La crise d’anoxie de l’étang de Berre d’août 2018

Ce blog contient trop d’articles optimistes sur l’évolution récente de l’état écologique de l’étang de Berre pour faire l’impasse sur cet épisode récent.

Le présent article est écrit à distance (et un peu après coup) sur la base de mails et de données recueillies sur Internet.

Un bloom marron, puis une mortalité importante de jeunes anguilles

Tout début août, l’étang a changé de couleur, devenant plutôt marron. Sans doute questionné, le GIPREB a publié un petit post intitulé « ça bloom sur l’étang » (il a changé de titre et son contenu a été allongé depuis, mais il est là). Un bloom phytoplanctonique a clairement eu lieu tout fin juillet – début août.

Autour du 4 août, de nombreux riverains ont pu constater des poissons morts sur les plages de l’étang, notamment de jeunes anguilles. La photo ci-dessous a été prise au Ranquet à Istres.

IMG_2607

Le 8 août, Maritima a publié cet article, incluant une interview téléphonique de R Grisel.

Tentative d’explication

Un bloom phytoplanctonique, ou efflorescence algale, est un développement très important, dans un court laps de temps, d’une algue microscopique, souvent d’un seul type. Il faut pour cela des conditions particulières incluant l’ensoleillement, une température plutôt chaude de l’eau, et une présence de nutriments en suffisance.

Le phytoplancton étant un végétal, un bloom ne pose pas de problème d’oxygène dans l’étang, puisqu’il en produit par photosynthèse (en journée au moins). Le problème vient souvent du zooplancton qui se développe pour le manger, et qui lui consomme de l’oxygène sans en produire. Il peut localement consommer tout l’oxygène de l’eau. Une masse d’eau plus ou moins grande peut alors passer en anoxie, ce qui arrive d’autant plus que l’eau est chaude, une eau à 30°C ne pouvant contenir au maximum que 8mg/L d’oxygène alors qu’une eau à 0°C peut en contenir 15mg/L (voir la courbe de cet ancien article). Cela peut tuer de nombreux organismes marins.

L’eau de l’étang dépassait les 28°C et il est clair qu’une grosse anoxie est à l’origine de la mort des poissons.

Si l’anoxie dure, des bactéries anaérobies commenceront à se développer avec émission de méthane et de H2S. Dans les lagunes méditerranéennes, ce phénomène est suffisamment fréquent, universel et ancien (de toute mémoire) pour avoir un nom local : le phénomène de malaïgue.

Quelles conclusions tirer de cet épisode?

Si de tels phénomènes ne sont limités ni à l’étang de Berre, ni à l’histoire récente (On a trace de blooms planctoniques sur le golfe du Morbihan au haut moyen-âge, ou du temps de Cortès dans le golfe du Mexique), ils sont favorisés par un excès de nutriments, et l’étang de Berre a beaucoup plus souffert de blooms entre 1970 et 2005 que dans le reste de son histoire. Ces phénomènes ont fortement régressé depuis et la dernière crise de ce type dans notre étang remonte à août 2015. Nous avions alors écrit cet article, qui pointait vers ce bon article de Maritima.

Si de tels épisodes de mortalité de poissons ne se répètent donc plus tous les ans, et ça nous émeut d’autant plus qu’ils deviennent rares, nous devons avouer que nous espérions qu’ils se raréfieraient encore plus. Faut-il encore des mesures de réduction des rejets et autre ? Peut-être, finalement. Dans l’association, il y a régulièrement cette volonté, ainsi que d’autres mesures dont notre administrateur Jean-Luc Platon s’est fait l’écho dans l’hebdomadaire le Régional (voir ci-dessous). Cet épisode donne du poids à cette position.

article regional bloom

Ne concluons pas trop vite. Comme le dit R Grisel dans l’interview de Maritima déjà pointée, on verra après coup les conséquences sur la faune benthique « profonde » (en dessous de 4 m) de cet épisode d’anoxie. Mais il est possible qu’il ait annulé les progrès de plusieurs années.

