Le retour des zostères et la recherche des « bonnes pratiques » sur l’étang

Cet article est basé sur le diaporama présenté à l’Assemblée générale de notre association le 14 décembre dernier. J’y ai essentiellement rajouté les 2 herbiers de zostères supplémentaires qui m’ont été indiqués par un chasseur sous-marin (habitué du blog!) à l’issue de l’AG.

diapo01 Comme me l’a rappelé un adhérent, les zostères ne sont pas les seuls indicateurs de santé de l’étang. on aurait pu aussi citer (entre autres) :

  • le développement des moules, massif depuis 2006, en est un aussi. Il prouve une stabilisation de la salinité à un niveau suffisamment haut, mais pas forcément un bon état chimique, les moules acceptant un certain niveau de pollution chimique.
  • La qualité du phytoplancton (présence et qualité des diatomées, notamment) est aussi un indicateur reconnu, mais il nécessite des moyens et des connaissances que nous n’avons pas encore.
  • La présence des algues brunes du genre Cystoseira est généralement considéré comme un bon indicateur  de la qualité des eaux, leur retour (notammentCystoseira barbata, clairement identifiée et même courante dans le passé récent de l’étang) serait bienvenu. L’association doit plonger à leur recherche, pour constater leur présence ou absence, ce qui n’a pas été fait

Mais l’absence ou la présence des zostères étaient un point spécialement important à traiter pour nous dans la mesure où l’absence de ces plantes était le point le plus régulièrement cité par le GIPREB pour prétendre à l’absence d’amélioration de la vie marine de l’étang et justifier le projet de dérivation des rejets que notre association combat depuis le début.

diapo02Les zostères naines (Zostera noltei) poussent en général à une profondeur inférieure aux zostères marines (Zostera marina) (0-1 m contre 2-3 m) mais si l’eau est claire on peut en trouver jusque 4 m de profondeur.  C’est ce qu’on observe dans l’étang de Thau, considéré comme comparable à l’étang de Berre en morphologie mais en bien meilleur état écologique. Des herbiers de Ruppia ou d’autres plantes lagunaires ont pu être aussi présents mais nous en sommes moins sûrs.
On remarque que le lido du Jaï, battu par les fortes vagues des temps de mistral, était beaucoup moins colonisé que les zones moins exposées.
Le reste de la rive sud de l’étang a depuis le début du XXème siècle été transformée par la construction du canal de Marseille au Rhône.

diapo03diapo04Plusieurs articles de ce blog traitent et présentent des zostères naines (les seules présentes dans l’étang actuellement): voir les 3 derniers ici, ici et ici

diapo05Un seul article de ce blog traitent et présentent des Ruppia : voir ici. En toute rigueur nous ne savons pas si elles sont du type cirrhosa, mais c’est le plus vraisemblable et l’autre type (maritima) ne s’en distingue que par les fleurs (qui ne seront visibles qu’en avril).

diapo06Les 2 herbiers ci-dessus sont les seuls retrouvés par le GIPREB vers 2005. L’herbier de la pointe de Berre était considéré comme en meilleur état (plus gros et plus dense) que celui de l’embouchure de l’Arc.

diapo07En 2009, le GIPREB a financé une expérience de plantations de zostères sur 6 sites de l’étang : les 2 sites des herbiers reliques et 4 autres sites : Figuerolle (StMitre les Remparts), anse de Saint-Chamas, anse des Merveilles et Vaïne. Les plantations d’herbiers sont devenues un classique de la remédiation écologique, il y a par exemple eu une tentative de replantation de posidonie à Marseille.
La plantation de 2009 est expliquée dans les actes des rencontres scientifiques « Lagun’R » organisées par le GIPREB en 2011, nous en avons reproduit quelques images dans un ancien article : ici .

diapo08En 2011, date de la fin de l’expérience, un seul des 4 nouveaux sites de plantation semblait avoir survécu. Les plantations des 2 herbiers reliques ayant également survécu, on arrivait à 3/6 soit une semi-réussite ou un semi échec.
A noter que le site replanté « ex-nihilo » où les plantations ont pris était le site de l’anse des Merveilles. Un témoin m’a assuré que dans la période 1989-91, années d’hivers secs pendant lesquelles EDF n’avait pas pu turbiner faute d’eau à Serre-Ponçon et où l’étang avait repris vie, il y avait vu croître de gros herbiers de zostères.

diapo09A partir de 2011, notre association a décidé de s’intéresser à ces plantes et je me suis personnellement mis à plonger à la recherche de ces herbiers. Des articles ont été mis sur le site en 2012 et 2013, les 3 derniers étant (même liens que précédemment) : ici, ici et ici.
Les herbiers plantés à Saint-Chamas et dans l’étang de Vaïne à Vitrolles n’étaient donc pas morts (surtout celui de Vitrolles) et 2 autres pouvant être considérés comme spontanés semblaient parfois en excellente forme (centrale EDF). Ces connaissances nous ont permis de critiquer les discours officiels du GIPREB, que nous jugions exagérément pessimistes sur ce point.

diapo10Comme indiqué en introduction, à l’issue de notre AG 2013, un chasseur sous-marin m’a appris qu’il connaissait d’autres herbiers, notamment les 2 mentionnés ci-dessus : au nord de la plage de Figuerolles et dans l’anse de Saint-Chamas coté Istres. Je donne foi à ces observations, car l’herbier repéré à Figuerolles est sans doute issu des plantations de 2009 (et dons ne serait pas plus mort que les autres), et je pense que j’avais aperçu l’autre une fois depuis la route du Dela, mais j’attendais de plonger dessus pour le confirmer (mais je l’estime à environ 100m2).

