Interventions des Rencontres « Étang de Berre, où en est on ? »

Les rencontres « Étang de Berre, où en est-on ? », organisées pour marquer l’anniversaire des 10 ans de la condamnation de la France pour pollution de l’étang de Berre par les rejets EDF et la réduction de ses rejets consécutive à cette condamnation, se sont déroulées les samedi 29 et dimanche 30 novembre 2014 au Pavillon des Creusets à St Chamas.

IMG_4622

Après une ouverture de séance par M Salce, délégué au cadre de vie à la mairie de St Chamas, les interventions ont été les suivantes :

Le samedi 29 novembre 2014, après-midi

  • René Benedetto, association L’Étang Nouveau « D‘un étang dégradé à sa réhabilitation, une série d’actions citoyennes »
  • Henry Augier, océanologue, « Zostères et autres phanérogames marines : redonner vies, richesses et beautés à l’étang de Berre »
  • Yann Abdallah, de l’association Migrateur Rhône Méditerranée, « Les poissons migrateurs dans l’étang et la Durance »

Le dimanche 30 novembre 2014, matin

  • Pascal Bazile, association L’Étang Nouveau, « Ce que les amateurs peuvent vérifier de l’amélioration »
  • Bernard Roux, directeur de recherche CNRS « Etude numérique de l’hydrodynamique dans l’Etang de Berre – « courants en zones côtières » vs « recolonisation des zostères » »

Le dimanche 30 novembre 2014, après-midi

  • Jean-François Le Bitoux, vétérinaire spécialiste de l’aquaculture « Une conchyliculture durable est elle possible sur l’étang ? »
  • Elisabeth Tempier, de la prud’homie de pêche de Sanary/mer « La Prud’homie comme garante d’une pêche Durable »
  • Guy Imbert, océanologue, conseiller scientifique de la coordination de pêcheurs de l’étang de Berre « Les combats juridiques de la coordination des pêcheurs »

Intervention n°1 :

René Benedetto, président de l’association L’Etang Nouveau
« D’un étang dégradé à sa réhabilitation, une série d’actions citoyennes »
(Cette intervention n’avait pas de support visuel)

Résumé :

L’Etang de Berre a connu au cours du 20ème siècle une série de dégradations :

  • arrivée des 2 raffineries de Berre et de La Mède dans les années 1930, avec une pétrochimie en développement constant et des rejets en conséquence, qui a mené en 1957 à l’interdiction de la pêche et le classement de l’étang en zone insalubre.
  • Développement de l’aéroport de Marignane
  • Aménagement de la Durance par la loi de 1955. Celle-ci a autorisé le barrage de Serre-Ponçon et la canalisation à partir de celui-ci de la quasi-totalité de l’eau de la Durance. La production électrique était le but principal de cette canalisation, puisque la plus grande partie de cette eau s’est retrouvée rejetée dans l’étang de Berre à partir de 1966 et la mise en service de la centrale EDF de Saint-Chamas (dernière centrale de la chaîne hydroélectrique) et que la gestion de l’eau était confiée à EDF
  • Création de la Zone Industrielle de Fos, qui a mené à un développement important et très rapide des villes du pourtour de l’étang, a devait classer insalubre le golfe de Fos.

Mais en parallèle, la population s’est mobilisée à plusieurs reprises avec une intensité croissante :

  • refus du classement du golfe de Fos comme zone insalubre en 1972. Ce qui avait été accepté en 1957 pour l’étang de Berre comme le « prix du progrès » n’était plus accepté 15 ans plus tard pour le golfe.
  • Création de plusieurs associations de défense de l’étang de Berre vers 1988-1989, dont L’Étang Nouveau en 1988 et manifestation devant la centrale EDF le 5 mars 1989
  • A partir de cette manifestation, les élus se sont intéressés au sujet et ont accepté d’organiser le référendum d’initiative populaire (pour ou contre l’arrêt des rejets EDF) qui a eu lieu en 1991, qui a eu une participation de 60 %, et 98 % de suffrages exprimés pour l’arrêt des rejets
  • Ce référendum a eu comme conséquence le plan Barnier de reconquête de l’étang de Berre qui a abouti à une première réduction de 15 % (limite des rejets : 2,7 milliards de m³) en 1993, puis de 30 % (limite des rejets 2,1 milliards de m³) en 1995. Ces réductions étaient modestes en quantité, et insuffisantes, mais elles avaient l’immense intérêt de montrer la voie. A cette occasion, notre association a également compris mieux compris le fonctionnement de la chaîne hydroélectrique de Durance et notamment l’utilisation possible des déversoirs, et notamment de celui de Mallemort qui avait permis les réductions de 1993 et 1995, mais pouvait permettre des réductions supérieures
  • Par contre c’est à partir de 1995-1996 que les élus ont commencé à défendre le principe de la dérivation des rejets comme seule option possible, position qu’ils défendent encore aujourd’hui. Cette option chiffrée aujourd’hui à plus d’un milliard d’euro mais à un montant similaire dès 1993 avait l’énorme désavantage de repousser toute amélioration aux calendes grecques. Cette option n’a pas été acceptée par les pêcheurs ni par L’Étang Nouveau.
  • En 1997 a été initiée par la Coordination des Pêcheurs la procédure juridique qui a été couronnée de succès en 2004, d’où est issue l’actuelle limite des rejets à 1,2 milliards de m³ et en souvenir de laquelle les rencontres de ce soir sont organisées.

