Comparaison étang de Berre et mer Baltique (et l’étude historique des zones anoxiques)

L’étang de Berre a souvent été comparé à la mer Noire (ce que nous n’avons pas encore fait dans ce blog) mais une comparaison avec la mer Baltique présente également une certaine pertinence.

La Baltique est en effet composée de plusieurs bassins dont certains ont une salinité comparable à notre étang. La température de surface peut en été largement dépasser les 20°C et se rapprocher de la nôtre. Depuis les années 1950 sa partie centrale souffre de sévères crises d’anoxie au point d’être qualifiée de dead zone, ce dont on discute régulièrement dans le cas de notre étang, et notamment cet été 2018.

Mais surtout la Baltique est une des mers les plus étudiées au monde, avec de nombreuses publications en anglais et des données en ligne (par ex sur ce site). De quoi inspirer notre réflexion.

La mer Baltique en bref

C’est une mer quasi-fermée, qui n’échange de l’eau avec l’océan (la mer du Nord) que par les détroits peu profonds du Danemark. Sa superficie est importante (350 000 km2, les 2/3 de la France) mais sa profondeur moyenne n’est que de 55m, ce qui en fait une mer qui se réchauffe et se refroidit facilement (température proche de celle de l’air en surface).

L’image ci-dessous (photo d’une maquette) présente la mer Baltique en Europe, avec sa taille et sa profondeur par comparaison avec la France ou la Méditerranée.

baltque en Europe annotée

Les échanges avec l’océan atlantique (via la mer du Nord) sont limités. De ce fait, et parce que la Baltique reçoit l’eau de nombreux fleuves (grand bassin versant) avec une évaporation limitée, sa salinité est inférieure à celle de l’océan (en moyenne 11g/L contre 35g/L).
Cette salinité est également très inégale à l’intérieur même de la mer Baltique. Comme elle possède des seuils (haut fonds) en certains endroits, on peut considérer qu’elle est composée de bassins qui n’échangent que partiellement leur eau entre eux.

  • au nord et à l’est, au fond du golfe de Finlande ou du golfe de Botnie, l’eau a une salinité d’environ 2 g/L
  • au centre on tourne autour de 10 g/L
  • au sud-ouest (sud de la Suède, Allemagne, sud-est du Danemark) on est proche de 20 g/L, avec des variations selon les entrées d’eau de la mer du Nord

L’image ci-dessous présente la carte et le profil de la salinité de la mer Baltique. Elle est tirée de ce site. On trouve des images similaires dans les musées locaux type Natureum (Darβ) ou Ozeanum (Strahlsund). Il y a comme dans l’étang de Berre des problèmes de mélange non instantané de l’eau salée qui entre et reste sous l’eau plus douce.

salinité baltique

La température de surface peut largement dépasser 20°C certains étés chauds (la fin de juillet 2018 fut de ce point de vue exceptionnelle) (photo prise au Natureum de Darβ )

temperature 2

Zostères marines en quantité dans le sud-ouest

Dans le sud-ouest de la Baltique (les côtes du Danemark et de l’Allemagne), la laisse de mer est largement composée de zostères marines, dont les baigneurs se plaignent et qui doivent être ramassées régulièrement. On voit souvent des taches depuis la côte qui se révèlent souvent, en plongée, être de grands herbiers.
Dans cette même zone on trouvera beaucoup de méduses Aurelia Aurita, ce qui nous fait un second point commun avec notre étang.
On trouve aussi parfois des moules communes (Mytilus edulis) alors que notre étang a plutôt de la Mytilus galloprovincialis. Mais c’est quand même des biotopes assez proches.

Les photos ci-dessous présentent des zostères marines souvent flottantes ou échouées. On peut en trouver très facilement dans les canaux de Copenhague (avec du fucus, première photo ci-dessous). Et dans les plages d’ex-RDA qui ne sont pas nettoyées, les accumulations de zostères (marines seulement) mortes peuvent être très importantes.

zosteres Copenhagueplage zostere allemagne estzosteres flottante frontiere polonaise

accumulation zosteres allemagne estzostere marine nette en eau ex-RDA

A l’Ozeanum de Strahlsund, la prairie de zostères a droit à un aquarium, au titre d’un des biotopes de la Baltique.

biotope zosteres musee

On y notera que les poissons ne sont pas les mêmes que chez nous : les principaux poissons herbivores sont les harengs et leurs principaux prédateurs les morues. Les anguilles sont présentes.