diapo11

Quant aux Ruppia, on trouve un petit herbier au Ranquet et un beaucoup plus important dans les salins du Lion à Vitrolles qu’elles ont colonisé assez largement. Ces plantes sont donc également revenues dans l’étang de Berre.

diapo12Nous arrivons donc à la synthèse ci-dessus, « Zn » signifie « Zostères naines » et « Rc » Ruppia cirrhosa (ce dernier type demandant confirmation mais étant très vraisemblable). Les estimations de surfaces sont extrêmement grossières et seulement là pour comparer les herbiers entre eux. Mais nous étions d’accord avec le chasseur pour dire que les 2 plus gros herbiers sont ceux de la centrale EDF et de Vitrolles (Vaïne).

diapo13diapo14Pour essayer de mesurer l’accroissement espéré, nous avons planté début décembre (2013) des repères autour des 3 petits herbiers du Ranquet (Istres). Espérons que nos marques résistent aux tempêtes…
A noter que ce début décembre, si les zostères étaient plus petites qu’en été, ce qui ne nous a guère surpris, le petit herbier de Ruppia n’a carrément pas été retrouvé. Mais au vu de l’histoire des herbiers de zostères jugés morts en 2011 mais bien vivants aujourd’hui, nous nous garderons de conclusion trop hâtives…

diapo15En ce mois de décembre 2013 également, le GIPREB a diffusé un appel d’offre pour une prestation de photographies aériennes. Comme on peut le voir sur l’image ci-dessus, l’ensemble du linéaire côtier (hors Jaï et digue sud) est concerné. Cette campagne devrait permettre au GIPREB de confirmer l’existence des herbiers que nous avons repérés, et peut-être d’en trouver d’autres.
Une première campagne de recherche par photographies aériennes avait eu lieu en 2009, de telles campagnes sont prévues tous les 5 ans. Des campagnes annuelles sont effectuées sur les 2 herbiers de la pointe de Berre et de l’embouchure de l’Arc.

diapo16La discussion sur les questions ci-dessus n’a pas été longue: les adhérents présents semblant convaincus (même si beaucoup souhaiteraient une réduction supplémentaire des rejets). La recherche des bonnes pratiques semble désormais une voie importante pour notre association en ce qui concerne l’étang.

Quelles pourraient être ces bonnes pratiques?

  • la collecte des naissains de moules est autorisée depuis quelques années (50 droits de pêche accordés) mais comment se font ces prélèvements? Si c’est par raclage, alors les herbiers que nous avons repérés sont potentiellement menacés. Les pratiques de pêches doivent être discutées et adaptées, au minimum en interdisant de raclage les zones recolonisées par les herbiers ou susceptibles de l’être…
  • la limitation des crèmes solaires et autres cosmétiques par les baigneurs doit être encouragée au moins par des panneaux informatifs sur les plages. Un rapport récent du Sénat (voir ici) dénonçait cette pollution sans doute sous-estimée, notamment dans un milieu fermé comme l’étang. Au delà des effets nocifs sur les coraux récemment mis en évidence, qui concernent peu l’étang mais qui doivent nous questionner, ces corps gras qui s’étalent sur l’eau limitent les échanges air-eau et notamment la pénétration de l’oxygène. Or l’étang souffre encore parfois de crise d’anoxie (voir par ex ici en 2011) même si elle semblent moins fréquentes et devraient l’être encore moins si les zostères se développent…

…deux exemples parmi d’autres de ce que nous pouvons demander. Le cadre administratif et juridique que nous avions suggéré jusqu’ici était celui d’une Aire Marine Protégée (voir ici le détail de notre suggestion aux élus).

L’idée générale est de considérer que l’utilisation de l’étang, pour des usages professionnels ou ludiques, ayant pratiquement cessé pendant les années noires, on repart de zéro (ou presque) même si on repart vite du fait de l’amélioration rapide de l’écologie de l’étang. De ce fait, c’est maintenant que les bonnes habitudes doivent être prises.
Le GIPREB, en refusant trop longtemps de voir cette amélioration, ne se pose pas assez vite à notre sens les questions sur les « bonnes pratiques ». Cela doit changer. Pour notre association, ces bonnes pratiques doivent être discutées en interne et promues en externe. Les élus en retiendront toujours quelque chose…

PS: Pour rassurer notre ami chasseur sous-marin, notre association n’a encore jamais imaginé limiter la chasse sous-marine, surtout amateur (les braconniers qui pêchent les palourdes en bouteille c’est autre chose). Il m’est arrivé de chasser et j’en possède encore le matériel, mais je préfère désormais clairement l’appareil photo!

Publicités

Un commentaire

  1. Bonjour
    Article intéressant mais désolé de jouer au rabat joie . Le biotope de l’étang de Berre n’est pas stable ni acceptable , c’est juste mieux qu’avant .
    Si il était stable on ne verrait pas ces tonnes de coquillages en décomposition échoués sur les plages répandant une odeur pestilentielle même en hivers. Les herbiers seraient stables c’est à dire qu’ils ne disparaitraient pas plusieurs mois pour réapparaitre et redisparaitre ensuite .
    Je ne comprend pas pourquoi et dans quel but cette association s’entête (excuser pour le terme) à tenir le cap de l’hyper optimisme et laisse sous entendre que les rejets d’eaux douce actuels ne sont pas un frein au rétablissement de l’écosystème .
    Quand je lit vos article sur l’étang je trouve que vous manquez de bon sens niant l’évidence , Quand à la Durance je suis actuellement d’accord avec vous .
    AFFRE J.C

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s