Aujourd’hui nous constatons des améliorations nettes dans la biologie de l’étang. Cela doit nous réconforter mais il serait dommage de se démobiliser car beaucoup peut encore être fait :

  • sur l’étang où les rejets peuvent-être limités à 300 000 m³/an, limitation qu’il faut demander car l’amélioration semble trop lente
  • sur l’étang également où l’appât du gain risque de mener à un mauvais développement, comme la construction sur les rives (la loi littoral va être « régionalisée ») ou le développement des anneaux. Une vigilance sera essentielle pour préserver un étang ouvert.
  • sur la Durance qui est totalement privée d’eau par un aménagement dont on voit trop de défauts pour le faire perdurer

Intervention n°2:

Henry Augier, océanologue
« Zostères et autres phanérogames marines: redonner vies, richesses et beautés à l’étang de Berre »
(Cette intervention n’avait pas de support visuel, mais a fait l’objet d’une rédaction par l’auteur, que nous vous joignons ici : Zostères, colloque Berre 10 ans, Augier)
Henry Augier, océanologue et ancien directeur de laboratoire à l’université de Luminy, est un auteur prolifique d’ouvrages liés à la mer, dont le dernier, sur les rejets anthropiques en mer.

Résumé :

Les phanérogames marines (posidonie, cymodocée, zostères…) forment des prairies sous-marines qui sont essentielles pour les écosystèmes locaux :

  • amortissement de la force des vagues et limitation de l’érosion
  • accélération de la sédimentation et éclaircissement des eaux
  • zone de frai et de refuge pour beaucoup de poissons,
  • support d’une vie intense et riche (épiphytes…herbivores…carnivores…jusqu’aux poissons et autres espèces comestibles).

Les prairies de zostères marines, qui faisaient la richesse de l’étang, ont totalement disparu, tandis que quelques rares îlots de zostères naines survivent par on ne sait quel miracle.

Face à l’ampleur des nuisances cumulées et des vastes espaces où la vie a fuit, des mesures d’assainissement sont obligatoires : suppression des rejets d’eau douce de la centrale EDF, des rejets polluants fluviaux, urbains et industriels (épuration à 100 % des stations de traitement). Les peintures anti-salissures toxiques des coques des bateaux doivent être remplacées par des peintures inoffensives actuellement sur le marché.

Ce n’est qu’à ce prix qu’on redonnera vie, richesses et beautés aux prairies de zostères et à l’ensemble des écosystèmes de l’étang de Berre, l’un des plus beaux fleurons de notre patrimoine national.

Annexe – Histoire et technique de l’association « Les Jardiniers de la Mer », pertinence de la création sur l’étang d’une équipe de « jardiniers de l’étang »:

Au cours de la soirée, M Augier a permis également de palier à l’absence pour raisons de santé de Mme Andrée Sougy, de l’association Les Jardiniers de la Mer.

Cette association a été créée en 1973. Dès cette époque on avait constaté une forte régression des herbiers de posidonies sur nos côtes et une accélération de l’érosion. La régression des herbiers est liée à plusieurs facteurs, dont certains purement mécaniques (mouillage sauvage, l’arrachage d’une partie pouvant entraîner la déstabilisation de tout un herbier…). Localement une replantation pouvait être tentée.

L’association a été créée par Georges Cooper qui a cherché, et trouvé, une technique de réimplantation des herbiers de posidonie, qui consistait à refixer au sol des posidonies trouvées flottantes (des «épaves ») par des grillages lestés par de lourds cadres en béton.

