Publié par : pascal bazile | 24 août 2015

L’étang, ses palourdes, ses zones mortes et son suivi

L’étang de Berre montre de sérieux signes d’amélioration : nous avons déjà noté la progression des zostères naines en superficie et en profondeur, le probable reclassement sanitaire de l’étang en serait un autre, néanmoins le GIPREB continue à communiquer sur l’anoxie régulière de certains fonds…

Le probable reclassement sanitaire de l’étang

Depuis quelques années maintenant beaucoup de plongeurs isolés, mais aussi certains professionnels, ramassent les palourdes (et les coques) de l’étang. Le ramassage par des particuliers se faisait à leurs risques et périls, disons dans un flou juridique, par contre le ramassage professionnel était parfaitement illégal. Pour que celui-ci soit autorisé, il faut un reclassement sanitaire et le suivi bactériologique qui va avec.

Depuis le 15 juin dernier (2015), le flou juridique concernant la pêche de loisir est levé: il est autorisé de ramasser 1 à 2 kg de coquillages par jour et par personne, selon le type. Voir cet article du site du GIPREB. et leur affiche qui résume ce qui est autorisé: palourdes-aff-a3_660.

Il est annoncé dans l’article cité précédemment que le reclassement sanitaire sera étudié à partir de septembre (2015). Que l’étang ne soit pas reclassé pour raison sanitaire nous étonnerait: à notre connaissance peu de gens ont fini à l’hôpital après avoir mangé des coquillages… La rentabilité pour l’État de mettre en place un réseau de surveillance alors qu’il n’y a pas de conchyliculture sur l’étang est plus aléatoire, mais dans ce genre de calcul il ne faut pas avoir une trop courte vue, quel changement ce serait pour l’image de l’étang!

Les pêcheurs locaux poussent manifestement très fort pour ce reclassement, sans doute agacés par le braconnage.

Le risque de surpêche est par contre réel. Sans doute des zones d’interdictions seraient pertinentes. Notre association n’a pas encore de position à ce sujet.

Les zones mortes

Le GIPREB ne communique plus sur les zostères qui stagnent, et pas encore sur le reclassement sanitaire, par contre il communique (un peu) sur l’apparition récurrente de zones mortes au fond de l’étang, comme on peut le voir sur :

Notre association ne nie absolument pas l’existence de zones mortes dans l’étang (dans l’océan, on parlerait de dead zones, on les surveille parfois par satellite, comme on peut le voir sur cette vidéo en anglais) néanmoins il faudrait savoir s’il y a progression ou régression, année après année, de ces zones. Les informations que communique le GIPREB ne nous paraissent pas suffisante pour le dire.

Nous avions en effet déjà parlé de l’apparition de ces phases d’anoxie de manière prolongée dans les zones « profondes » (8m), et sans doute de manière plus ponctuelle dans les zones moins profondes (4-5m) mais empêchant la colonisation par les organismes, comme le mentionne avec raison le biologiste du GIPREB dans l’interview.

Mais notre impression cet été était que l’étang nous paraissait moins propice à ces crises d’anoxie plus ou moins locales. Cette année 2015, l’étang s’est réchauffé très vite, atteignant 25°C dès début juin. Or comme expliqué par le GIPREB ou la NOAA dans les liens ci-dessus, les fortes chaleurs sont propices à l’apparition de ces zones d’anoxie, parce que l’oxygène se dissout moins dans l’eau chaude que dans l’eau froide, et que la chaleur favorise les blooms planctoniques consommateurs d’oxygène. Néanmoins mi juillet, malgré la chaleur, l’étang nous paraissait être resté remarquablement clair, donc sans trop de bloom planctonique. Si ce fait était confirmé, cela pourrait signifier que la capacité de l’étang à digérer les nutriments qu’il reçoit (par l’Arc, la Touloubre, les déversements EDF, les ruissellements, les canaux etc…) s’accroît année après année, et qu’il a sans doute même largement attaqué les stocks que ses sédiments contenaient. La vidéo du GIPREB et l’interview de Maritima contredisent donc cette impression.

Conclusion en forme de question : réduire encore ou utiliser le reclassement sanitaire pour mieux mesurer?

Le GIPREB conclut, conformément à son habitude, que « les rejets EDF apportent trop de nutriments ». Dans leur esprit, la seule solution est la dérivation des rejets EDF, le projet à 1 ou 2 milliards d’euros qu’il promeut mais que notre association a toujours combattu (voir notre article sur le sujet, le plus polémique de notre blog, mais aussi un des plus lus).

Pour plusieurs administrateurs de notre association, s’il est confirmé que les apports en nutriments d’EDF arrivent encore en trop grande quantité pour être digérés par l’étang, il faut encore réduire les rejets EDF à 300 millions de m3 (au lieu de 1,2 milliard actuellement) puisque c’est possible sans danger pour le réseau et les centrales nucléaires (selon le rapport des Ponts et Chaussées de 2000, dont EDF évidemment ne cherche guère à se souvenir).

Le rédacteur de cet article n’est pas personnellement persuadé que cette réduction à 300 millions de m3 soit pertinente et donc nécessaire. Elle est techniquement possible, mais il faut rappeler qu’elle coûterait cher à EDF et donc finalement au contribuable puisque EDF est encore très majoritairement possédé par l’État.

Le reclassement sanitaire, s’il est confirmé, demandera un suivi plus pointu de l’étang, et il faut en profiter pour se donner les moyens d’étudier si les problèmes d’anoxie progressent ou régressent dans l’étang. Ce qui est fait sur l’étang de Thau (suivi/anticipation des épisodes de malaïgues) ou par exemple aussi sur l’estuaire de la Gironde, qui souffre également de phases d’anoxie (et comme également beaucoup de rivières), doit nous inspirer. Le coût de ces études est négligeable en comparaison de celui de la dérivation ou d’une réduction des rejets à 300 millions de m3.

Une nouvelle fois, l’étang de Berre ne nous paraît pas bénéficier du suivi scientifique à la hauteur de sa taille et de l’amélioration, au moins relative, qu’il connaît actuellement.

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Responses

  1. Je vois Vincent que tu es toujours dans le vif du sujet pour l’Etang Ce serait tellement mieux si on pouvait en parler avec des projets bien ciblés, des dates précises…Je crains fort de mourir avant que ce bel étang redevienne égal aux souvenirs que j’en garde de mon enfance


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