Nous devons prendre en compte dans notre réflexion que l’étang de Thau, très suivi à cause de sa forte ostréiculture et considéré comme en bien meilleur état écologique, a également été touché par la malaïgue en ce début août 2018, comme le rapporte cet article de France 3. Il ne semble pas que notre crise ait été pire que la leur. Un état écologique (bien) meilleur n’empêche donc pas de telles crises.

En tout cas, ce blog doit reconnaître que la prudence du GIPREB et de son directeur R Grisel, qui titrait une récente conférence « atouts et faiblesse d’un écosystème fragile », était parfaitement justifiée. Nous les critiquons suffisamment souvent pour leur reconnaître ça.

9 commentaires

  1. Je crois l’avoir déjà dit, plutôt que de mettre des pompes sur le Rove il vaudrait mieux installer autour de l’étang une batterie de pompes de faible puissance mais nombreuses pour remuer l’eau qui s’oxygénerait comme avec les pompes (on a de telles pompes sur le lac d’Annecy) à air des aquariums.

    René MARION

    marion.rene@orange.fr

  2. Bonjour
    Suite à mes derniers messages ,je m’étais promis de ne plus intervenir sur ce blog mais bon… Quand je vois d’écrit quelque chose de sensé je ne peux que m’en réjouir .
    Concernant je fait de diriger les rejets de step dans les massifs , pour moi ce ne serait que logique . Je n’arrive pas à comprendre pourquoi on continue de rejeter ces eaux dans les cours d’eaux sauf si elle était dépolluée à 100/100 mais ce n’est jamais le cas .Ne parlons pas des épisodes orageux ou l’intégralité des eaux usées partent directement dans les cours d’eaux sans avoir été traité .

    Un bassin de rétention à la sortie de la centrale de St CHAMAS pour piéger les limons . OK mais une fois que ce bassin est plein , que fait on des limons ?
    EDF a eu cette louable idée concernant le bassin de délimonage situé au niveau de cadarache . De mémoire c’était sauf erreur mais qu’importe , dans les années 80 . Il me semble pour ne dire certain que ce lac artificiel est colmaté depuis longtemps ne joue plus son role . Là aussi la question se pose que fait on des limons ?
    L’étang de Thau subit certains été la malaigues au grand désespoirs des ostréiculteurs . Rapidement il se rétabli car il est en bonne santé . L’étang de Berre est en convalescence avec toujours ces rejets d’eaux douces d’EDF qui continuent de le fragiliser . Pour remédier à cela la solution saute aux yeux
    Pour une fois je pense n’avoir pas été trop désagréable à votre égard .

    Cordialement AFFRE Jean Claude

    • Bonjour Jean-Claude
      Aucun problème pour que tu écrives sur ce blog que tu n’es pas d’accord avec ce que tu y lis : un blog est fait pour ça. L’idée de départ de ce blog était que tous les administrateurs de l’association y défendent leur opinion… qui est souvent plus proche de la tienne que de la mienne. Mais bon, le blog n’a pas jamais vraiment fonctionné comme prévu au départ.
      Pour le rejet des STEP sur le sol : imaginons que les rejets contiennent encore des nitrates, ces nitrates risquent de percoler jusqu’à la nappe, alors que si on les rejette dans la rivière locale (ou l’étang de Berre) celui-ci (le plancton…) finit le travail. Il faut quand même envoyer quelques nutriments dans l’étang, sinon il n’y aura aucune vie dedans, et dans le cas de Thau, aucune production conchylicole. Mais parfois le système s’emballe. C’était le but de l’article « le difficile pilotage des étangs de Berre et de Thau » écrit avant la crise… J’ai tendance à penser que malgré cette dernière crise (dont je ne minimise pas la violence) l’étang de Berre est toujours en train de voir son stock de matière organique (du fond) baisser, et que le niveau de nitrate et de phosphate actuel des rejets (Canal EDF, Arc, Touloubre, STEP..) n’est pas loin d’un optimum… qui ne sera pas le même pour tout le monde. Mais bon ce n’est que mon opinion actuelle…
      Pascal