L’association est basée sur Hyères, où un grand herbier a été ainsi reconstitué. Cet herbier existe toujours et il est difficile de voir des différences avec un herbier naturel.

Cette technique venue du monde associatif n’a pas été tout de suite acceptée par le monde scientifique et les autorités, mais son succès dans la durée a été globalement reconnu.

Henry Augier pense que la création d’une équipe de « jardiniers de l’étang » sur le modèle des « jardiniers de la mer » serait tout à fait pertinent sur l’étang de Berre, mais qu’il faudrait adapter la technique :

  • les zostères naines (Zostera noltii) sont beaucoup plus petites que les posidonies, donc il faudra trouver, par bricolage, une technique très différente
  • les zostères marines (Z marina) ont une taille plus proche des posidonies, donc une adaptation plus directe est peut-être possible.

Mais, comme en Méditerranée avec les posidonies, a-t-il encore précisé, il serait dangereux de penser que les problèmes écologiques de l’étang de Berre pourront se résoudre par simple replantation de zostères : il faut résoudre les problèmes à la source, et pour cela arrêter totalement les rejets d’eau douce d’EDF et les rejets polluants urbains, fluviaux et industriels.

Intervention n°3:

Yann Abdallah, chargé d’études dans l’association Migrateurs Rhône Méditerranée
« Les poissons migrateurs dans l’étang et la Durance »
(Cette intervention avait un support visuel, que nous vous joignons ici : 20141129_Colloque_Berre_MRM)

Résumé :

On dénombre aujourd’hui 3 espèces de poissons migrateurs dans l’étang de Berre et la Durance (et globalement le bassin du Rhône) :

  • l’alose feinte du Rhône
  • la lamproie marine
  • l’anguille européenne

L’esturgeon européen était historiquement présent mais a disparu dans les années 1970 (le dernier a été pêché en 1976 sur le Rhône à Avignon).
La lamproie, sorte de gros poisson ventouse parasite, est mal connue, mais on pense que les conditions qui lui sont favorables sont globalement les mêmes que celles de l’Alose feinte.

Sur l’étang de Berre, le seul poisson migrateur considéré à enjeu est l’anguille européenne. Ce poisson qui se reproduit dans la mer des Sargasses possède une large aire de répartition, depuis la Scandinavie jusqu’au Maroc. Mais il ne grandit pas partout à la même vitesse. L’Etang de Berre, relativement chaud et riche, est important, car les anguilles y grossissent vite. Elles peuvent devenir matures en 3 ans, au lieu de 10 à 15 ans en Scandinavie.
Globalement le nombre d’anguilles est en chute libre en Europe par rapport aux années 1960-1970 et l’espèce a été classée en liste rouge par l’UICN. La pêche n’étant pas considérée comme la cause unique de cette raréfaction, elle n’a pas été arrêtée et la pêche des anguilles sur l’étang de Berre est estimée à 120 t/an.
Y Abdallah ne considère pas ce tonnage comme un problème : la production est vraisemblablement bien supérieure, même si elle est difficile à estimer, et la liaison avec la mer (le canal de Caronte) n’est jamais bouchée, à l’opposé de nombreux autres étangs méditerranéens. Aussi le nombre d’anguilles qui peut partir en mer pour se reproduire est sans doute important.
Une autre caractéristique est que l’étang riche produit surtout des mâles, alors que les tributaires (l’Arc, la Touloubre…), plus pauvres (?) produisent surtout des femelles, en plus petit nombre.

Sur la Durance, on trouve des anguilles et des aloses, mais la situation est complexe.
En effet depuis son aménagement hydroélectrique, on y trouve de nombreux seuils, qui ne peuvent être remontés par les migrateurs. Comme beaucoup de rivières ont été ainsi aménagées, c’est vraisemblablement la cause essentielle des la chute des poissons migrateurs.
Les anguilles peuvent néanmoins remonter certains seuils, par reptation sur les enrochements, mais pas les aloses, qui sont bloquées par le seuil de Callet (seuil de 4m situé juste en amont d’Avignon).
Donc actuellement seule la très basse Durance est une zone de reproduction pour les aloses. Il faut effacer les seuils ou les équiper d’échelles. Mais le fonctionnement du déversoir de Mallemort depuis 2006 pose également un problème car les variations brutales de débit qu’il engendre certaines années sont susceptibles de perturber la migration et de modifier les conditions de reproduction.

