Publié par : pascal bazile | 22 octobre 2014

Comparaison avec la forêt de Castillon et jardinage citoyen de la nature

Voilà a priori la dernière comparaison de notre étang de Berre avec quelques autres biotopes (enfin, tout ou tard on vous parlera du golfe de Fos et de Carteau, mais pas tout de suite). Le but de ces comparaison plus ou moins osées était, rappelons-le, de faire mieux comprendre un aspect ou un autre de notre étang.

Cette dernière comparaison est faite avec une forêt locale : la forêt de Castillon, qui se situe sur les communes de Port de Bouc et de St Mitre les Remparts. Beaucoup de nos adhérents connaissent bien cette forêt parce que, même si nous faisons des efforts pour en gagner du coté de la Durance, c’est encore encore sur les communes de la rive ouest de l’étang de Berre que la majorité de nos adhérents habite. Ils la connaissent parce que la forêt de Castillon est un lieu de promenade très fréquenté par les familles, et encore plus par les sportifs (VTT, footing…). Elle est aussi connue parceque s’y trouve le site archéologique de Saint-Blaise. De ce fait certains l’appellent abusivement forêt de St Blaise.

Pourquoi comparer un étang et une forêt?

Une telle comparaison n’est pas née dans notre esprit. Elle a été faite de nombreuses fois par des écologues, et on la trouve, par exemple, dans le livre sur la baie de Chesapeake dont nous avons parlé récemment.

L’idée est qu’une forêt, comme une grande étendue d’eau, doit être gérée dans le temps long (au moins 50 ans). Ainsi, de même que personne ne s’attendrait qu’une forêt qui a brûlé ne retrouve en 5 ou 10 ans l’aspect qu’elle avait avant l’incendie, il ne faut pas attendre d’un étang soumis à une catastrophe écologique qu’il se remettre bien vite. Par exemple, si on retirait le sel de l’étang de L’Engrenier, combien de temps mettrait il pour se « stabiliser » (si tant es qu’un tel étang puisse jamais se stabiliser)?

Mais autant qu’une forêt, on aurait pu choisir comme comparaison « terrestre » les prairies de Foin de Crau, dont notre administrateur (et producteur de foin) André Faure aime à rappeler « qu’il faut 100 ans pour faire une bonne prairie ».

Le temps, donc, la nécessité pour l’observateur ou le gestionnaire de penser à long terme, rend la comparaison pertinente. Mais la comparaison vaut aussi parce que de nombreux adhérents de l’association ne chausseront jamais masque et tuba pour aller explorer l’étang sous sa surface, alors que tout le monde ou presque va régulièrement ou facilement se promener en forêt, avec un œil plus ou moins attentif.

Présentation rapide de la Forêt de Castillon

Géographiquement cette forêt se trouve entre Istres au Nord et Port de Bouc au sud, Fos/mer à l’ouest et Saint-Mitre les Rempart à l’est. Et de manière plus originale, elle est coincée entre 4 « petits » étangs : Lavalduc au nord-ouest et L’Engrenier au sud-est, qui servent de réservoir à saumure (en gros 200 g/L) depuis les années 60 (voir ici), Pourra au sud-est, étang d’eau douce et peu profond, largement gagné par les roselières, et qui est très fréquenté par les oiseaux (il est devenu depuis peu propriété du conservatoire du littoral et des espaces lacustres). Et enfin Citis au nord-est, bel étang d’eau douce privé.

forêt de castillon annotée 1

La forêt de Castillon n’est pas uniforme: on distingue nettement sur le cliché Google Earth ci-dessus 3 grandes clairières (anciens vergers de mûriers, d’oliviers, pâturages…). Les parties boisées ne sont pas très anciennes, le fait qu’elles soient très majoritairement composées de pins d’Alep, auxquels s’ajoute une minorité de chênes verts, le prouve. On y voit également d’anciennes restanques à de nombreux endroits .

