Comparaison avec l’étang du Vaccarès et croissance des zostères

Comme avec l’étang de Thau, il faut nous garder de tirer trop de conclusions de comparaisons entre lagunes (ou assimilées) qui sont toutes différentes. Néanmoins prendre un modèle peut nous aider à mieux réfléchir sur notre propre cas.

L’etang du Vaccarès est ainsi un modèle intéressant, car il est proche géographiquement et chacun peut aller le voir (au moins sur sa rive, car il est classé réserve naturelle) et il est possible d’appréhender un fonctionnement qui lui a fait subir des variations de salinité qu’on peut comparer à celles qu’a subi l’étang de Berre.

On doit noter qu’il est plus petit (6500 ha contre 15500 ha) et surtout moins profond (2m maxi contre 9m) que l’étang de Berre, les variations thermiques, par ex, sont donc encore plus violentes.

Présentation rapide de la Camargue et de l’étang du Vaccarès:

L’étang du Vaccarès est le plus grand des étang de Camargue. Il est aussi le plus septentrional. Ses limites au nord, à l’est et à l’ouest sont assez bien marquées, par contre sa limite sud est assez théorique, il communique en effet à ce niveau de manière très importante avec des étangs adjacents, dit « inférieurs », qui se succèdent jusqu’à la mer. Néanmoins les échanges des étangs inférieurs se font surtout via des ouvertures à travers une digue.

étang vaccarès001La Camargue a l’image d’une région assez naturelle. Elle a pourtant été depuis longtemps travaillée par les hommes et son état actuel, et a fortiori l’état de l’étang du Vaccarès, est le résultat plus ou moins équilibré entre différentes actions naturelles et humaines.

L’actuel delta du Rhône est le comblement de l’ancienne vallée du Rhône depuis la remontée de la mer à la fin de l’ancienne glaciation (il y a 12000 ans). Depuis, comme tout delta à niveau de la mer égal, le trait de côte avait tendance à avancer, l’apport de matériaux solides par la Rhône étant un peu supérieur à son évacuation vers le golfe du Lion à l’ouest par les courant marins. Qui visite Aigues Mortes dont les navires sont partis pour les croisades du 13ème siècle peut mesurer la progression du trait de côte. Aujourd’hui malgré des progressions locales (Beauduc ou They de la Gracieuse semble t’il) on assiste à un recul net (même très net aux saintes Maries de la Mer par ex), que notre association attribue plus à l’aménagement du Rhône et de la Durance (diminution des alluvions) qu’à la hausse du niveau de la mer du au réchauffement (peu visible encore sur l’étang de Berre par exemple). Enfin, selon la force du fleuve, le sel marin remonte plus ou moins au nord, dans le fleuve (coin salé) ou la nappe associée.

Jusqu’au 19ème siècle, le Rhône pouvait changer de lit (après une crue), il a été depuis canalisé sur 2 bras : le grand Rhône à l’est et le petit Rhône à l’ouest. A l’intérieur de ces 2 bras, dans ce qu’on appelle la Grande Camargue et un peu sur l’extérieur, on pratique l’agriculture par irrigation sur des terrains logiquement particulièrement plats, mais néanmoins avec une pente du nord vers le sud (le Rhône à Tarascon variant entre 2m et 8m en crue moyenne).

D’un point du vue humain, l’agriculture et les salins expliquent largement le paysage actuel. Au nord, sur la partie la plus haute et la moins salée la culture majoritaire est le riz, qui demande beaucoup d’eau. Cette culture régresse un peu ces dernières années mais reste majoritaire. Plus au sud ou plus loin du fleuve on trouvera les élevages de chevaux et de taureaux, et près de la mer vers Salin de Giraud se trouvaient jusque récemment des salins géants, avec une digue pour les protéger.

Les variations de sel sur l’étang du Vaccarès

Les données utilisées dans cette partie viennent d’une étude scientifique de la station biologique de la Tour du Valat datant de 1996 et d’une autre étude de 1992 se concentrant sur la salinité mais étudiant une période plus longue.

