Demande d’annulation du classement d’intérêt général de la digue « de la Voguette »

Nous vous avons déjà parlé du combat contre le projet Voguette (notamment cet article, et cet autre) : il concerne notre association puisqu’il dépend d’une nouvelle digue de 2,8 km le long de la Durance, que nous ne souhaitons pas.

Cette rivière compte déjà tellement de digues que le contrat de rivière Val de Durance 2008-2014 (le dernier en date) parle de « 3 à 4 km de digues, épis et levées divers pour 1 km de rivière ». Ce paradoxe est tout à fait possible si on imagine 2 digues longitudinales (censées contenir le flot en cas de crue) plus des digues « en épi » (dont le but est de centrer le lit hors crue). Le contrat de rivière jugeait d’ailleurs l’ensemble (en 2008) « complexe et peu fiable ».

schéma type digues

Le projet de digue des Iscles du Milan et les terres du mas de la Voguette

Le plan ci-dessous, tiré du rapport issu de l’enquête publique, présente le projet de digue et la zone de la Voguette. La zone de la Voguette est classée violette : c’est à dire soumise à aléa exceptionnel (= inondée seulement lors des crues les plus fortes), le projet de Digue apparaît en bas, autour d’un tronçon de la voie ferrée Cavaillon-Pertuis.

plan digue et ZAC Voguette

On note que la Durance apparaît sur le schéma beaucoup plus large que réelle (hors crue) et que la ligne TGV y apparaît totalement transparente. La ligne TGV est en effet percée d’énormes trous qui n’en font pas une digue.

Dans les zones violettes, selon le PPRI (Plan de Prévention des Risques liés aux Inondations) « il convient de maîtriser le développement de l’urbanisation afin de ne pas augmenter les enjeux exposés,tout en préservant leur rôle de champ d’expansion de crue et leurs capacités d’écoulement. Dans les secteurs de développement, les constructions nouvelles et les adaptations des constructions existantes sont admises en intégrant des mesures de réduction de vulnérabilité des personnes et des biens« .

Les collectivités locales ont souhaité la construction d’une digue RAR (« résistante à l’aléa de référence », en l’occurrence une crue millennale de 6500m3/s) qui leur permettrait, selon elles, de rendre constructible toute la zone violette, dont la zone de la Voguette.

Et la préfecture du Vaucluse a classé « d’intérêt général » cette digue RAR en mai 2015 (voir ici l’arrêté (p48))

Un projet de digue en contradiction avec la politique actuelle de l’eau

Aujourd’hui, l’endiguement des rivières n’est plus souhaité. On peut le voir sur cette vidéo récente de l’agence de l’eau RMC (Rhône Méditerranée Corse) présentant la nouvelle loi GEMAPI (GEstion des Milieux Aquatiques et Prévention des Inondations) « une nouvelle gestion de l’eau à l’heure de la GEMAPI ». La GEMAPI demande de laisser aux rivières leur zones d’expansion, ce que notre association souhaite également. C’est sur ce projet notre premier combat.

En l’occurrence, où ira l’eau qui ne pourra aller sur la Voguette et les territoires inondables actuels (cas d’une digue qui « tient »…) ? Cette eau sera accélérée et ira en aval, où le risque sera accru, surtout en cas de crue du Rhône. Notre association pense que Barbentane notamment verrait son risque d’inondation augmenté par la digue en projet.

Un projet financé par une opération immobilière

La digue n’était pas prévue par le contrat de rivière. Il n’était prévu qu’un travail de sécurisation (contre les crues centennale de 5000 m3/s, avec submersion possible) de la voie ferrée Cavaillon-Pertuis pour 1 million d’euros (1 M€). La digue des Iscles de Milan est estimée à 6 M€ HT selon l’arrêté préfectoral, à financer par la Communauté de Communes. Son véritable but dépasse donc la sécurisation « raisonnable » contre les crues au sens de l’État… quand il s’agit du financement.

Les terres du mas de la Voguette représentent 100 ha. Une partie a été achetée par Immochan (filiale immobilière du groupe Auchan) à un prix bien supérieur à celui des terres agricoles. Cette société espère évidemment le reclassement en zone « constructible » de cette zone actuellement inondable et inconstructible, afin de rentabiliser son opération.

L’urbanisation de la zone doit aussi permettre de financer la digue, qui est en quelque sorte pensée par la collectivité locale comme un « investissement rentable ». Les collectivités locales françaises ont malheureusement pris l’habitude de se financer par ce genre d’opération d’urbanisation de leur terres agricoles…

Une perte de terres agricoles que nous combattons

Les terres du mas de la Voguette sont de très bonnes terres agricoles qui sont menacées par cette opération.

Ce projet s’inscrit dans la disparition rapide des terres agricoles et plus généralement de l’espace rural en France. Comme on peut le lire dans ce Manifeste pour la sauvegarde des terres agricoles (à lire sur le site de nos amis de Filière Paysanne) : « l’artificialisation a fait disparaître entre 40 000 et 90 000 ha de surfaces agricoles par an entre 2000 et 2014. Cela équivaut à la surface moyenne d’un département entier tous les 7 ans, à un stade de football toutes les 5 minutes, ou un potager de 25m2 toutes les secondes« . Des Collectifs de Défenses des Terres Fertiles se sont créés un peu partout en France et L’Étang Nouveau participe régulièrement aux collectifs locaux. Le Collectif Voguette dont nous faisons partie s’est formé contre le projet de cet article.

L’État a pris conscience de cette disparition rapide au point d’avoir créé dans les différents départements des Commission Départementales de Consommation des Espaces Agricoles (CDCEA), censées limiter, en y donnant des avis défavorables, les projets les plus destructeurs et les moins utiles. Les préfets ont reçu des consignes de préservation des terres, mais ont parfois du mal à faire abandonner les projets de bétonnage des élus locaux… A noter que L’Étang Nouveau fait partie de la CDCEA des Bouches du Rhône (mais le présent projet est situé dans le Vaucluse).

C’est ce combat contre l’artificialisation de terres agricoles qui a motivé La Confédération Paysanne à s’opposer également au projet de digue. Le recours est déposé en commun.

Aujourd’hui les AMAP ou les jardins partagés par ex permettent de refaire une agriculture locale rentable. Ce sont les projets alternatifs que nous soutenons. La délocalisation de l’agriculture, notamment importer tous nos légumes d’Espagne ou du Maroc où ils sont cultivés dans des conditions désastreuses, n’est pas une solution durable selon nous.

Enfin, la disparition des terres agricoles empêche également la percolation de l’eau et ne s’inscrit pas selon nous dans un bonne gestion de l’eau, particulièrement en PACA. Or la gestion durable de l’eau régionale fait aussi partie des objets de notre association…

La demande d’annulation, et après?

La demande d’annulation du classement « d’intérêt général » par la préfecture a donc été déposée en décembre dernier par la Confédération Paysanne du Vaucluse et notre association auprès du Tribunal Administratif de Nimes.

Cette demande sur le fond n’empêche pas les travaux de commencer. Pour cela il faut un recours en référé lorsque le chantier ouvre…

Pour en savoir plus:

 

 

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s