LAGUN’R ou les libertés éditoriales du GIPREB

Nous ne souhaitons pas faire une fixation sur le GIPREB. Le plus logique aurait été que nous collaborions, mais à partir du moment où nous avons été maintenus hors de toutes les structures de concertation (laissés hors du GIPREB lors de sa création sous sa forme de Groupement d’Intérêt Public en 2000, laissés hors du Comité d’Etang -censé remédier aux manquements démocratiques du GIP- lors de sa création en 2008, jamais invités à quelque présentation que ce soit) nous sommes réduits à juger de son travail en lisant régulièrement son site internet, et plus encore ses publications papier.

Evidemment, une telle situation n’encourage pas à la complaisance. Or nous pensons que le jugement du travail des structures publiques est (ou devrait être) une des fonctions premières des associations. En tout cas notre association considère que c’est une part importante de son travail. Sans contre-pouvoir effectif, n’importe quelle structure publique dérive vers l’autocratie ou au moins une tendance à l’autopromotion. Le GIPREB ne fait certainement pas exception.

Le présent article est ainsi une réaction au dernier « Visions d’étang », le n°6 daté de juin 2014 et distribué avec un hors-série « LAGUN’R Ce que les scientifiques ont à nous dire de l’Etang de Berre » . Nous en reproduisons les couvertures ci-dessous.

vision d'étang 6001vision d'étang 6002

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nous parlerons seulement en conclusion du n°6 « normal » qui ne nous a apporté peu d’informations, ou sur des sujets sur lesquels nous n’avons pas travaillé (les rejets agricoles des serres de Berre, notamment) pour nous concentrer sur le hors-série.

Un colloque déjà ancien et un GIPREB fâché avec les dates

Il faut d’abord dire que LAGUN’R est un colloque scientifique qui s’est tenu en mars 2011, ce qui n’est pas écrit dans le texte. Il faut déchiffrer la couverture des actes en page 3, où c’est écrit vraiment petit, pour le comprendre.

Les actes de ce colloque sont parus en mai 2013. Le hors-série de vision d’étang parait maintenant.

Ces dates ne sont pas un problème en soi, mais il aurait fallu les rappeler en introduction, en rappelant que la réduction des rejets de la centrale EDF a été effective fin 2005. Le hors-série parle donc d’un colloque tenu sur des recherches qui ont été faites au plus tard dans les 4 ou 5 premières années suivant la réduction des rejets, en gros la période 2006-2010.

Or tout est fait pour que le lecteur croit que c’est l’état actuel des connaissances. Aucune date n’est mentionnée.

Mais aujourd’hui, plus de 8 ans après la réduction des rejets, nous prétendons, nous, que l’état écologique évolue relativement vite dans le bon sens. Les dates sont donc très importantes.

Les dates sont d’ailleurs un reproche que l’on peut étendre à tous les articles du site internet du GIPREB. Leur site est en effet largement conçu comme un blog auquel ils rajoutent régulièrement des articles. Mais contrairement à un blog, leurs articles n’y sont jamais datés. C’est par exemple le cas des pages du site internet du GIPREB qui proposent les vidéos des interventions du colloque LAGUN’R. Il est impossible en visitant le site de savoir de quand datent les vidéos. Le GIPREB ayant également mis les vidéos sur Youtube où elles sont datées de mai 2011, on peut supposer que ces mêmes vidéos ont été mise sur le site du GIPREB à cette date (ce qui correspondrait à notre souvenir) mais rien ne le prouve. Certes un article sur le web pouvant être modifié ou retiré à tout moment, ce que le GIPREB sait faire, de telles dates seraient surtout indicatives, mais le site du GIPREB est suffisamment lu (par nous entre autres) pour qu’ils ne puissent pas trop trafiquer les dates.