Succession écologique

Quand un biotope est dévasté (l’exemple classique est celui des rives d’une rivière après une grande crue) on observera dans le temps ce que les biologistes ou les écologues appellent une succession écologique : d’abord des plantes dites pionnières colonisent tout l’espace, puis arrivent des plantes intermédiaires, puis des arbustes, puis des arbres à vie courte et enfin des arbres à vie longue, les chênes en Europe. Chaque couche s’ajoute à la précédente plus qu’elle ne la remplace. A la fin de la succession écologique, une centaine d’année minimum, on a atteint le climax, normalement associé à un maximum de biodiversité, en plantes mais aussi en champignons, insectes; animaux etc…, la succession écologique ne valant pas que pour les plantes. Quand un tel climax est atteint on parle de forêt primaire. Il n’en existe plus d’exemple en France et seulement de très rares en Europe, la forêt de Białowieża de Pologne étant considérée comme une des seules.

Pour les successions écologiques de nos deux espaces, on peut proposer le tableau suivant, pour les arbres dans le cas de la forêt et les macrophytes dans le cas de l’étang (comme d’habitude dans ce blog, si un lecteur trouve que c’est faux, il n’hésite pas à faire un commentaire!!):

Forêt de Castillon Etang de Berre
Espèces pionnières dominantes Pins d’Alep Ulves
Espèces intermédiaires Chênes verts,
Erables de Montpellier,
Frênes à fleurs (et sans doute d’autres…)
Gracillaires ?(et sans doute d’autres…)
Espèces dominantes au climax Chênes pubescents Zostères

Évidemment, s’il reste quelque part dans notre espace (ou autour) quelques exemplaires des plantes dominantes du climax d’avant la catastrophe écologique, leur recolonisation sera plus rapide.

Or c’est là où la comparaison Berre/Castillon devient amusante, c’est que les 2 sont relativement isolés et

  • le GIPREB a toujours parlé de 2 herbiers reliques de zostères dans tout l’étang de Berre (voir ici)
  • et que, à notre connaissance, il reste 2 chênes pubescents « reliques » dans toute la forêt de Castillon, leur emplacement est indiqué ci-dessous (point GPS à venir) et leurs photos sont en fin d’article

castillon zoomé 2 annotée

Le « Jardinage » des gestionnaires

On appellera ici « jardinage » tout ce que l’homme peut faire pour « améliorer » la nature. En l’occurrence, que ce soit sur la forêt de Castillon ou l’étang de Berre, il n’y a pas vraiment d’exploitation : le bois n’est pas exploité sur Castillon, c’est une forêt d’agrément, et dans le cas de Berre il n’y a pas non plus de parcelles ni de plan défini de production de quoi que ce soit.

Mais, selon les théories généralement admises en écologie, le climax est à rechercher car c’est l’état le plus stable et le plus résilient (maladies, feu, invasion d’espèces…). C’est aussi le plus productif (si on le ponctionne sans le déséquilibrer) en particulier grâce à toutes les symbioses que permet sa riche biodiversité. Si on veut que le milieu naturel soit stable voire « produise », le gestionnaire aura intérêt, selon ces théories, à faire atteindre tendre le milieu vers le climax, en aidant si besoin.

Sur Castillon, l’ONF doit avant tout éviter les incendies. Une forêt de chênes pubescents brûle moins qu’une forêt de pins d’Alep ou de chênes verts. Donc l’ONF a intérêt à éclaircir les pins, et à planter des chênes pubescents. Pour les autres feuillus on admet généralement qu’ils améliorent les sols. Or si les zones d’éclaircissements se multiplient ces dernières années (on en a indiqué quelques zones sur la carte ci-dessus), les tentative de plantations de feuillus ont été rares.

Sur le même plan, le GIPREB n’a fait qu’une tentative de « jardinage » : les plantation de zostères de 2009, dont nous avons déjà parlé (voir ici, encore).

Forêt de Castillon Etang de Berre
Gestionnaire ONF GIPREB
« Jardinage » tenté Eclaircissement pins (nombreuses zone)1 zone de plantations de feuillus: érables de Montpellier, frênes à fleurs (« chemin des feuillus » sur notre image)

1 zone de Plantations chênes pubescents (près du Pourra)

Plantation zostères sur 6 sites en 2009

Le jardinage citoyen

On peut évidemment se plaindre que l’ONF ou le GIPREB ne vont pas assez vite. Mais peut-on concrètement faire quelque chose?

