Le projet de recherche R2D2 et le bassin aval du projet Pompage-Turbinage Durance

Notre participation à des réunions de groupes techniques locaux du projet de recherche R2D2 (Risque, Ressource en eau et gestion Durable de la Durance pour 2050, mené par l’IRSTEA (ex-Cemagref)) nous a amené à présenter une nouvelle fois notre projet de transformation de la chaine hydroélectrique de Durance en chaine à Pompage-Turbinage.

Nous présentons généralement notre suggestion dans un diaporama qui n’a pas été présenté lors des réunions précitées mais qui présente, pour ceux qui les découvriraient, l’essentiel de nos réflexions sur le sujet. Il est téléchargeable en cliquant sur le lien ->Pourquoi étudier la faisabilité d’une STEP Durance rev21  (mise à jour dec 2013). La nouveauté à partir de la rev 14 est qu’elle présente un calcul de la taille d’un bassin aval pour le Pompage-Turbinage et une suggestion d’implantation (la structure de la chaîne hydroélectrique pouvant admettre plusieurs bassin -plus ou moins- aval).

Comme rapidement indiqué, le manque de bassin aval était une critique récurrente (et pertinente) au projet de transformation en Pompage-Turbinage, mais nous pensons que cette critique ne résisterait pas à une étude suffisante. Les 3 diapositives rajoutées au diaporama (dont fait partie l’image ci-dessous présentant le bassin aval possible au niveau du point triple et du déversoir de Mallemort) doivent en convaincre.

Pour prouver notre motivation à sauver la Durance, nous rappelons parfois que certains membres de l’association (au premier lieu son président!) seraient près à sacrifier une partie de l’étang de Berre (au débouché de la centrale de Saint-Chamas) pour construire un bassin aval. C’est assez paradoxal pour notre association qui est connue pour être une des plus combatives pour la défense de l’étang et de son littoral (et surtout depuis que nous savons que cet endroit est un des rares où les zostères repoussent : voir ici ).
Mais la Durance est montée en 2008 au même niveau que l’Etang de Berre dans les objets de notre association, les autres (défense de l’espace rural, promotion de l’agroécologie..) étant clairement derrière. Le combat pour l’étang est largement gagné. Reste la Durance, où tout reste à faire, notamment faire admettre que l’état actuel de la Durance est aussi inacceptable, et à la même échelle, que celui de l’Etang de Berre naguère.

Comment faire reconnaître l’inacceptabilité de l’état actuel de la Durance?
Notre proposition de passage en Pompage-Turbinage n’est en effet que la solution que nous avons trouvée pour l’améliorer suffisamment (croyons-nous) en tenant compte de toutes les contraintes.

Il s’est trouvé, en marge de la réunion R2D2 précitée, des personnes pour nous dire que nos remarques seraient plus pertinentes auprès du SMAVD (Syndicat Mixte d’Aménagement du Val de Durance). Nous aimerions bien, mais nous ne faisons pas partie de cette structure. Ces remarques nous ont motivés pour faire (ou refaire? j’avoue que je ne sais plus) une demande d’entrer dans cette structure auprès du préfet et de son président. Nous le ferons donc, mais sans trop d’espoir : rappelons que nous ne faisons pas partie du GIPREB (ex GIP de Réhabilitation de l’Etang de Berre, devenu récemment syndicat mixte), et n’en avons jamais fait partie ni avant ni après la condamnation de la France par l’Europe. Cette condamnation aurait dû plus fondamentalement remettre en cause le (mauvais) fonctionnement de cette institution mais la création du Comité d’Etang, sensé le chapeauter et régler les dysfonctionnements légaux, n’a rien changé sur le fond. La démocratie locale est largement critiquable. Nous n’en dirons pas plus ici, sauf que nous pensons que la démocratie est une condition de la Durabilité.
Mais nous ferons la demande d’entrer au SMAVD…

Cependant notre critique de l’aménagement de la Durance est une critique de fond, qui n’est guère à l’échelle des contrats de rivière qui sont votés et mis en œuvre par le SMAVD (en négociation avec l’état) pour 6 ans avec un budget qui ne permet que des modifications limitées (160 millions d’euros quand même pour l’actuel contrat de Durance 2008-2014).