Intervention n°4:

Pascal Bazile, association L’Etang Nouveau, plongeur naturaliste amateur
« Ce que les amateurs peuvent vérifier de l’amélioration »
(Cette intervention avait un support visuel, que nous vous joignons ici : Intervention Bazile Berre 10 ans)

Résumé

Toutes les lagunes méditerranéennes sont évaluées selon 12 critères pour dire si elles sont ou non en bon état écologique.

Parmi ces critères, 4 sont importants pour l’Etang de Berre et vérifiables par des plongeurs amateurs pour peu qu’ils plongent suffisamment souvent :

  • l’état des herbiers de zostères
  • le type de macrophytes (algues et phanérogames) qu’on y trouve
  • l’état de la colonne d’eau (transparence, notamment)
  • l’abondance et diversité de la faune benthique (bivalves, oursins?)

Or ce que les organismes officiels (GIPREB et IFREMER notamment) écrivent sur l’étang ne paraît pas toujours cohérent (caractère eutrophe) ou même inexact par rapport à nos observations (état des herbiers de zostères, état azoïque du fond).

Il paraît donc utile de vérifier par soi-même et de demander aux plongeurs amateurs de contribuer à une meilleure connaissance de l’état de l’étang.

Le quasi-monopole du GIPREB sur les informations de l’étang semble une partie du problème et il est proposé de constituer un « observatoire citoyen de l’étang de Berre », l’étang étant largement visitable par des amateurs et les caméras sous-matines ne valant désormais pas très cher.

Intervention n°5:

Bernard Roux, directeur de recherche CNRS,
« Etude numérique de l’hydrodynamique dans l’Etang de Berre « courants en zones côtières » vs « recolonisation des zostères »»
(Cette intervention avait un support visuel, que nous vous joignons ici : Intervention Roux -Berre10ans–141129)

Résumé

M Roux présente quelques résultats d’une modélisation hydrodynamique de l’étang de Berre réalisée par Elena Alekseenko avec le logiciel MARS3D de l’Ifremer.

Cette modélisation a l’avantage d’être faite avec une maille fine : 12,5m en horizontal et 32 strates en vertical par le maillage le plus fin.

Cette précision permet de visualiser de forts courants « de bord » créés lors des épisodes de grands vents (> 80 km/h) dans 3 direction (mistral, vent d’est ou d’ouest).

Ces forts courants côtiers pourraient être une explication de certains échecs des transplantations de zostères faites en 2009. A contrario, d’une façon générale, la connaissance fine des régimes d’écoulement en bordure de l’étang et leur mise en corrélation avec les observations de réapparition spontanée de zostères naines – présentées par P. Bazile – offrent des perspectives très intéressantes. Elles devraient permettre de déterminer une carte des zones favorables à cette résilience, du point de vue des contraintes hydrodynamiques tolérables par les herbiers. Les courants ne doivent être ni trop rapides en début de recolonisation (risque d’endommagement du système racinaire, qui dépend aussi de la composition des sédiments), ni trop lents (une trop forte réduction du flux de carbone et de nutriment à la surface des feuilles, peut être fatal).

Mais pour cela la connaissance précise de la géographie des herbiers actuels est nécessaire. Toute information à ce sujet, qu’elle vienne du GIPREB ou du monde associatif, sera étudiée avec attention. Une expérience de science collaborative du type de l’ « observatoire citoyen de l’étang de Berre » proposée par P Bazile dans l’intervention précédente présente un grand intérêt.

Intervention n°6:

Jean-François le Bitoux, vétérinaire spécialisé en aquaculture,
« Une conchyliculture durable est elle possible sur l’étang ? »
(Cette intervention avait un support visuel, mais nous ne le possédons pas)

Résumé :

En écosystème aquatique les pathologies sont essentiellement environnementales.

L’ostréiculture « industrielle » est actuellement confrontée à une forte mortalité, liée entre autres à des virus, mais on peut considérer ces virus comme une marque d’un déséquilibre écologique plus profond. Il y a déjà eu des mortalités par virus par le passé, qui se sont réglées par importation et culture d’huîtres plus résistantes, la dernière étant l’importation des huîtres japonaises (Crassostrea gigas) dans les années 1960. Mais on doute de trouver encore des huîtres résistantes. Il serait plus logique de se demander si l’ostréiculture « industrielle » est durable. La réponse est sans doute négative.