Dans le cas de l’étang de Berre, le cas concret des replantation de zostères sera abordé avec Mme Sougy, présidente de l’association les Jardiniers de la Mer, dans l’intervention qu’elle fera pour nous le 29 novembre prochain (2014). Cette intervention aura lieu dans le cadre de rencontres que nous sommes en train d’organiser et qui seront pour nous l’occasion de marquer le 10ème anniversaire de la condamnation (par la Cour de Justice Européenne) de la pollution de l’étang par les rejets EDF. On vous en reparlera évidemment sous peu (article, flyers, mails etc…)
Il est possible que les zostères naines (Zostera noltei) se multiplient déjà bien naturellement (on en discutera) mais pour les Zostères marines (Z.marina) là tout reste à faire.

Dans le cas de la forêt de Castillon, c’est beaucoup plus facile :

  1. passez à côté des 2 chênes pubescents,
  2. ramassez en quelques glands et
  3. replantez les ailleurs dans la forêt…

C’est le « travail » que font normalement les geais des chênes, mais ces oiseaux ont dû disparaitre en même temps que les chênes pubescents, il est bien rare (mais ça arrive) d’en croiser à Castillon. Donc on a tout intérêt à jouer leur rôle. Et si vous amenez des glands de chênes pubescents venus d’ailleurs, ce sera encore mieux car ça augmentera la diversité génétique.

Si vous savez faire l’équivalent pour les autres feuillus (Erables, Frênes…) n’hésitez pas, ça ne sera que bénéfique!!

Sur le sujet de la régénération des forêts méditerranéennes, nous apprécions beaucoup le travail de l’Association pour le Reboisement et la Protection du Cengle Sainte-Victoire, dont nous vous invitons à visiter les sites (Internet et… de reboisement!). Leur but, après le grand incendie de 2003 , était d’expérimenter un reboisement directement en feuillus, sans passer par l’étape « pin d’Alep ». Les forestiers que nous avons rencontrés ailleurs, surtout de l’INRA, pouvaient être dubitatifs (« ils sont anti pins d’Alep ») mais la réussite nous semble être là.

Conclusion:

On compte sur vous pour

  • aller glander dans la forêt de Castillon (c’est un travail sérieux!!!) ou faire l’équivalent sur les autres feuillus, si vous savez faire
  • venir le 29 septembre prochain à Saint-Chamas discuter si on peut faire l’équivalent dans l’étang avec les zostères

Annexe (photos) :

chêne pubescent A

chêne pubescent « relique » A

chêne pubescent "relique" B

chêne pubescent « relique » B (nous essaierons de le photographier à une autre saison pour mieux le distinguer)

 

"chemin des feuillus" - feuillus plantés par l'ONF il y a 5 ans (estimation)

« chemin des feuillus » : feuillus plantés par l’ONF il y a 5 ans (estimation) de part et d’autre du chemin

chemin feuillus - feuillus plantés par l'ONF il y a 5 ans (estimation)

« chemin des feuillus » : feuillus plantés par l’ONF il y a 5 ans (estimation) de part et d’autre du chemin

plantation de chênes pubescents près du Pourra (âge estimé 10 ans)

plantation de chênes pubescents près du Pourra (âge estimé 10 ans)

 

parcelle de pins éclaircie (1 an environ)

parcelle de pins éclaircie (1 an environ)

parcelle de pins éclaircie (3 ans environ)

parcelle de pins éclaircie (3 ans environ)

à gauche du chemin une parcelle de pins non éclaircie (près du Pourra)

à gauche du chemin une parcelle de pins non éclaircie (près du Pourra)

jeune chêne supposé pubescent (au moins caducifolié) récemment coupé en partie nord du "chemin des feuillus". Erreur? essence non souhaitée? Si quelqu'un a l'explication... (un peuplier d'Italie a également été coupé dans cette zone...)

une mauvaise note pour finir: au premier plan les reste d’un jeune chêne (caducifolié, supposé pubescent) récemment coupé en partie nord du « chemin des feuillus ». Erreur? Espèce non souhaitée? Si quelqu’un a l’explication…

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