Le pouvoir de l’arénicole

Quiconque a plongé dans l’étang de Berre vers la fin du mois de juin a pu remarquer d’étranges petits ballons blancs sur le fond, parfois très nombreux. Le plus souvent ceux-ci dérivent au gré des courant, forment des amas, mais avec un peu de chance on peut les surprendre en train de sortir du fond.

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ponte arenicole monteau 2012

Magie des échanges humains, puis d’internet, nous avons pu identifier ces « ballons » comme étant des pontes d’arénicoles (Arenicola marina), un ver marin assez commun :

Contrairement à la Bretagne, chez nous les pontes sont plus faciles à voir que les turricules, mais il arrive qu’on en rencontre (et qu’on pense à les photographier…)

018 red turricules arenicoles

Un ver bien connu des pécheurs
Ce ver est apprécié de certains poissons… et donc des pêcheurs pour en faire des appâts. La littérature est abondante. C’est un adhérent pêcheur (Christian Hily) qui le premier nous a appris que nos « ballons » étaient sans doute des ponte d’arénicoles.

Un ver qui respire sans hémoglobine, et est devenu objet de recherche
Mais depuis quelques années, ce ver est aussi un objet d’étude scientifique.
En effet, dans les années 1990 un chercheur du CNRS, Franck Zal, a cherché à comprendre comment ce ver respirait.
Il a trouvé que le ver utilisait pour respirer une molécule qui n’est pas intégrée dans une cellule comme peut l’être l’hémoglobine de nos globules rouges, mais simplement dissoute dans le sang (ou l’équivalent). De plus, alors que l’hémoglobine ne peut transporter que 4 molécules de O2, la molécule oxygénante de l’arénicole en transporte 156…
Présentée sans trop d’a priori à des médecins hématologues, ceux-ci ont appris au chercheur qu’il avait sans doute découvert la molécule miracle substitut du sang que la médecine cherche depuis plusieurs dizaines d’années…
Quelques tests sur des souris, des greffons d’organes ont fait naître beaucoup d’espoirs.
Cette histoire est racontée par le chercheur dans cette présentation TEDx de 2014.

Nota : Cette histoire fera plaisir à notre ami Guy Imbert puisqu’il fait remonter aux films de Cousteau son attrait pour la mer et ses secrets !

Aujourd’hui Franck Zal a quitté le CNRS et a le droit d’exploiter sa découverte (ça n’a semble-t-il pas été facile…), il a fondé la société Hémarina à Morlaix.
Il semble qu’ils maîtrisent

  • l’aquaculture de ce ver
  • l’extraction de la molécule qu’ils proposent sous le nom de HEMOXYCarrier®

La révolution médicale annoncée semble tarder, mais il est vrai que l’histoire de la pharmacie ou de la médecine est jonchée de molécules miracles qui ont abouti à des scandales sanitaires. Il convient donc d’être prudent (raisonnablement…)
Cet article récent de France 3 Bretagne se termine néanmoins par la liste de plusieurs hôpitaux Français qui participent à des tests pour les greffes de reins.

La mise au point d’autres protocoles médicaux semblent passer aussi par l’armée américaine, il est vrai qu’un soldat qui s’est pris une balle ou a sauté sur une mine perd assez rapidement du sang… Pour cette raison l’armée américaine cherche depuis longtemps un substitut du sang. C’était le cas avant le débarquement en Normandie. Les plages normandes débordant d’arénicoles, il est donc possible que les GI sautant des barges aient eu la solution sous leurs pieds sans le savoir…
Cette histoire est racontée parmi d’autres par Idriss Aberkane, grand promoteur du biomimétisme en science et pour cette raison défenseur de la biodiversité, dans la vidéo ci-dessous. Nous lui devons de nous avoir appris l’histoire de Frank Zal (il en parle à 14’20’’, juste avant… le bissus des moules !)

 

Pourquoi de telles performances d’oxygénation ? Et pour l’étang?
Si Franck Zal a étudié ce ver, c’est pour savoir comment les arénicoles de l’estran de Bretagne respiraient.
Une explication des performances de leur molécule d’oxygénation qu’il propose parfois est que les arénicoles doivent stocker de l’oxygène pour supporter les heures de la marée basse. Ils sont pour ainsi dire « en apnée » pendant celle-ci.
Les arénicoles de l’étang de Berre, ou de la Méditerranée en général, n’ont pas a priori besoin de cette faculté, puisqu’il n’y a guère de marées et que nos arénicoles sont toujours sous l’eau. Par contre leurs performances d’apnée leur permettent sans doute de creuser et d’oxygéner les fonds de l’étang qu’on dit parfois anoxiques (ils sont effectivement bien noirs à certains endroits…). La présence des arénicoles, et donc la multiplication des ballons les mois de juin de ces dernières années, sont sans doute une très bonne nouvelle pour les fonds de l’étang !!

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2 commentaires

  1. les invertébrés (mollusques) sont beaucoup plus sensibles que les vertébrés (poissons) aux effets des pollutions. C’est donc un très bon signe d’une qualité de l’eau qui s’améliore.

    • Oui René. Les vertébrés sont plus élevés dans le degré d’organisation et se défendent mieux, à quelques exceptions près (les poulpes par exemple qui peuvent rivaliser avec eux). Toutefois, les poissons ont de plus l’avantage d’être très mobiles et de pouvoir fuir des conditions de milieu défavorables, alors que les clovisses n’ont comme ressource que de s’enfermer dans leurs coquilles en espérant tenir assez longtemps. C’est peut-être le critère le plus important. Guy IMBERT

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