On trouve dans ces études les variations de salinité suivantes:

salinité vaccarès001salinité vaccarès002La brutale baisse de salinité du début des années 1950 correspond au rapide développement de la riziculture (mise au point, indiquons-le, par des travailleurs forcés indochinois auxquels on a tardé à rendre hommage)

Sa hausse dans les années 1980 semble être due à plusieurs facteurs : affaiblissement de la digue à la mer, baisse relative de la riziculture, entrée volontaire d’eau de mer dans les étangs inférieurs pour y développer l’aquaculture, baisse des précipitations… Les deux derniers facteurs n’ont pas duré et la salinité est ensuite un peu retombée.

Depuis, ces variations de sels dans l’étang et les variations induites de la biocénose (voire partie suivante), jugées inacceptables, ont été à l’origine des études scientifiques déjà citées, puis de modélisations (voir par ex ici). Ces travaux ont fini par aboutir à une organisation ayant pour but la régulation de la salinité du Vaccarès dans des limites raisonnables (= acceptables écologiquement et économiquement), avec comme consigne 20 g/L semble t’il, en jouant sur les pertuis de la digue à la mer. En tous cas la stabilité de la salinité de cet étang a fait et fait encore l’objet de beaucoup d’attention et de réunions diverses.

Le retour des zostères

Comme indiqué sur la seconde courbe, es zostères sont réapparu dans l’étang de Vaccarès à partir de 1983. L’étang avait été jusqu’en dans sa phase « douce » dominé par des espèces aimant cette eau douce (surtout Potamogeton pectinatus) et logiquement peuplé de poissons d’eau douce, mais à partir de 1980 le potamot régressait. En 1984 on estimait déjà la surface colonisée par les zostères à 3000 ha. En 1995, elle était de 4300 ha. On y trouvait logiquement aussi des poissons d’eau saumâtre.

salinité vaccarès003Aujourd’hui les zostères dominent toujours l’étang du Vaccarès, chacun peut le voir en examinant la laisse de mer, composée quasi uniquement de zostères naines, comme sur la photo suivante prise en face de la Capelière, un des rares endroits où on peut approcher cet étang.

017 red

Conclusion et comparaison avec l’étang de Berre

Avec un décalage de 20 ans, l’histoire de la salinité du Vaccarès puis le même choix (si j’ai bien compris) d’une consigne à 20 g/L sont similaires avec celles de l’étang de Berre. En effet si pour l’Etang de Berre il s’agit en théorie d’une limite basse que doit respecter EDF, dans les faits EDF « régule » juste au dessus de 20 g/L avec une remarquable efficacité…

De ce fait, la rapidité de la recolonisation du Vaccarès par les zostères avait laissé espérer à certains biologistes une vitesse assez rapide sur l’étang de Berre. Il n’en a rien été.

Les profanes tireront néanmoins de la comparaison qu’une salinité de 20g/L convient parfaitement aux zostères. Il n’est pas utile pour le développement de cette plante qui dominait l’étang de Berre au début du 20ème siècle d’avoir une salinité supérieure. Les études prétendent même que la salinité idéale pour la germination des zostères se situe vers 10g/L! L’étude de 1996 conclut que le facteur déterminant pour leur développement est la luminosité. Nous ajouterons que les zostères peuvent supporter des taux non négligeables de pesticides et de nitrates issus de la riziculture.

Nous n’avons pas d’explications pour la différence de vitesse de reconquête. Elle vient peut-être du fait que la colonisation du Vaccarès a pu être effectuée par les herbiers plus grands et plus fonctionnels venus de la mer (il y en a dans le golfe de Beauduc par ex). Sur Berre les grands herbiers les plus proches sont dans l’anse de Carteau, donc assez loin dans le golfe de Fos, et les herbiers reliques de l’étang de Berre étaient très petits. Dans le Vaccarès elles ont peut-être profité d’un terrain vierge (déserté par le potamot 1 ou 2 ans plus tôt) alors que dans l’étang de Berre elles trouvent dans les ulves et les gracillaires de rudes compétiteurs…

Néanmoins les exemples

montrent que la recolonisation des zostères est en marche. Plus lente certes, mais réelle.

Trajet de la 1ère vidéo de l’anse du Ranquet et emplacement de la seconde:

trajet vidéo

 

 

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