Le danger des marées d’algues

Un chien est mort après avoir joué dans des algues sur la plage du Jaï à Châteauneuf-les-Martigues. Ses propriétaires pensent à une intoxication au H2S et ont déposé une plainte en ce sens. En parallèle est parue ces jours-ci une BD qui relate le long combat pour faire admettre le danger des marées d’algues vertes sur les plages bretonnes…

Un chien mort après une sortie à la plage du Jaï

La plage du Jaï a été le lieu d’un échouage assez massif d’algues (essentiellement des ulves) au début de ce mois (juin 2019). Cet échouage a fait l’objet d’un arrêté municipal interdisant l’accès à la plage. Les panneaux étaient-ils suffisamment visibles ? Un couple a laissé son chien jouer dans ces algues. Il est mort le lendemain. Cette affaire a fait l’objet de nombreux articles dans les journaux locaux :

L’hydrogène sulfuré (H2S)

Les algues vertes, lorsqu’elle se putréfient après un échouage, et surtout si la couche est épaisse et donc que les conditions sont anoxiques loin de la surface de cette couche, peuvent dégager un gaz très toxique : l’hydrogène sulfuré. Un nuage toxique dense peut se répandre d’un coup si on crève la croûte de surface.
Ce gaz est bien connu des ouvriers de beaucoup de sites chimiques locaux, et beaucoup d’entre eux doivent porter un analyseur sur eux pendant leur travail.
Une intoxication au H2S se fait par voie respiratoire. Si on en meurt c’est en général par perte de connaissance sur place… où l’intoxication continue si on n’est pas évacué. Si on s’éloigne du nuage alors normalement les symptômes disparaissent.

Le cas du chien du Jaï, dont l’état s’est dégradé le lendemain et qui est mort après des vomissements et des diarrhées, ne semble pas relever de ce cas.

Par contre il a bien été établi que les algues vertes en putréfaction sur une plage pouvaient suffisamment dégager de H2S pour amener la perte de connaissance et la mort, notamment en Bretagne où plusieurs cas ont été recensés depuis les années 1980. Ces cas et surtout le long déni de politiques locaux ou administrations locales sont relatés dans une BD et deux émissions de radio très récentes :

Localement, on ne peut pas dire que les politiques aient jamais nié le risque des émissions de H2S. Certains ont même voulu combler une plage rien que pour ça (la plage de Martigues Ferrières en 2008, voir notre article de 2011 sur le sujet) alors que nos échouages d’algues, pour désagréables qu’ils soient, sont infiniment moins massifs que les échouages bretons.

Les cyanobactéries

Le chien est mort le lendemain, après des vomissements et des diarrhées. L’hypothèse d’une intoxication par voie digestive semble logique, et les cyanobactéries ont une bonne tête de suspect n°1…
Ces bactéries se développent souvent dans les eaux très (trop) chargées en nutriments, et beaucoup d’entre elles fabriquent des toxines qui peuvent être dangereuses en cas d’ingestion. On les repère parfois par des taches en surface de l’eau qui ressemblent à des taches d’huile (la photo ci-dessous est tirée de l’article de Wikipedia sur les cyanobactéries, qui en présente plusieurs du même type.

Les cyanobactéries n’ont pas été détectées dans l’étang depuis longtemps, mais il est possible qu’il y en ait eu l’été dernier (plusieurs personnes ont prétendu voir des traces de pétrole en surface, voir par exemple les commentaires à ce précédent article) et nous supposons comme possible que des cyanobactéries se soient développées au milieu de la masse d’ulves dérivantes du Jaï.
Une autre hypothèse est que les cyanobactéries soient nées dans l’étang de Bolmon, qui est beaucoup plus eutrophe que l’étang de Berre, et soient passées dans l’étang par une bourdigue et aient survécu à cause du micro-environnement créé localement par les ulves (l’eau plus douce du Bolmon ne se serait alors pas bien mélangé à l’eau plus salée de Berre).

Les cas d’intoxication de chiens par des cyanobactéries ne sont pas rares (voir cet article d’un blog dédié aux chiens), même si c’est plus souvent en eau douce et stagnante.

Conclusion : ramasser les algues dès qu’on le peut

Que le chien soit mort d’avoir respiré du H2S ou d’avoir ingéré des cyanobactéries, dans les deux cas il faut éviter que ça se reproduise.

À lire un des articles, le GIPREB a pour politique de ne pas ramasser les algues tant qu’elles sont encore dans l’eau (et pas complètement échouées sur le sable) parce que dans ce cas elles ne dégageraient pas de H2S. Cette habitude nous semble mauvaise désormais pour deux raisons :

  • elles laissent des nutriments dans l’étang alors que tout le monde (le GIPREB en premier) pense qu’il souffre encore d’eutrophisation (et même si tout le monde pensait que la charge nutritive décroissait depuis 2005, tout le monde pense également qu’elle est encore trop haute). Notre pétition de fin 2018 (vous pouvez toujours la signer ! ) demandait pour cette raison entre autres « le ramassage des ulves échouées sur tout le littoral de l’étang, pas seulement sur les plages et pompage des accumulations d’ulves au fond (les repérer par sonar ou autre) en début d’été« 
  • et donc désormais à cause du risque de la présence de cyanobactéries qui peuvent se développer au sein des taches d’ulves dérivantes

 

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