Le vétérinaire qu’il est a tendance à regarder les sédiments : on est dans une problématique d’hygiène et de prophylaxie. Si les sédiments finissent par concentrer trop de matière organique et que les capacités d’auto-épuration sont dépassées, on aura sous les stocks d’huîtres un bouillon de culture dont sortiront régulièrement de nouveaux virus. D’ailleurs l’ostréiculture industrielle est depuis longtemps une activité nomade: quand des mortalités excessives surviennent, on déplace les stocks ailleurs.

Ce n’est donc pas une exploitation durable. Il faut pousser la recherche dans le domaine. L’étude du potentiel d’oxydo-réduction, qui semble également intéresser certaines recherches en médecine humaine, lui semble une voie de recherche prometteuse : M Le Bitoux a pu constater qu’une baisse de ce potentiel pouvait être concomitante à des mortalités inhabituelles dans le cas des crevettes (en Équateur).

C’est pour cela que la possibilité d’une aquaculture de grande échelle ne pourrait être tirée d’une expérience limitée qui pourrait être faite (et réussie) dans un coin de l’étang de Berre : on oublie de penser aux pollutions induites qui sont négligeables en phase d’essai et deviennent difficiles à surmonter en phase de production – puisque l’épuration représente un coût oublié !

Mais le problème des mortalités d’huîtres (et plus récemment de moules) est aussi sociologique. D’un coté les « industriels » souhaitent éviter tout ce qui pourrait les affaiblir. De l’autre les administrations et les chercheurs semblent désorganisés : chacun(e) vit dans sa bulle. Cette structuration sociologique semble bloquer toute initiative pour sauver l’ostréiculture française et participe, en fin de compte, à l’épidémie.

Pourtant des alternatives existent : il existe heureusement encore des ostréiculteurs « traditionnels » qui en travaillant à moindre densité, gèrent mieux leur écosystème et dont les élevages sont alors moins touchés quand ils sont suffisamment éloignés des sites « industriels ».

Les mortalités ostréicoles et maintenant mytilicoles sont une « pathologie écologique » que personne ne veut prendre en compte économiquement. Il faut à un moment choisir entre biodiversité (et tourisme) et « exploitation industrielle » avec les rejets qu’elle implique.

Intervention n°7:

Elisabeth Tempier, secrétaire de la Prud’homie de pêche de Sanary/mer, rédactrice pour « l’Encre de Mer » : revue et blog,
« La Prud’homie comme garante d’une pêche Durable »
(Cette intervention avait un support visuel, que nous ne pouvons malheureusement diffuser)

Résumé :

Les prud’homies sont une institution très ancienne, remontant en Provence au moins au 15ème siècle. Elles sont spécifiques à la Méditerranée, caractérisée par des zones de pêche restreintes du fait de l’étroitesse du plateau continental. Grâce à leur polyvalence, les pêcheurs exercent différents « petits métiers », soit encore des techniques de pêche sélectives adaptées aux migrations littorales saisonnières. Par la réglementation de droits d’usage, les prud’homies limitent la spécialisation des pêcheurs et l’intensification des techniques. Les Prud’homies cumulent des attributions réglementaires, juridictionnelles et disciplinaires à l’égard des patrons pêcheurs exerçant sur leurs territoires. Reconnues par tous les rois de France, elles sont abolies à la Révolution, comme toutes les corporations, mais rétablies par l’Assemblée Constituante qui autorise même les ports non dotés de prud’homies à en créer. Actuellement, le littoral est réparti en 33 prud’homies, de Port-Vendres à Menton, Corse incluse. Les Prud’homies gèrent la pêche sur la base de principes communautaires : « Tout le monde doit pouvoir vivre de son métier, il faut éviter qu’un métier n’en chasse un autre, il faut laisser reposer les espèces ou les zones alternativement… ». Sur cette base-là, elles donnent la priorité aux techniques les moins efficaces, et organisent une répartition des droits d’usage dans le temps et dans l’espace pouvant aller jusqu’à un tirage au sort et un tour de rôle pour des postes de pêche spécifiques. La côte étant peuplée, les apports de cette pêche artisanale sont bien valorisés sur les marchés locaux.

A partir des années soixante, suite à l’industrialisation des pêches en Méditerranée et à une politique productiviste qui privilégie les entreprises les plus compétitives sur un marché ouvert, les prud’homies sont désavouées par leur tutelle ministérielle. Il en résulte une segmentation de la flotte marquée par la construction de grandes unités et la relative spécialisation de petits métiers. La gestion prud’homale perdure pour l’organisation de la pêche aux petits métiers en lagunes ou dans la bande côtière.