Des « résumés » qui n’en sont pas toujours

Le hors-série propose un résumé de quelques interventions du colloques (11 sur 30) en les signant « d’après » l’intervenant au colloque, mais une lecture fine permet de voir quelques « adaptations » et un résumé est parfois un peu orienté…

Sur l’article « algues et herbiers restent très dégradés » « d’après » Guillaume Bernard (le biologiste du GIPREB)

Nous avons déjà beaucoup écrit sur les zostères. La situation a beaucoup évolué depuis 2011 et l’article proposé n’est pas un résumé de l’intervention au colloque… sans le dire. En effet toute la conclusion de l’intervention au colloque se retrouve au milieu du résumé du hors-série, le reste est tout nouveau et moins négatif, parlant même de « faible progression de proche en proche », terme prudent mais étonnamment positif sous la plume du GIPREB…

C’est assez logique : lors du colloque de 2011, son discours était que -tels le village d’Astérix- seuls 2 petits herbiers reliques résistaient encore à un environnement hostile. Dans une autre intervention, on apprenait que les tentatives de plantation de zostères entreprises en 2009 avaient largement échoué, la plupart des 6 herbiers plantés ayant totalement disparu, notamment ceux de Vaïne et de Saint-Chamas jamais détectés dès 3 mois après leur plantation.

Seulement entretemps, des associations dont la notre ont dénoncé ce discours :

  • en 2013 ou 2014, on a trouvé des herbiers aux 6 endroits des plantations de 2009, notamment à Vitrolles-Vaïne où l’herbier progresse de manière impressionnante, ce que Raphaël Grisel (directeur du GIPREB) a admis à un colloque LPO en janvier 2014. Voir un de nos articles sur cet herbier.
  • un herbier impressionnant également s’est développé à la sortie de la centrale de St-Chamas. il n’a pas été planté, il ne peut être relique. Cet herbier n’a jamais été reconnu par le GIPREB, mais il ne pourra l’ignorer longtemps encore. Dans un documentaire récent de l’association Le Gobie, on voit René Coste, militant qui n’est pas aligné sur nos positions mais que nous respectons, entrer dans l’eau juste au débouché de la centrale persuadé de n’y trouver que des limons sans vie et… y trouvant, surpris et troublé, une zostère… (film montre-moi ton étang, documentaire 3 sur 6 « la part des oubliés »). Voir aussi notre article le plus récent sur cet herbier
  • l’herbier planté à Saint-Chamas (entre autres) existe toujours et se porte plutôt bien. Il y en a d’autres.

L’article finit par la phrase « par ailleurs, des expérimentations de réimplantation d’herbier sont menées dans l’étang de Berre depuis 2009 de manière à mieux comprendre quelles sont les contraintes, qui pèsent encore sur les recolonisation de zostères« . Quelle belle façon de dire que depuis 2009, aucune nouvelle tentative de plantation de zostères n’a été effectuée! Les plantations de 2009 ne furent pourtant pas les échecs que le GIPREB a décrit, puisqu’au contraire aucun des herbiers plantés n’a disparu et qu’un se développe très bien. Que de temps perdu…

Notre interprétation est que, le GIPREB « version politique » ayant toujours dit que la réduction des rejets EDF à 1,2 milliard de m3 était une mesure inefficace, et que les zostères étant considéré par le GIPREB comme indicateur essentiel, il était « mieux » que les plantations de zostères soient un échec et qu’aucun nouvel herbier « sauvage » ne soit détecté. En tous cas c’est la seule explication que nous avons au silence du GIPREB sur l’herbier de la Centrale EDF par ex.

Pour la suite, attendons les résultats de la campagne de photo aérienne rappelée en fin d’article. Mais n’en attendons pas trop : depuis la surface, rien ne ressemble plus à un herbier de zostères qu’un herbier de gracillaires. Nous ne croyons guère qu’on puisse faire le tri, pour autant qu’on voit quelque chose sur les clichés. Et le refus de M Grisel de notre accès aux clichés (à une question lors du colloque LPO début janvier 2014) ne peut pas faire baisser nos doutes. La tentative de science collaborative (présentée ici et en avant dernière page du « visions d’étang » n°6) parait plus maline, mais auront ils beaucoup de réponses? Là encore, on doute.

