’en recvanche on n’y a pas retrouvé les éponges qu’on y avait vu pulluler en 2017 (qui elles ont sans doute succombé au anoxies).

zostères étouffées (?) sous un tapis de naissains de moules. Si on écarte les petites moules, on retrouve souvent des feuilles vertes, sans doute de l’année

Des formes de vie peu touchées, mais d’autres disparues

Dans certains cas, les herbiers semblent avoir survécu presque sans dommages apparents. La vidéo ci-dessous a été tournée à Istres-Ranquet le 21 juin. L’herbier y parait en parfaite santé. Vers 0min58s on voit quand même une zone « cramée » et vers 1min00s le bord très abrupte d’une butte laisse supposer qu’il y a eu mort partielle et érosion. Mais globalement les zostères sont en croissance.
A noter qu’à partir de 2min00s, les plantes plus hautes sont des ruppies spiralées, qui semblent avoir bien survécu aussi.
Les ballons qui s’échappent du fond sont des pontes de vers (voir cet article) et en cette saison ils pullulent comme les années précédentes…

Nous profitons de cet article pour indiquer que nous avons rencontré beaucoup d’anémones Actinia striata, parfois assez profond (-7m, débarcadère TOTAL). En revanche nous nulle part retrouvé d’éponges Halichondrie cierge, qu’on commençait à trouver un peu partout dans l’étang.

Conclusion

Notre bilan de suivi des zostères est donc très contrasté cette année :

  • Nous ne pouvons être aussi optimistes que les années précédentes puisque nous estimons que 50% des zostères ont disparu et sont apparemment mortes, et donc que 2018 a marqué un net recul dans ce qui apparaissait comme un retour et celui associé d’une plus grande biodiversité dans l’étang.
  • Mais on peut aussi voir le verre à moitié plein : 50% des zostères ont survécu à un été 2018 dont la violence des phases d’anoxie, de blooms planctoniques et de malaïgue a surpris tout le monde.

Dans un premier temps, nous pouvons espérer que l’été 2019 soit différent de celui de 2018 : moins chaud et plus venté…

À plus long terme, notre association est désormais totalement convaincue qu’il faut réduire les rejets EDF, l’été 2018 a prouvé (ce ne l’était pas auparavant pour le rédacteur de cet article…) que 1200 millions de m3 par an c’est trop à digérer pour l’étang. Notre association demande de réduire à 300 millions de m3 (le minimum pour assurer la sécurité du réseau selon le rapport des Ponts et Chaussées de 1999, une réduction à 600 millions de m3 évoquée par d’autres serait évidemment considérée comme très positive).

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