Le difficile pilotage des étangs de Berre et de Thau

Le rapport 2017 du GIPREB sur l’état écologique 2017 de l’étang de Berre a été publié sur leur site il y a quelques jours. Il est plus positif que les précédents. Le GIPREB admet une réelle baisse de l’eutrophisation, même s’il considère qu’on est encore à un niveau trop élevé.

Parallèlement a été publié par le Syndicat Mixte du Bassin de Thau une vidéo liée au projet de recherche CAPATHAU, car il s’inquiète d’une baisse de production conchylicole, possiblement liée à une trop grande épuration des rejets dans l’étang.

Entre faible eutrophisation et baisse de production, la recherche d’un optimum risque d’être assez compliquée.

La « chance » de l’étang de Berre est qu’il est quasiment pilotable sur plusieurs paramètres (salinité, nitrates et autres apports telluriques liés aux limons) par les apports EDF.  Mais l’inertie est très importante.

Le relatif optimisme du GIPREB fin 2017

Ce dernier rapport en date (présenté ici et téléchargeable ici) note les progrès suivants:

  • une diminution de la concentration en nutriments et en phytoplancton,
  • le démarrage du développement des herbiers de zostères sur la bordure côtière
  • une augmentation de la clarté de l’eau,

mais note aussi les « retards » suivants :

  • la présence régulière d’épisodes d’anoxie en particulier au centre de l’étang, et une richesse spécifique faible de la macrofaune benthique,
  • la présence persistante des algues opportunistes nitrophiles telles que les ulves, les cladophores ou les entéromorphes,

et rappelle que les conditions météorologiques d’une année (2017 a été riche en épisodes de mistral) rendent difficiles les conclusions d’une année sur l’autre.

Néanmoins, année après année, une tendance se dessine nettement : l’étang s’améliore et les rapports officiels du GIPREB suivent la tendance avec un décalage de quelques années. Plus optimiste que les précédents  le rapport 2017 nous semble plus juste et nous invitons tous nos lecteurs à le lire (d’autant qu’il nous a semblé plutôt plus riche en données).

Ils concluent, avec pertinence selon nous, par le diagramme suivant (p 60 du rapport du GIPREB), dit de Schramm :

Diagramme schramm étang de Berre

De manière générale, le diagramme se lit de gauche à droite : si l’eutrophisation augmente (envoi de + en + de nutriments dans l’étang) alors on va voir les évolutions suivantes :

  • diminution des espèces climax (les zostères marines dans le cas de l’étang)
  • multiplication des épiphytes (algues qui poussent sur les zostères… et partout où elles peuvent)
  • apparition et gros développement des macroalgues opportunistes (ulves et gracillaires dans notre cas)
  • multiplication du phytoplancton
  • eau de plus en plus trouble

si on pousse vraiment à fond l’eutrophisation, seul le phytoplancton arrive à se développer (eaux colorées)

L’étang de Berre a subi cette évolution de « gauche à droite  » entre 1966 à 1990 et on voit que le GIPREB évalue l’état de l’étang de Berre autour de l’an 2000 au dernier stade d’eutrophisation (complètement à droite sur le tableau).
Depuis 2000, l’eutrophisation a décru et on revient vers la gauche :

  • réapparition des macroalgues opportunistes (ulves et gracillaires) vers 2005
  • retour des zostères depuis quelques années (le rapport du GIPREB confirme une surface de 17,9 ha pour 2017, en doutant que le chiffre de 1000 ha puisse être atteint en 2027, ce qui pour nous est possible, voir cet ancien article)

La question est donc ouverte de savoir si, sur la base actuelle des rejets, l’étang va revenir tout à gauche du diagramme. Notre association aurait tendance à le penser. On verra bien.

Quel est l’état de l’étang de Thau, le cousin de l’autre côté de la Camargue?

Nous rappelons à nos lecteurs cet article de comparaison des étangs de Berre et de Thau, qui avait initié nos articles de comparaison de notre étang avec d’autres biotopes.

Il y a 2 jours, le Syndicat Mixte du Bassin de Thau a mis en ligne la vidéo ci-dessous, qui concerne un projet de recherche nommé CAPATHAU :

Les lecteurs de ce blog se souviendront que l’inquiétude d’une trop grande épuration des rejets dans les masses d’eau semble se généraliser, voir cet article précédent de notre blog, concernant les lac alpins.

Le diagramme de Schramm utilisé pour l’étang de Berre est logiquement utilisé pour les lagunes du Languedoc-Roussillon, comme on peut le voir dans ce diaporama, dont est issue l’image suivante, qui classe les différentes lagunes de Languedoc-Roussillon selon leur état d’eutrophisation.

Diagramme schramm séminaire lagunes languedoc

On constate, avec surprise, que Thau est placé à un niveau comparable à celui où le GIPREB place l’étang de Berre état « moyen » au sens de la DCE. Si c’est vrai, dans quelques années, on pourrait avoir la biodiversité de l’étang de Thau, ce qui fait rêver (mais serait logique).

Cette place de Thau pose un peu problème, car elle voudrait dire que Thau aurait un bon développement d’ulves (les macrophytes opportunistes les plus visibles) et de phytoplancton, alors que le lancement du projet de recherche CAPATHAU suggérerait que le niveau d’eutrophisation serait beaucoup plus bas (baisse de la production de phytoplancton).

Conclusion  : L’étang de Berre, un étang semi-pilotable

« Piloter » un étang, comme on pourrait le faire d’un réacteur industriel, suggère de bien connaître où en est son état, ce qui semble poser question, à Thau comme à Berre !!

Ensuite, pour jouer sur le niveau d’eutrophisation, on pourrait imaginer jouer sur les rejets des stations d’épuration, urbaines ou industrielles, qui se jettent directement dans l’étang (ou celles qui se jettent dans les cours d’eau tributaires). Mais ces rejets doivent respecter des normes officielles sur lesquelles sont basées les autorisations d’exploiter. Rehausser ces valeurs limites de rejets nécessiterait donc en amont un travail au niveau des parlements nationaux et européen (et un retour en arrière) difficilement imaginable politiquement (et de toute façon très long). Donc en pratique ce n’est pas possible.

Dans le cas de l’étang de Berre, il y a en plus les rejets EDF qui représentent 50% des rejets de nitrates. Les limites de ces rejets (en volume d’eau douce et de limons, notamment) ont fait l’objet d’une négociation spécifique entre la Directive Européenne et l’État Français et peuvent d’autant plus être modifiées qu’on est officiellement dans une situation provisoire (le contentieux juridique peut être rouvert à tout moment, voir cet article pour rappel). On peut donc imaginer les réduire encore (ou…. les raugmenter !! ce qui serait politiquement difficile à faire passer, mais en théorie possible juridiquement) selon l’état écologique que l’étang aura atteint sur la base actuelle.

Mais piloter un étang, surtout de la taille de ceux de Thau et de Berre sera de toute façon difficile, avec une inertie de plusieurs années : l’état écologique de l’étang de Berre n’est pas encore stable à la suite du « pilotage » qu’a constitué la réduction des rejets de EDF de 3,6 milliards de m3 par an (en moyenne) à 1,2 milliards de m3 en 2005. Même si c’est en théorie la même chose, piloter l’étang de Berre ne sera jamais comparable au pilotage d’un réacteur industriel ou d’un petit aquarium, l’échelle de temps n’est vraiment pas la même. Il faut plutôt le comparer à une forêt (rappelez-vous cette comparaison) et le long terme n’est plus guère à la mode dans notre monde actuel.

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