Sur l’article « l’Europe au secours de l’Etang » « d’après » Eve Truilhé-Marengo

Si les zostères était le centre de nos reproche, nous profitons du présent article pour revenir sur d’autres points.

Nous avions bien apprécié l’intervention de Mme Truilhé-Marengo, chercheuse en droit au CNRS (et membre du comité scientifique du GIPREB), au colloque LAGUN’R et nous avions même écrit en 2012 un article de ce blog pour le dire. Son exposé était clair et correspondait à ce que nous avions vécu des étapes juridiques du contentieux initié par la coordination des pêcheurs. De plus elle finissait par un point très intéressant sur les législations européennes liés à l’environnement et leur applicabilité dans le présent et le futur (DCE et Directive sur la responsabilité environnementale, notamment).

Néanmoins pour nous il y avait dans cette intervention 2 points discutables. Ils étaient trop perdus dans l’intervention initiale (17 pages) pour que nous les mentionnions à l’époque, mais il se retrouvent dans le résumé de 2 pages, alors il est temps de les relever…

  • « En février 2006, la France répond aux injonctions des institutions européennes, en proposant la régulation des apports en eau douce. Cette solution, proposée par EDF, est acceptée par la commission européenne… »
    Les rejets dans l’étang étaient à cette époque déjà limités à 2,1 milliards de m3 (plan Barnier de 1993-1995), le surplus étant rejeté en Durance à Mallemort, EDF s’est battu jusqu’au dernier moment pour dire qu’une réduction supplémentaires du débit turbiné à Saint-Chamas était impossible notamment pour la sécurité électrique du réseau. Malheureusement, un rapport des Ponts et Chaussées daté de 1999 précisait que cette limite n’était que de 300 million de m3. Notre association le savait mais ne demandait pas cette limite, mais 1,2 milliards de m3 (voir notre plaquette de juin 2005). Cette dernière valeur correspondait au débit turbiné dans les années 1989-1991, quand la sécheresse et le manque d’eau avaient limité EDF. Les riverains de l’étang avaient pu constater une amélioration nette de l’écologie de l’étang et notamment le retour des moules. C’est cette valeur de 1,2 milliard de m3 qui sera imposée à EDF, à la rigueur acceptée par EDF, mais cette valeur n’est certainement pas venue d’EDF… Les envoyés de la Commission Européenne ont à l’époque discuté non seulement avec EDF et le GIPREB, mais aussi avec la Coordination des pêcheurs ou notre association, et c’est la proposition collective de ces dernières structures qu’on retrouve dans le compromis.
  • « L’expérience du lissage achevée fin 2009, les résultats des études écologiques menées en parallèle ne montre aucune amélioration de l’étang […] mais l’importance stratégique de la centrale de Saint-Chamas est connue de tous[…] »
    La encore, il y a une interprétation, qui arrange le GIPREB, mais qui n’est pas exacte à notre avis. Le « lissage », nous préférons le terme « réduction des rejets », était en effet une expérience de 4 ans qui a commencé fin 2005. La commission a donc fait un point à l’issue de ces 4 ans. Certes la production hydroélectrique est importante et a été prise en compte par la commission, mais en 2008, 50 droits de pêche ont été délivrés pour ramasser des naissains de moules dans l’étang, et les moules sont un indicateur d’amélioration, et en 2008 les plages ont commencé à être réouvertes. Et pour revenir sur les zostères, c’est justement en juin 2009 que les plantations ont été faites. Le discours du GIPREB « aucune amélioration » était plus que fragile, et les arguments pour le contrer ne manquaient pas. La commission a pu considérer que, contrairement au discours du GIPREB, l’amélioration était en cours, et que la réduction pouvait être suffisante.
    En 2014 la position de notre association est que l’amélioration est nette, et que la limite actuelle des rejets peut sans doute permettre d’atteindre un bon état écologique, même si une réduction supplémentaire des rejets ne serait que bénéfique. Par contre il est plus que temps de sortir du caractère « provisoire » de la situation actuelle, que certaines structures utilisent pour ne rien faire, comme c’est le cas du SMAVD/EDF sur la Basse-Durance pour les rejets à Mallemort.