  3. j’ aime le fait que vous relayer les info officielle ca en dit long sur votre association j ai personnellement fait le tour de l étang de istres jusqu a berre plage sauvage et embouchure .Vous avez bien omis de parler des rocher recouvert de mazout complétement noir dans les zones avec peu de courant .Bref une association qui fait bien semblant de s’interresser a létang c est pas avec vous qu on sortira de la pollution des usines …De nombreuses plaintes avec photo d’hydrocarbure et vidéos sont dispos sur facebook mais elle ont l air de vous avoir echapper pourtant certaine ont été partager plus de 1000 fois bizarres .j en ai moi même un bon paquet mais je pense que cela ne vous interressera pas étant donné que vous vous chiez bien dessus devant la mafia industrielle du 13

    • Si vous pensez qu’on relaye les infos officielles, c’est que vous ne lisez pas souvent le blog. Personnellement j’ai été plusieurs semaines absent de l’étang et je n’ai pas connaissance des photos dont vous parlez. L’étang a connu beaucoup de rejets pétroliers dans les années 1950 et 1960. Je suppose que les rejets dont vous parlez sont liés à un orage, cela arrive parfois (surtout à la Mède) ce n’est pas acceptable et mériterait effectivement d’être investigué mais les conséquences ne seront sans doute pas du même ordre que celles de la malaigue décrite dans notre article et les 2 faits n’ont sans doute aucun rapport entre eux, ce que nous risquons de voir dans les dates.
      Donc au lieu de nous insulter, apportez nous des infos concrètes : photos indiquant lieu et date. Et n’hésitez pas non plus à nous dire si vous avez fait des choses concrètes (courriers, appels téléphoniques…). L’étang de Berre n’aura jamais assez de gens pour le surveiller efficacement.

      • Bonjour
        Pour répondre à Amato Anthonyu:
        Tout ce qui attrait à l’étang est intéressant , Je suis rarement d’accord avec Pascal BAZILE sur la vision qu’il partage de l’étang mais là je le rejoint . Ce qui fait avancer les choses c’est des dates , des exemples , des photos ainsi que des analyses qui peuvent être personnelles .
        Par contre la grossièreté même si elle fait suite à un sentiment de colère surement justifiée n’a rien à faire dans un forum si ce n’est le polluer .
        Cordialement AFFRE Jean Claude

  4. C est surement la chaleur qui a fait que la derniére semaine de juillet ‘du 24 au 27 juillet) il y avait dénorme taches d huile sur l étang de istres les heures claires jusqu’à l’embouchure de l’arc (la grande) qui m ont provoqué 2j de démangeaisons intenses quand je me suis rendu compte que j étais en plein milieu .Ce qui m a permis de découvrir les premiers alvins morts bien avant la date du 6 aout et l’ autorisation de l’edf a rejeté comme avant pour protéger ses chantiers d’aménagements.

    Pour ce qui est des photos qui sont censées faire office de preuves difficile de les poster en commentaire.

    .Jean claude tais toi tu ne sais même pas ce qu’est un forum la on est dans des commentaires.

    (Entrer votre adresse e-mail pour vous inscrire à ce blog et recevoir les notifications des nouveaux articles par courriel.C’est pourtant marquer en gros en haut a droite ou alors en tire du site sur toutes les pages L’Étang Nouveau – le blog.Ps:La stupidité ca pollue les commentaires aussi.).

    D’ ailleurs bizarre qu il n’ y en ai pas sur ce site peu être en existe t-il un qui m aurait échapper ou je pourrais vous faire un joli TOPIC avec toutes mes photos et videos .