Avec la Politique Commune des Pêches amorcée à la fin des années 80 en Méditerranée, on assiste, d’une part, à un renforcement productiviste concrétisé par la construction d’une puissante flottille thonière, d’autre part, à l’émergence de lobbies environnementalistes dont les messages simplistes et généralistes visent à protéger certaines espèces (dauphin, thon rouge…) ou à interdire certaines techniques (filets dérivants…). En limitant les espèces et les techniques, cette politique réduit la polyvalence des pêcheurs qui est la base de cette logique artisanale et de cette gestion prud’homale. Depuis quelques années, on observe même une coalition entre ces deux partis productivistes et environnementalistes, avec le financement d’ONG environnementalistes par de grandes fondations américaines liées aux multinationales. La politique menée par ces fondations vise à privatiser les droits de pêche au profit des industriels, à créer de grandes réserves exemptes de pêche mais non d’activités touristiques, minières ou énergétiques, voire à prendre le contrôle des pêches (sous prétexte notamment d’éradiquer la pêche illégale) en lieu et place des Etats. La gestion des pêches en Europe, plutôt que de favoriser la compétitivité de grands armements, ou celle de groupe d’acteurs (environnementalistes…), pourrait se tourner vers la compétitivité de régions multisectorielles plus ou moins spécialisées. C’est dans cette dynamique, la plus efficace et la plus efficiente, que la gestion prud’homale, au sens d’une gestion territoriale, prendrait toute sa place en contribuant très favorablement à la spécialisation touristique et résidentielle du littoral : apports de produits de qualité, animation portuaire, ancrage culturel et historique, participation à la gestion littorale…

Intervention n°8:

Guy Imbert, océanologue, conseiller scientifique de la Coordination des Pêcheurs de l’étang de Berre pendant le contentieux qui a mené à la condamnation d’octobre 2004.
« Les combats juridiques de la coordination des pêcheurs »
(Cette intervention n’avait pas de support visuel et, du fait de l’absence excusée de Jean-Claude Bourgault, président de la coordination des pêcheurs entre 1998 et 2006 ainsi que de l’heure avancée, cette intervention a été limité. Seuls quelques points importants ont été rappelés)

Résumé :

Le combat juridique fut certes décisif, mais il s’inscrit dans un combat beaucoup plus long dont il est important de rappeler quelques épisodes tout aussi essentiels et parfois moins connus même de militants impliqués :

  • L’action des pêcheurs et des associations qui a mené au référendum d’initiative populaire de 1991 tenu dans les 10 communes du tour de l’étang qui a plébiscité l’arrêt des rejets.
  • L’action du député Olivier Darason qui a fait voter par le parlement en 1994, au détour d’une loi plus générale, la récupération de leur droit de pêche par les pêcheurs de l’étang de Berre.
  • L’action de la ministre de l’environnement Dominique Voynet qui, pour y voir plus clair dans un dossier très opaque (cadenassé par EDF et souvent traité directement par Matignon) a commandité une étude par les Ponts et Chaussées. Leur rapport a totalement démonté l’argument d’EDF du caractère irréductible des rejets d’EDF en ramenant la limite de «  sécurité électrique » de la région en cas de panne sur centrale nucléaire dans la vallée du Rhône à 300 000 m³/an. Ce rapport eut une importance déterminante dans le combat juridique.

Mais un personnage se détache néanmoins du combat général : Daniel Campiano. Il était prêtre d’une paroisse de Martigues (la Couronne), mais également pêcheur et même 1er prud’homme de la Prud’homie de Martigues. C’est lui qui, à force de chercher et de mobiliser autour de lui, a su grouper les pêcheurs (chose pas si facile) et trouver les personnes qui lui ont indiqué la procédure juridique gagnante, sous forme de « tenaille » :

  1. une action juridique au niveau français, dont on savait dès le départ qu’elle serait infructueuse, les juges allant « fatalement » se déclarer incompétents face à cette pollution liée à un aménagement du territoire qui avait fait l’objet d’une loi (celle de 1955 d’aménagement de la Durance)
  2. une autre action au niveau européen, qui a pu démarrer à la fin de la première, au nom de textes internationaux (convention de Barcelone et protocole d’Athènes) de protection de la Méditerranée

Daniel Campiano est mort en 1997, juste après avoir déposé les deux plaintes, mais avec la certitude d’avoir trouvé la faille juridique et d’avoir lancé une action décisive. Il mériterait un hommage bien au delà des cercles militants.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s