Publié par : pascal bazile | 21 juillet 2014

Comparaison avec l’étang de Thau et étude de reclassement sanitaire

Comparaison n’est pas raison, dit on parfois, et il faut effectivement parfois se méfier des comparaison hâtives. Néanmoins beaucoup de sciences, sociales notamment, fonctionnent par « modèle », qui ne sont jamais que des cas d’école qui peuvent aider à analyser une situation plus complexe.

Le présent article est ainsi le premier d’une série qui permettra peut-être à certains lecteurs de mieux comprendre le fonctionnement de l’étang de Berre, et d’aborder un point particulier comme ici le classement sanitaire.

Commençons par une petite carte. L’Etang de Thau est situé dans l’Hérault, en gros de l’autre coté de la Camargue par rapport à l’étang de Berre

etang de Thau_carte

Qui dit comparaison dit souvent tableau, nous vous proposons le suivant:

Berre

Thau

Surface

155 km2
15 500 ha

75 km2
7 500 ha

Profondeur moyenne (m)

6

4,5

Volume (m3)

900 millions

340 millions

Communicationsavec la mer

Canal de Caronte (9m de profondeur depuis 1925)
Canal du Rove entre 1927 et 1963

2 graus + les canaux de Sète

Principaux tributaires naturels

Arc
Touloubre
Cadière (via le Bolmon)

Bise

Autres arrivées d’eau

Canal EDF
Précipitations, ruissellement
Canaux irrigations

Précipitations, ruissellement

salinité

Régulée depuis fin 2005
généralement entre 20 et 25g/L

Moyenne 35g/L
(variations 30-40)

Biodiversité
Indice M-AMBI (2009)
(macrofaune benthique)

Berre –Sud = 0,6
Berre-Nord = 0,6

Thau-Ouest = 0,87
Thau-Est = 0,77

Biodiversité
Indice MISS-TW (2009)
(macrofaune benthique)

Berre –Sud = 0,56
Berre-Nord = 0,6

Thau-Ouest = 0,6
Thau-Est= 0,9

Moules et huitres sauvages

Aucune huitre plate
Moulières en expansion nette depuis 2005
Dragage de naissains autorisé depuis 2008

Huitres plates présentes
exploitation arrêtée (?)

Surface d’herbiers de zostères (et type)

1 ha
(
Seulement Z. noltii)

2 500 ha
(Z. noltii + Z. marina)

Nb d’emplois en conchyliculture

50 droits de dragage des moules sauvages depuis 2008

2.000

Production d’huitres d’élevage

0

 

12.000t
3.000t (1980)

Production de moules d’élevage

0

3.000t
5.000t (1980)

Plans de protection/gestion

Contrat d’étang (2013 -2018) : budget 35 million d’euros

SCOT
SAGE
Natura 2000
Contrat de gestion intégrée (2012-2017) budget 500 millions €

Principal organisme gestionnaire

GIPREB

SMBT

 

On peut classer les différences en 2 catégories: celles relatives à la biodiversité et celles sur l’organisation humaine:

Biodiversité : « attention aux oursins! »

Avec 1/3 de sa surface de Thau recouverte d’herbiers de zostères, contre 0,01% de celle de Berre, c’est un monde de différence. Si vous vous baignez dans l’étang de Thau, vous risquez d’entendre « attention aux oursins », phrase que seules les personnes âgées se souviennent d’avoir entendu autour de l’étang de Berre.

Les photos ci-dessous, prises dans un site de l’étang de Thau particulièrement riche, donnent un aperçu de la biodiversité possible dans une lagune salée : oursins, murex, nudibranches, spirographes, grande variétés d’anémones et d’éponges, huitres plates… De tels sites rappelleront aux anciens ce que l’étang de Berre a pu proposer entre les années 1920 et 1960, quand il était particulièrement marin et malgré la pollution industrielle assez lourde des raffineries (même si les zostères reculaient depuis le début du XXème siècle et que les poissons avaient parfois goût de mazout). On peut même parfois lire que la biodiversité de Berre état supérieure.

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Les lecteurs habitués du blog se rendront facilement compte que sur les photos prises dans l’étang de Berre actuellement, où que ce soit, la biodiversité est bien inférieure. Les moules, les ulves et les gracillaires sont quasiment omniprésentes. En plongeant dans l’étang de Thau, on comprend la nostalgie ou la colère (souvent les deux) de ceux qui ont connu l’étang de Berre avant 1966 et les rejets massifs d’eau douce d’EDF.

Si nous restons dans l’étang de Berre à une salinité de 20-25g/L, nous n’aurons peut-être jamais la biodiversité de Thau. L’étang de Berre sera différent, un « étang nouveau » en somme, mais le retour des zostères ou des huitres nous parait possible, avec éventuellement un coup de pouce des hommes.

La conchyliculture et le rêve d’un reclassement de l’étang de Berre:

Mais justement là où les deux étangs différent peut-être le plus, c’est dans l’organisation humaine, ce qui en fait des « socio-écosystèmes » très différents.