    • J’ai approuvé votre commentaire (je suis le modérateur du blog) mais si vous continuez les insultes, ce sera le dernier.
      Et sur ce blog; les gens sont soit plus modestes, soit plus prudents, soit plus savants..
      Si j’ai bien compris, vous avez vu des traces d’hydrocarbures sur l’étang de Berre, fin juillet, entre la Romaniquette et l’embouchure de l’Arc. Soit sur 10 km env…
      On est bien loin des embouchures des 2 sites pétrochimiques (La Mède et Berre coté Vaïne) et comme il n’y a pas eu d’orage à cette date, on peut les innocenter. Surtout que les 2 raffineries sont à l’arrêt de depuis longtemps. Il reste un peu de pétrochimie sur Berre et aucune production à la Mède qui est actuellement en chantier.
      Si il y a bien une chose dont EDF n’a JAMAIS été accusé sur l’étang, c’est bien de relâcher des hydrocarbures. L’eau douce et les limons posaient suffisamment de problème sans en inventer… EDF n’a pas non plus de chantier d’aménagement dans le coin.
      Au début de votre commentaire, vous vous moquez en disant que c’est sans doute la chaleur qui a créé l’huile étalée sur l’étang, mais c’est sans doute bien ce qui c’est passé.
      Lors des blooms planctoniques, une partie des algues fabriquent des graisses. Il est d’ailleurs connu que si on se baigne dans l’étang en fin d’été, on se sent poisseux. On peut voir aussi parfois des effets d’huile dans des mares en forêt : personne n’est venu faire sa vidange, cette production de lipides est naturelle à partir de la biomasse!
      Cette production est d’ailleurs la base des recherches pour les biocarburant à partir d’algues. Comme par exemple celle de la vidéo suivante (vous pouvez en trouver bien d’autres):

      lors des blooms planctoniques, l’étang devient un gigantesque bioreacteur qui produit entre autres des lipides. C’est sans doute l’explication la plus vraisemblable de ce dont vous avez été témoins.
      Désolé, mais je ne crois pas qu’il y ait eu de pollution ponctuelle.
      La santé globale de l’étang, encore capable de tels blooms, est par contre une question en soi.

      • Chute ou chut !

        Salut Pascal,
        voici 2 sujets qui ne manqueront pas de t’intéresser, je pense ?
        Je t’envoie une vidéo du 8 août dernier que l’on ne peut passer sous silence, me semble-t-il ?
        Des années de renouveau “tombent à l’eau” en quelques heures ?
        J’espère qu’une évaluation des dégâts fera changer ces catastrophes à répétition.

        L’EDF a une dérogation d’évacuation en quantité qui n’a plus lieu d’être, sauf cas extrêmes évidemment.
        Aujourd’hui les raisons économiques l’emportent un peu trop souvent à mon gré.

        Voici une autre vidéo (2015) du GIPREP qui est une simulation de ce qui se passe passe dans l’Etang, lors de ces épisodes. C’est édifiant.

        Même si je suis ravi des améliorations de l’Etang, je pense que chacun a le droit de défendre l’Etang à sa manière, comme je t’ai dit “celui qui a raison est celui qui trouvera le budget pour améliorer une situation qui reste au moins à 50% désastreuse” et qui ne me satisfait pas, c’est là notre différence. Ce que je crains est que pour gagner quelques % de plus, il va falloir beaucoup de temps, trop longtemps ?
        J’ai des idées mais je préfère les garder pour moi, car la confusion dans la tête des riverains n’a pas besoin de mes commentaires, elle est bien là. Les affirmations ou les questions que certains me disent ou posent me laissent souvent pantois !
        Ayant depuis toujours comme principe de ne pas critiquer ceux qui œuvrent, sauf si je ne suis pas capable de faire mieux (ce qui n’arrive jamais); je me déclare non-qualifié pour dire qu’elle est la meilleure solution, mais je n’en pense pas moins.

        Tu sais que je ne partage pas toujours tes dires, cela ne m’empêche pas encore une fois de te féliciter pour ton engagement.

        @micalement
        René Coste

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