Sur l’article « la réduction des rejets de la centrale EDF améliore t’elle l’écosystème? » d’après D. Nerini

Là, pour le coup, le problème de date est vraiment criant. L’article, comme l’intervention originelle, se termine par « il est encore trop tôt pour conclure à des améliorations significatives« . Si une telle conclusion pouvait à la rigueur se comprendre début 2011, elle n’est plus acceptable en juillet 2014. C’est de l’escroquerie!

Surtout que l’intervention du colloque proposait le graphique suivant, qui représente le nombre d’espèces trouvées en moyenne sur divers points de l’étang. L’augmentation du nombre d’espèce (= de la biodiversité) est un bon indicateur de l’amélioration du milieu

vision d'étang 6003 On voyait une augmentation nette entre 2006 et 2010. Et depuis? Cette recherche n’a telle pas été poursuivie?

Nos propres observations nous portent à croire que la biodiversité a continué à augmenter. La multiplication des anémones, notamment, est très nette.

Conclusion: les médecins de Molière, les rêves de modélisation et les sex-toys

Au XVIIème siècle Molière se moquait des médecins, trouvant toujours des explications après coup, mais incapables de faire des prévisions valables, ou de soigner… En ce début de XXIème siècle, on peut par exemple en dire autant de nos économistes. On attend d’ailleurs l’auteur qui saura le montrer avec le talent de Molière!

Mais on peut en dire largement autant de nos biologistes. Le fonctionnement d’un écosystème comme l’étang de Berre, qui peut pourtant être présenté comme un cas relativement simple, un cas d’école, leur échappe assez largement. Cela ne veut pas dire qu’ils ne savent rien, ni qu’il faut arrêter toute recherche, mais qu’il ne faut pas en attendre trop, ni toujours les écouter…

Dans le « Visions d’Etang n°6 », le GIPREB se réjouit d’accueillir un « nouvel expert », spécialiste en modélisation. Si nous acceptons le fait qu’on puisse modéliser les données physiques de l’étang (hydrodynamique, thermique…), ce qui a d’ailleurs été déjà fait par EDF, nous ne croyons guère à la modélisation en ce qui concerne la biologie. Quel biologiste avait prévu la reprise des zostères dans l’étang de Vaïne, là où elles étaient dégradées avant 1966, ou au débouché de la centrale EDF, là où les sauts de salinité sont les plus violents, l’hydrodynamisme et le substrat à priori le moins favorable… A la fin de son intervention (filmée) D Nérini expliquait clairement qu’il ne croyait pas aux modélisations en biologie (mais il était aussi très affirmatif sur la mort des zostères de l’étang…). Biologie et Modestie

Le « nouvel expert » du GIPREB ne travaille d’ailleurs pas sur une modélisation « biologique », mais sur le transport et l’échouage des déchets flottants. Voila un sujet tellement modeste qu’on se demande s’il est utile. A priori sur l’étang les échouages se font sur les plages… c’est d’ailleurs comme ça que ces dernières se forment, par amas des coquilles, d’algues et de bois.. et plus récemment de déchets plastiques. Pour cette modélisation, le GIPREB a lancé dans l’étang des petits canards jaunes qui ressemblent à des sex-toys, en demandant à ceux qui les trouve de téléphoner au GIPREB. Faire des nettoyages régulier des plages de l’étang et demander aux ramasseurs quelle masse de bouteilles plastiques a été enlevée aurait eu au moins l’avantage de faire nettoyer les plages, mais bon…

Le travail du GIPREB n’a pas fini de nous étonner. Nous aimerions qu’ils soient plus modestes et plus efficaces, ce qui nous rendrait par contrecoup sans doute également plus modestes et efficaces. Rien n’indique que ce soit l’avenir.

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