Lorsqu’on s’éloigne du Danemark vers l’Est, l’eau devient moins salée, les zostères plus rares, les moules plus petites (elles n’arrivent pas à grandir)… Seule la partie sud-ouest de la mer ressemble un peu à notre étang.

Plus au centre de la mer, des zones mortes annuelles très étudiées

Chaque été ou presque (sauf quand l’été est pluvieux ou venteux), la mer Baltique est le lieu d’une zone morte (dead zone, en gros une malaïgue comme celle qui a eu lieu sur l’étang cet été) dont l’accroissement sur la longue durée est très inquiétant. La figure ci-dessous est extraite de cette étude. Cet article en français du magazine la Recherche de 2014 résume le problème.

F2.large

Récemment une étude sur les sédiments a conclu que l’eau de cette mer n’avait pas contenu aussi peu d’oxygène depuis 1500 ans.

Les causes avancées seraient une eutrophisation de l’eau par les engrais agricoles, les rejets urbains non traités, etc… Rien de bien original. Le réchauffement climatique en réchauffant particulièrement cette mer, n’améliore pas les choses puisque l’eau chaude ne peut pas contenir autant d’oxygène que l’eau froide (la courbe est dans cet ancien article).
Des efforts ont été faits pour limiter l’azote et le phosphore qui baissent lentement depuis 1995, mais apparemment sans résultat pour l’instant (source ici, mais avec plus de détails sur cette autre page du site du Helcom, qui fait le distinguo entre les différents bassins, le coin du Danemark est plutôt en bon état).

PLC_figures_web_to2014

Mais on peut trouver aussi des causes plus surprenante. on accuse aussi parfois la pêche d’avoir participer au phénomène. En surpêchant la morue, on aurait favorisé sa proie le hareng qui aurait ainsi surmangé le zooplancton, lequel en fin de compte ne ferait plus son travail de limitation du phytoplancton. Pourquoi pas? La disparition (par l’homme) d’un type de (grand) prédateur a souvent perturbé des écosystèmes de manière profonde et surprenante : dans le parc de Yellowstone (Etats-Unis), la réintroduction du loup a eu la conséquence inattendue de voir la forêt progresser… par limitation des herbivores qui surmangeaient les jeunes pousses d’arbres.
Si les morues sont (sans doute) surpêchées, au moins les phoques ne sont-ils plus chassés et leur nombre augmente régulièrement (voir cette page). Au moins ne sont-ils pas directement touchés par les anoxies des eaux puisqu’ils respirent l’air atmosphérique.

Conclusion:

Une mer moins différente de notre étang que sa latitude ne le laisse paraître. Si son problème de dead zone finit par être résolu (espérons-le, mais il semble clair que ce ne sera pas demain) ce sera sans doute plein d’enseignement pour notre étang.

Sur ce même point des anoxies, après la présente comparaison et la sévère anoxie de notre étang cet été 2018, on ne peut aussi qu’attendre avec impatience les résultats de l’étude Predhypo qui associe des chercheurs norvégiens à des équipes françaises pour essayer de prédire les phases d’hypoxies de différentes masses d’eau (notre étang, mais aussi des fjords norvégiens…). Des mesures avaient été faites sur notre étang en 2017, année sans anoxie apparente. Espérons que des mesures ont aussi été faites cette année, puisqu’il est clair que deux années successives peuvent être bien différentes de ce point de vue.

 

 

 

 

 

 

3 commentaires

  1. Ton article remet en question certaines idées que j’avais sur cette mer ; je la pensais plus froide et plus profonde

    Je suis allé voir ce que dit Wikipedia. :

    Si la profondeur moyenne est bien d’environ 50m il y a tout de même des « fosses » de près de 500 m ce que n’a pas l’edb ce qui a permis une circulation de sous-marins pendant la guerre. De ce fait il y a certainement plus de circulation thermique entre le fond et la surface

    On y apprend que c’est un ancien grand lac d’eau douce (voici fort longtemps) et les apports d’eau douce sont de par les fleuves/rivières importants (là, on retrouve le pb de l’Etang…

    Et ses conséquences.

    René MARION

    marion.rene@orange.fr

  2. EDF ne pourrai t il pas au moins foutre la paix à notre etang pendant qu’il est malade ? il ne cesse de lacher en ce moment !

  3. OK pour les malaïgues qui sont dans l’ordre des phénomènes naturels mais nous nous avons en plus les ruptures dues à EDF

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