Les oursins de Normandie

Rajout du 19 août: Après identification (merci au GEMEL Normandie), il s’agit vraisemblablement de l’oursin Echinocardium cordatum, (liens Doris, Wikipediaworld register of marine species) oursin fouisseur suffisamment fréquent en Atlantique nord pour être appelé oursin des sables, souris de mer ou sea potato en anglais et rencontré régulièrement dans les sables à proximité de la baie d’Orne. On est donc loin d’une apparition. Un développement est par contre possible, au vu de la surprise de nombre de promeneurs parfois habitués des lieux, à moins qu’il ne s’agisse que d’un échouage exceptionnel… J’essaierai de suivre ce point en même temps que je tenterai de savoir si ça peut nous aider pour le retour de nos propres oursins ou si cet oursin a existé dans l’Etang (il est plus rare en méditerranée, mais présent et singulièrement dans les Bouches du Rhône, voir Doris).

Cet article est écrit en vacances avec les moyens du bord, il sera complété (cartes, recherches biblio…) à la rentrée.

Bon, ce blog a pour objet premier l’étang de Berre et la Durance, mais pour y voir plus clair, il est parfois utile d’aller voir ailleurs.

J’ai grandi à Caen. J’y retourne chaque année et je ne pense pas avoir passé une seule année sans me baigner dans la mer de la Manche toute proche (15 km). Depuis une bonne quinzaine d’année, je profite aussi de mes passages dans la région pour aller courir sur la plage à marée basse. J’aime bien y courir pieds nus, à la limite de l’eau. C’est fun de patauger dans l’eau fraîche (17°C hier…) on croise des cavaliers, des chars à voile… parfois j’imagine la Pamela Anderson du temps d’Alerte à Malibu courir 20 m devant moi (mais c’est un autre sujet…). Le plus souvent cependant j’observe la laisse de mer en cours de formation.

Si j’ai été témoin indirect de la dégradation de la biocénose dans ma jeunesse (dans les années 1970, je me souviens d’une prof de biologie se plaignant de cette dégradation), je pense que la situation s’est nettement améliorée depuis au point de réserver de bonnes surprises. Ces dernières années j’ai vu revenir les couteaux, coquillages que j’avais vu quasiment disparaître de la côte pendant mon enfance, revenir en force au point d’être maintenant très fréquents dans la laisse.

Classiquement on trouve les 3 grandes sortes d’algues (brunes, rouges, vertes), des coquilles de divers crabes (les crabes asiatiques sont parait-il en expansion, mais je ne sais pas les reconnaître), de divers bivalves (moules, palourdes…), os de seiches… La nouveauté 2013, ce sont des oursins. Je ne me souviens pas en avoir jamais vus ou même entendu parler sur cette côte.

DSCN0804DSCN0791En courant sur 5km, j’en ai bien vu une vingtaine, dont les 5 que j’ai ramassés et présentés ci-dessous. Les 2 en haut, qui possèdent encore leur piquants (souples), sont manifestement morts récemment…

DSCN0771

Ils sont tous du même type, à symétrie axiale: des oursins de sable Echinocardium cordatum (rajout du 19 août).

La comparaison avec l’étang de Berre, la Côte Bleue (les Calanques sur la Méditerranée juste au sud) voire toute la Méditerranée est frappante: les oursins ont déserté l’étang de Berre depuis longtemps (1966?) et ne donnent pas signe de retour, ils se raréfient sur la Côte Bleue où le phénomène est suivi de près par les biologistes du Parc Marin, et ils semblent même se raréfier en Corse, pourtant considérée comme une région assez préservée.

Aucune explication ne semble encore très sûre pour la raréfaction des oursin sur la Côte Bleue, mais les oursins servis lors des « oursinades » sont le plus souvent importés d’Espagne… (peut-être un jour prochain viendront ils de Normandie? A moins que les oursinades n’y soient simplement délocalisées?). L’apparition (le développement?) d’oursins en Normandie permettra peut-être aux biologistes de progresser sur le sujet.

Que dire sur la situation normande qui puisse expliquer l’apparition des oursins? La côte est sableuse mais présente des rochers à distance assez faible. Où j’ai couru (de Ouistreham à Hermanville sur Mer) la qualité de l’eau est généralement bonne malgré l’embouchure de l’Orne à proximité immédiate ou celle de la Seine dont on subit l’influence. L’eau y est fraîche (18°C max). Les villes côtières se sont équipées de station d’épuration dans les années 90 (de mémoire) et la baisse du tourisme côtier depuis mon enfance (les gens étant partis ailleurs chercher un soleil qui n’est jamais assuré ici) fait qu’elles ne saturent sans doute pas l’été (peut-être même sont elles surdimensionnées de ce fait). Un gros travail a aussi été fait sur l’Orne, qui est depuis assez longtemps redevenue une rivière à saumons  même si évidemment des pollutions ponctuelles peuvent encore apparaître. La Seine également a été largement améliorée, même si ma dernière expérience d’ingénieur en 2002 (chez CITRON au Havre, usine de recyclage des piles électriques, qui a mal tourné depuis) m’a appris qu’entre les discours officiels et la réalité, ce n’est pas la même chose. Néanmoins, au Havre, depuis une bonne dizaine d’années, les gens se sont réapproprié la plage et même si l’eau en aval de Paris n’est pas potabilisable et n’est sans doute pas près de l’être, globalement la situation écologique de la Basse Seine s’est largement améliorée.

Même si comparaison n’est pas raison, une comparaison avec les Bouches du Rhône peut être faite. Je m’en garderai bien ici. Le but de cet article était d’abord de faire connaître que la raréfaction des oursins n’est pas universelle et que des oursins peuvent s’installer (s’il est confirmé que c’est une apparition) là où on ne les aurait pas attendus.

Enfin, malgré l’optimisme que je manifeste souvent dans ce blog, je dois aussi imaginer que ma découverte (?) ne soit pas si heureuse : les oursins trouvés sont morts et cette mort n’est peut-être pas naturelle. Cependant, je n’ai pas trouvé de coquille de petits oursins…

DSCN0807Un paysage d’impressionistes avec le pavillon bleu en plus…

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2 commentaires

  1. Un des facteurs pouvant être évoqué pour expliquer la raréfaction des oursins dans le 13 et leur apparition en Normandie est peut-être l’élévation de température.

  2. J’ai lu votre texte avec intérêt. J’ai en effet trouvé sur la plage de Cabourg hier (5 janvier 2017) de très nombreuse coquilles d’oursins tels que vous les décrivez (oursins de sable) et comme je n’en avais jamais vues avant sur ces plages normandes, j’en ai ramenée une à la maison pour vérifier. Leur apparition daterait donc de vers 2013 sur les plages normandes: un développement très intéressant en effet.
    Je peux vous assurer que, bien que mortes, l’abondance de ces cadavres d’oursins montrent bien que depuis 2013, date de vos observations, il y a encore beaucoup d’oursins dans le coin.
    Une hypothèse, leur présence sur la plage pourrait-elle être liée aux passages une partie de l’année du ferry à grande vitesse du Havre?

    Merci pour ces informations

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