Publié par : pascal bazile | 19 juin 2016

L’étang qui pétille

Aujourd’hui un article scientifico-énigmatique. Étudier la nature est en effet souvent plus  source de questions que de réponses. Dans ce type d’article, notre ambition est de progresser dans notre compréhension de l’étang, et parfois on récupère des images selon le cas belles, amusantes, inquiétantes…

L’oxygène (?) du Ranquet

Une récente plongée dans le nord du Ranquet (Istres) nous a réservé une belle surprise : les zostères, les algues « pompons rouges » (sans doute Callithamnion corymbosum) et les pontes de vers (en train de sortir) étaient recouvertes de petites bulles parfois encore accrochées, mais s’échappant aussi vers la surface.

On avait l’impression de plonger dans une grande coupe de champagne.

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Quelques dizaines de mètres au sud, dans les herbiers plus récents mais moins denses et surtout dans l’eau quelques degrés plus froide, on n’observait pas le phénomène.

Notre explication serait la suivante. Plus une eau s’échauffe, moins elle peut absorber de gaz et notamment d’oxygène (15mg/L à 0°C, 8 mg/L à 30°C). La courbe est connue et nous l’avons déjà diffusée (voir cet article). Le nord de l’anse du Ranquet était ce jour-là sensiblement plus chaud que les jours précédents, et en plus le soleil y donnait bien, ce qui fait que les zostères et les algues devaient être en pleine photosynthèse. L’eau serait passée en sursaturation en oxygène et s’est mise à pétiller comme une bouteille de champagne ou de limonade qu’on aurait débouchée (dans ce cas c’est du gaz carbonique qui sort, à cause d’une brutale baisse de pression, mais c’est le même phénomène physique de sursaturation).

Pour en être sûr une expérience simple serait possible : récupérer via un gros entonnoir suffisamment de gaz pour remplir un tube à essai, sortir avec le tube à essais (bouché), puis mettre le feu à une brindille quelques secondes, souffler pour éteindre la flamme et introduire la brindille rougeoyante dans le tube à essai : si la flamme repart, c’est que le tube à essai est plein d’oxygène pur !

Nous tenterons cette expérience à l’occasion, mais si un lecteur peut confirmer ou informer notre hypothèse, on est preneur !

Le biogaz (?) de la Romaniquette

Quelques jours plus tôt, lors d’une plongée au nord de la plage de la Romaniquette (Istres aussi), nous étions tombés sur une production de bulles fort différente : elles sortaient du fond, en des points précis. La visibilité n’était pas bonne mais ces points étaient assez nombreux et nous en avons vu une quinzaine sans chercher.

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Ce phénomène apparaissait dans une zone limitée, proche de l’embouchure (par une chute) du canal de Craponne.

Notre interprétation est moins positive que pour le Ranquet : le sédiment de cette zone serait anoxique et il s’y produirait des fermentations avec dégagement de biogaz (méthane essentiellement) qui s’échapperait en points précis (des canaux dans le sédiment).

Pour être sûr que c’est du biogaz, une expérience simple serait possible : récupérer via un gros entonnoir suffisamment de gaz pour remplir un tube à essai, sortir le tube à essai plein de gaz. Le vider à l’envers (le méthane est plus léger que l’air, mais on ne verra rien de toute façon…) dans un récipient plein d’air (« vide » en langage courant), et choisi de façon que son volume soit 10 fois plus grand que celui du tube à essai. Approcher une flamme, si ça explose (du bruit mais pas de risque vu les masses en jeu…) c’est du biogaz ! Plus facile (mais moins drôle), approcher une flamme du tube à essai plein de gaz, si ça fait « pouf » c’est que c’est un gaz combustible (du méthane en grande partie). On peut aussi tenter de sentir le gaz du tube : le méthane n’a pas d’odeur, mais s’il y a des traces de H2S ou de mercaptan (CH3SH) fréquentes dans le biogaz, ces gaz sont faciles à identifier (odeur d’œuf pourri), ces gaz sont toxiques à haute dose, mais là c’est pour le bien de la science !

D’où viendrait dans ce cas la matière organique qui fermente ? Peut-être le sédiment de cette zone, en face de l’ancienne station d’épuration en était-il particulièrement riche et il en reste toujours après 15 (?) ans. Peut-être aussi  cette matière organique vient-elle de riverains indélicats du canal de Craponne. Peut-être y aurait-il une explication naturelle, mais nous y croyons moins.

Là encore, si un lecteur peut nous éclairer de ses connaissances, nous sommes preneurs.

Conclusion

Ainsi va l’étang de Berre, qui peut proposer en quelques jours et en des lieux très proches, des situations très positives… et d’autres moins.

Nous restons cependant beaucoup plus optimistes que le GIPREB sur l’évolution de l’état écologique de l’étang (le bilan 2015 du GIPREB vient enfin de sortir) notamment sur les zostères, seul point où nous pouvons objectivement comparer nos observations et les leurs.

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Responses

  1. Ton explication me paraît parfaitement plausible et n’hésite pas à faire l’expérience, je suis quasi-certain que la brindille se rallumera dans l’air suroxygéné.

  2. Un parallèle avec les plantes en aquarium:
    Lors de variations de pH (vers la baisse) il y a concentration de CO² et les plantes absorbent plus de CO² donc dégagent plus d’oxygène. On dit qu’elles bullent.
    On observe ce bullage après un important changement d’eau.
    Dans l’étang, le mélange eau douce/eau salée, et selon les courants, provoque des variations de salinité mais aussi de pH et on revient au constat dans les aquariums

    marion.rene@orange.fr http://pagesperso-orange.fr/ren.marion/marionrene/

  3. bonjourje désire vous rencontrer pouvez-vous me fixer une date un matin car l’après midi pas possible.Ce serait bien si vous pouviez venir au port à la Mède, j’ai quelque chose à vous montrer et à vous expliquer.Je voudrais votre avis sur le sujet, laissez moi un message.Merci

    Date: Sun, 19 Jun 2016 11:00:43 +0000 To: josettedescaves@hotmail.com

  4. Je te suis sur tes interprétations des dégagements gazeux mais cela n’engage que moi. Encore bravo pour ta constance à fréquenter les eaux de notre mer intérieure.
    Mireille.


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