Un projet de recherche comme R2D2, au contraire, a l’ambition de voir à 40 ans (2050), ce qui est la bonne échelle pour repenser l’aménagement global de la Durance et reposer sur la table les grands choix de 1955. Malheureusement ce projet de recherche, contrairement à ce que son titre pouvait laisser penser, semble se limiter à évaluer les besoins en eau (industrie, énergie, eau potable, agriculture et tourisme…) en imaginant différents scénarios et y associer des réponses. L’étude écologique, à laquelle les chercheurs ont parlé de nous associer, devrait intervenir un peu plus tard mais semble assez annexe.

Il serait dommage que le projet R2D2 ne soit pas le lieu d’un véritable débat sur la pertinence aujourd’hui des choix majeurs de la loi de 1955, elle raterait largement sa cible à notre avis, même si garantir l’eau « humaine » est un objectif louable. Si on sortait aujourd’hui un projet comme celui de 1955, son étude d’impact sur l’environnement le rendrait inacceptable. Sacrifier une rivière à la (quasi) seule production électrique n’est plus acceptable. Les coûts cachés sont énormes : plages de Camargue et du Languedoc qui reculent, pauvreté halieutique, nappes phréatiques vidées, dangerosité accrue de la rivière… Un jour des chercheurs oseront le dire…

Pour finir, nous invitons tous ceux qui s’intéresse à la Durance à réfléchir aux 3 documents suivants qui nous semblent les plus importants:

  • le rapport interministériel « Balland » de 2002 :  téléchargeable ici http://www.ladocumentationfrancaise.fr/var/storage/rapports-publics/074000057/0000.pdf
  • le rapport SOGREAH de 2001 (sur la Durance, pour le SMAVD) dont certains disent qu’il fut écrit à une époque où le SMAVD était un peu moins politique… Ce rapport a détoné puisqu’il dénonçait le mythe de la rivière « domptée » en annonçant dès la page 3 « Les crues importantes (de la Durance après son aménagement) restent proches de leur état naturel. L’absence de crues ordinaires les rend d’autant plus dangereuses » (nous n’en avons malheureusement qu’une version papier…). Nous invitons nos lecteurs à le demander auprès du SMAVD.
  • enfin le diagramme que tout le monde doit garder en tête (il fait évidemment partie de notre diaporama) qui donne à gauche les débits avant l’aménagement décidé en 1955, et à droite ceux effectifs depuis : l’eau de la Durance a été totalement confisquée, essentiellement pour produire de l’électricité. Un sacrifice de la rivière à l’industrie qui nous rappelle trop le sacrifice de l’étang de Berre…
    Quiconque trouve choquant ce dernier dessin devrait se battre pour que les grands choix de 1955 à l’origine de cette situation soit (re)discutés.
    C’est le sens de notre projet de transformation en Pompage-Turbinage de la chaine de Durance.
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3 commentaires

  1. J’ai du respect quand à votre engagement concernant la réabilitation de la Durance ainsi que de l’Etang de Berre mais vous le savez si l’Etang sucite un certain interet , concernant Durance malheureusement parmis pratiquement tout les gens à qui j’en parle tout le monde s’en fout .A une époque (il y a 22 ans j’y croyais) je m’étais rapproché de personnes adherantes aux sociétés de pêche mais ils étaient plus préoccupées par la presence de cormorans ou de leurs kermesse que du non respect des débits réservés . Vous pouvez me dire que lorsque l’on ne fait rien la critique est facile . Heureusement qu’il reste certaines rares personnes qui a force de pugnacite éspere mobiliser les foules .Bravo et continuez
    AFFRE J.Claude

  2. Dans le monde de l’eau, le mot STEP me semble plutot utilisé pour parler de station d’épuration. Je ne sais pas si cela peut aider mais une terminologie distincte ne pourrait pas faire de mal a la propagation de l’idée de station de transfert d’energie par pompage. Pour que la confusion soit évitée le TEPP peut etre une suggestion…je ne crois pas qu’il soit déjà utilisé.
    Cordialement

    • J’ignore si c’est une volonté délibérée de EDF d’induire les gens en erreur, mais STEP est le terme utilisé par EDF pour « Station de Transfert d’Electricité par Pompage ».
      Nous sommes d’accord avec vous que beaucoup confondent avec « STation d’EPuration », aussi, assez souvent utilisons nous le terme de « Pompage-Turbinage » qui porte moins à confusion, mais nous continuons aussi à utiliser le terme STEP, car c’est celui compris par EDF, comme lors des réunions R2D2…

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