Point sur l’état de santé de l’Etang de Berre fin 2012 (et sur le contrat d’étang)

Clairement, une association comme la nôtre ne peut établir un bilan de santé de l’étang de Berre. Par contre, nous pouvons critiquer, avec les données dont nous disposons, les déclarations ou bilans officiels.

Un bilan est en effet établi chaque année par le GIPREB (ex Groupement d’Intérêt Public devenu syndicat mixte début 2011 sous le nom de « Gestion Intégrée, Prospective et Restauration de l’Etang de Berre ») . On peut lire sur le site de cet organisme un article sur l’état de santé de l’étang fin 2011 (ici), qui résume le rapport scientifique non disponible en ligne. Le bilan 2012 ne devrait pas sortir avant quelques mois encore (mars 2013, a priori) mais une interview du directeur Raphaël Grisel dans la Provence, édition de Vitrolles (?) titré « au fond, l’étang ne va pas si bien » peut nous permettre de tirer un premier constat.

L’article de la Provence se concentre sur la zone la plus profonde de l’étang (h<-5m), où se maintiendraient des concentrations en oxygène trop faibles pour que la minéralisation des déchets organiques se fasse dans de bonnes conditions. C’est sans doute juste, mais ce n’est pas forcément nouveau: . La dégradation du centre de l’étang est très ancienne et on peut imaginer qu’une situation qui s’est dégradée sur plusieurs dizaines d’années ne se rétablira pas (si elle doit se rétablir) très vite. En effet, si début XXème siècle on avait des zostères jusque assez profond (4m? – Gourret 1907, une carte établie sur ces données est visible dans un de nos articles précédents : ici ) le centre de l’étang était constitué d’une grande moulière pas forcément très productive ou exploitée ou même connue. Fin 60s (Fèvre 1968, carte également ici), aux débuts des turbinages de la centrale de Saint-Chamas, on constatait que les herbiers de zostères avaient déja très fortement régressé et on ne localisait déjà plus de moulières au centre. Les gens qui ont connu cette époque se souviennent aussi des galettes de pétrole nageant parfois dans l’étang et qui pouvaient donner mauvais goût au poisson (témoignage de pécheur dans la vidéo accessible depuis un article précédent : ici). La dégradation du centre l’étang, zone clairement plus fragile car moins éclairée et moins oxygénée, n’est pas d’hier et il ne serait guère étonnant qu’elle se remette vite. Wait and see.

Sur l’état 2011 (article GIPREB), un autre point que nous avions décidé de suivre était le développement des méduses et cténaires. Celui-ci semble un problème car il pourrait limiter le développement du zooplancton et donc par contre-coup mener à une hausse du phytoplancton. Une soutenance de thèse était annoncée pour 2012, mais sans nouvelles depuis. Au niveau mondial, le développement des méduses est très étudié notamment dans les zones victimes de surpêche, où elles s’installent de manière assez durable et où les espèces anciennes ne reviennent pas même quand la pêche s’arrête: un nouvel équilibre, dégradé, semble parfois s’installer durablement. Un problème à suivre dont nous nous réjouissons qu’il soit pris au sérieux par le GIPREB.

Enfin, sur le sur le cas des zostères, il est à noter que le GIPREB a enfin intégré le site de l’Etang de Vaïne (que nous avions appelé le site de Vitrolles dans notre article ici) dans son suivi des sites à zostères de l’Etang. Les zostères de Vitrolles nous ont en effet paru en 2012 en meilleur état que celles de la pointe de Berre, site jusque là présenté comme le plus préservé. L’article ne dit par contre pas un mot sur les herbiers de l’anse de la Petite Camargue à St Chamas, qui nous ont semblé plus intéressants encore car ils semblent constitués de Zostera noltii, plus rares, alors que celui de Vitrolles serait largement constitué de Zostera marina. Le site de l’anse de la Petite Camargue est plus difficile à suivre car l’eau y est souvent trouble, puisqu’on est en plein dans les limons les plus récents des turbinages de la centrale de Saint-Chamas. L’eau y est sans doute aussi pour cela plutôt moins salée que dans le reste de l’étang, comme quoi la salinité ne serait plus le problème pour ces plantes, car les herbiers y semblent très étendus, quoique en tâches. Il y a sans doute une relation entre le développement des zostères à cet endroit et le nombre de cygnes qui y broutent là plus qu’ailleurs, que nous craignions mais qui est peut-être au contraire positive. De tout cela l’interview ne dit mot, espérons que le GIPREB s’y penche et que le rapport final en parlera.

Un mot enfin sur le Contrat d’Etang. Il a mis du temps à sortir (on peut dire 6 ans). Soyons clairs, le point qui nous importait le plus était qu’on n’y reparle pas de travaux ou d’études sur la dérivation des rejets EDF à travers la Crau (ou en tunnel…). De dérivation il n’est plus question dans la version finale du contrat, alors que des versions de travail ou le site du GIPREB en font encore mention (voir ) . On est parti pour 6 ans sans en reparler et on va pouvoir se consacrer au reste (ou il y a de bonnes idées): une grande victoire pour nous et tous ceux qui ont combattu les projets de dérivation.
Aucune fierté mal placée : le travail d’une association classée d’opposition, fût il déterminant, ne sera jamais reconnu en dehors de ses adhérents et sympathisants, en tout cas officiellement. Ca fait juste plaisir et on passe à autre chose… en restant vigilant.
(rajout du 27 décembre 2012) Un article plutôt bien fait sur le contrat d’étang au moment de sa signature se trouve sur le site Internet du pôle Lagune : http://www.pole-lagunes.org/actualites/infos-des-lagunes/etudes-et-projets/contrat-de-letang-de-berre-avis-favorable-emis-le-15- on peut sur ce même site aller voir une ancienne présentation (2009) de M Grisel ici, on y verra que l’étude socio-économique de la dérivation, réalisée avant la signature du contrat d’étang marque (croyons-nous) la fin de ce projet, et que certaines réalisation prévues alors ont été réalisée (rives de Berre L’Etang) et d’autres non (extension du port d’Istres) et c’est plutôt bien.

Petit rajout le 21 janvier 2013 : suite à l’article en lien, il apparait que si le contrat d’étang ne contient rien sur la dérivation des eaux EDF vers le Rhône, ce projet est toujours dans les cartons du GIPREB.C’était un peu trop beau, nous devons donc rester vigilant, sans vraiment croire un seul instant que le projet trouve un jour un commencement de financement, privé ou public. Il reste surtout un alibi pour le GIPREB…

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