La pêche représente dans l’étang de Berre à peine une centaine d’emplois, contre 2000 (surtout de conchyliculture) sur l’étang de Thau, pourtant deux fois plus petit. Ce chiffre est important en ces temps de chômage où les chantages à l’emploi sont fréquents de la part de grandes entreprises, industrielles encore parfois pour refuser d’investir, mais surtout de la grande distribution ou de la logistique. Des promesses rarement tenues mais que les élus relayent trop souvent. La culture de la conchyliculture de l’étang de Thau, ses restaurants et son industrie de transformation associée, font rêver.

Sur Berre le ramassage des coquillage est encore interdit. Non que les mesures de toxines bactériologiques ou de taux de polluants soient mauvaises : elles n’étaient jusque récemment pas faites (ou pas publiées, mais nous pensons qu’elles n’étaient pas faites). Cependant on sait que le ramassage des palourdes a lieu, y compris pour la revente, parfois par des pêcheurs venus de Sète (2014-01-17_Le_braconnage_des_palourdes_dans_l_etang). Des verbalisations ont parfois lieu, avec invitation d’une équipe de télévision pour rappeler l’interdiction.

Si on lit bien l’article ci-dessus, le GIPREB discute avec les Affaires Maritimes le principe d’une étude de 2 ans pour un éventuel reclassement de l’étang. A part en face des anciens sites industriels (Poudrerie de Saint-Chamas, Berre-Vaïne…) nous serions surpris que les taux de polluants organiques persistants ou de métaux lourds de l’étang de Berre soient plus élevés qu’ailleurs, et soient même détectables. Quant aux toxines liées à des bactéries, nous serions également surpris qu’elles soient plus fréquentes qu’ailleurs en Méditerranée.

Si une telle étude devait déboucher sur un reclassement de l’étang, quel basculement culturel! Nous en avons eu les prémices par la réouverture des plages à la baignade à partir de 2008. Une commune y a cru (Vitrolles) et son maire a pris un certain risque (que n’aurait on pas dit si des infections avaient eu lieu?) mais il a gagné. D’autres communes ont embrayé (Istres notamment) et s’en félicitent. Il est stupéfiant et réjouissant de voir ces communes redécouvrir leur rives de l’étang, et les possibilités qu’elles offrent.

Si l’étude sanitaire confirme qu’un reclassement est possible, il faudra un minimum de courage aux élus ou aux fonctionnaires pour signer le reclassement. A notre avis, celui qui s’investira dans ce projet et le mènera à terme gagnera un grand prestige.

Le croiriez-vous, le contrat d’étang de Berre ne comporte pas de budget pour cette étude? Son volet « développement des usages » ne parle que de baignade, de nautisme et de sentiers côtiers. Cela démontre à notre avis le manque de « vision » de la présidence actuelle du GIPREB, accrochée à son projet de dérivation et refusant aveuglément de voir les progrès actuels et les possibilités déjà offertes. Si des élus croient à une telle étude dès maintenant, il va leur falloir trouver un budget. Nous attendons les élus qui s’investiront. Nous les soutiendrons.

Un tel reclassement et basculement culturel ferait tout changer d’échelle. Le budget du contrat de gestion intégrée de Thau est de 500 millions d’euros quand le contrat d’étang de Berre plafonne à 35 millions. Mais on parle de milliers d’emplois, et d’un changement d’image de l’étang de Berre, à la fois pour ses habitants et l’extérieur, d’une autre dimension que celui que les mesurettes du contrat actuel sont censées apporter.

L’étude souhaitée peut déboucher sur un échec, ce qui serait à la fois une surprise et une énorme déception, mais il est temps de la faire. Même le GIPREB semble le reconnaître… sous la pression directe ou indirecte de pêcheurs, ce qui nous rappelle quelque chose.

Conclusion : conchyliculture et biodiversité

Une conchyliculture maîtrisée peut être favorable à la biodiversité, car elle peut aider l’étang à « digérer » ses apports en nutriments qui restent importants. Ce sont justement ces apports qui font qu’une lagune (ou assimilée) comme les étangs de Thau ou de Berre sont plus productifs que la mer. Si la mer Méditerranée est si bleue, c’est qu’elle est pauvre en plancton à cause d’un déficit de nutriment: elle produit peu. Les étangs sont plus riches en partie naturellement (apport des rivières) en partie désormais à cause de l’homme. Si les apports humains (ou dit parfois aussi anthropiques) sont trop riches, on parle d’eutrophisation avec une dégradation biologique. Mais si ces apports ne sont pas trop importants (et toute la discussion est là…), alors ils peuvent être compensés par une production supérieure. C’est là que la conchyliculture peut jouer un rôle positif pour la vie de l’étang. La conchyliculture de l’étang de Thau participe à son équilibre, un conchyliculture sur Berre pourrait aider.

Et si c’est le cas, ce serait une folie, et même indigne, de passer à côté.

 

Encart « publicitaire » : Pour ceux qui souhaiteraient plonger dans l’étang de Thau, l’apnée que je pratique dans l’étang de Berre me semble l’idéal, et c’est ce que propose Sophie Fallourd. Les photos de l’article ont été prises dans le cadre d’une sortie naturaliste qu’elle m’a organisée. Choix du site, compétence en biologie et en photographie sous-marine… je ne peux que recommander. Et en plus sur le site de sa structure, et en tapant sur l’onglet « Youtube », vous verrez la vidéo qu’elle a tournée lors de notre plongée – lien direct ici.
Ci-dessous ma photo de Sophie prise lors de la plongée:

sophie fallourd

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