Pour une dépollution des sédiments du Canal du Rove AVANT sa réouverture expérimentale

Modification du 18 décembre 2012 : A la demande de la société IDRA, nous ne proposons plus au téléchargement le rapport que nous critiquons dans cet article, en effet cette société nous a informé que « le document fait toujours l’objet de compléments en cours à la demande du maitre d’ouvrage de l’opération, et [que] la relecture finale par le Comité de Pilotage du projet n’a pas été faite. Il n’a, par conséquent, pas fait l’objet d’une autorisation de publication par les services de l’Etat », ce que nous ignorions. Nous avons proposé au GPMM notre concours pour la discussion des versions ultérieures.

Notre association n’avait jamais fait une priorité du Canal du Rove ouvert en 1927 et coupé par effondrement du tunnel en 1963 . L’étang de Berre avait longtemps vécu sans lui, devait pouvoir s’en passer… et s’en passe assez bien selon nous. De plus les débits d’eaux imaginés pour une réouverture par pompage (5 à 20 m3/s) n’avaient rien de comparable à ceux déversés jusqu’en 2005 par la Centrale de Saint-Chamas (250 m3/s en pointe) sur laquelle avaient été concentrés nos efforts jusqu’à la victoire qu’a constitué pour nous la condamnation de la France par la Cour de Justice Européenne en décembre 2004.

Une réouverture expérimentale sur longue période du canal du Rove se précise : des budgets ont été votés et les dates annoncées par les politiques (2013-2016) semblent plus réalistes que les précédentes. De quoi nous pousser à une lecture attentive de l’ « ETUDE DE RISQUE ASSOCIE AUX SEDIMENTS DANS LE CADRE DE LA REOUVERTURE EXPERIMENTALE DU TUNNEL DU ROVE » émise par la société IDRA pour le Grand Port Maritime de Marseille (janvier 2011 – ref S 90301).

Nous ne pouvons plus proposer ce rapport au téléchargement, à la demande de la société IDRA (modification du 18 décembre 2012, voir plus haut)

Cette lecture nous a poussé à écrire au préfet en date du 5 avril 2012 pour demander

  • d’une part une dépollution des sédiments de ce canal AVANT l’expérience de sa réouverture
  • et d’autre part d’éviter d’amener des eaux marines dans le Bolmon lors de cette expérience.

Nous reproduisons ci-dessous le cœur de cette lettre, qui distingue 2 points de désaccord avec l’étude. Le lecteur non averti trouvera également en fin d’article deux photos aériennes lui permettant de mieux visualiser le problème.

« Le premier point concerne la pollution des sédiments. Le rapport fait deux constats:

  • en référence aux normes actuellement admises, les vases du canal et du tunnel sont très sévèrement contaminées en métaux lourds ou polluants organiques persistants (POP)
  • et surtout en référence à des tests effectués sur le vivant (larves d’huitres et crustacés amphipodes) l’écotoxicité de ces sédiments est spécifiquement démontrée par l’Institut Pasteur de Lille.

En dépit de ces constats, les rapporteurs affirment dans leur conclusion que la réouverture est possible si on limite le TRANSFERT PHYSIQUE des contaminants hors du canal lors de la remise en suspension de ces sédiments sous l’effet du passage de l’eau de mer. Cette conclusion repose en fait sur une impasse : celle du TRANSFERT BIOLOGIQUE, en effet :

  • L’objectif est d’amener, COMME AUTREFOIS, une eau de mer parfaitement transparente, saturée en oxygène, riche en nutriments et chargée de larves marines, pour qu’elle fertilise le sud de l’étang, bien mieux que peuvent le faire les apports du golfe de Fos, certes beaucoup plus abondants mais de qualité très inférieure pour la production primaire et la diversité biologique.
  • Du coup, ce surcroît de foisonnement de vie marine doit concerner le canal en priorité, et il est ici tout à fait illusoire d’espérer (si l’on peut dire) que l’écotoxicité des vases joue un rôle limitant : simplement des formes résistantes seront privilégiées. L’effet à attendre est un intense développement dans le canal de communautés benthiques contaminées.
  • Or le TRANSFERT BIOLOGIQUE hors du canal, via les chaines alimentaires, ne peut être évité, car les prédateurs apicaux (tels les loups, daurades, muges et anguilles) sont des formes particulièrement vagiles et mobiles, à la recherche de proies.

Ainsi, bien que l’étude prétende avoir dans chaque alternative  choisi systématiquement l’option la plus défavorable, force est de constater que le risque de TRANSFERT BIOLOGIQUE a été négligé. Pourtant l’expérience a bien démontré (et notamment la catastrophe de Tchernobyl) que la dispersion via les chaînes alimentaires est le mécanisme le plus pernicieux et le plus préoccupant, sitôt franchie la phase de transfert de la contamination par dispersion physique. Le transfert biologique de la contamination des sédiments vers le reste de l’étang est de plus un risque majeur car il peut avoir des conséquences sur la santé publique.

En effet, pérenniser l’interdiction de pêche dans le canal et dans l’étang de Bolmon non seulement décevra fortement les attentes des populations riveraines, mais risque d’être une mesure insuffisante puisque des poissons à la chair contaminée pourront circuler entre le canal et le Grand étang, l’étang de Vaïne ou le canal de Caronte. C’est dire que l’interdiction de pêche risque de devoir être étendue au delà de ses limites actuelles, avec les conséquences socioprofessionnelles que l’on devine. Les pêcheurs professionnels risqueront d’exprimer leur mécontentement de façon d’autant plus véhémente qu’ils se sentiront fondés pour leur défense à s’adresser aux instances communautaires.

L’ETANG NOUVEAU est favorable à la réouverture expérimentale du Rove, MAIS SOUS RESERVE d’une décontamination préalable des sédiments, pour éviter un transfert biologique  de la pollution chimique aux plans d’eau adjacents, via les chaînes alimentaires

Le second point concerne le passage d’eau marine dans l’étang du Bolmon, prévu en période 2 de la phase 1 de la réouverture expérimentale.
Outre le problème de contamination via les transferts de sédiments ou le transfert biologique qui fait l’objet du point précédent, cet étang de salinité faible (inférieure à 10 grammes par litre) et de faible volume va voir son écosystème très rapidement perturbé par la hausse de salinité due au passage de l’eau marine.

Or l’étang du Bolmon possède une avifaune véritablement exceptionnelle et réputée telle (de 172 espèces d’oiseaux dont 40 nicheurs) qui trouve ici des conditions particulières. Si on altère ces conditions, on risque de détruire l’équilibre fragile de ce biotope exceptionnel.

Notre association s’oppose au passage d’eau marine à travers l’étang du Bolmon prévu lors de la réouverture expérimentale. »

Nous rajoutons ci-dessous, pour nos lecteurs qui ne connaîtraient pas bien le problème,

  • une photo aérienne (Google earth) montrant les 3 plans d’eau que constituent l’Etang de Berre (partie sud-est), l’étang de Bolmon et le canal du Rove (partie nord).
  • une autre photo aérienne (Google earth) pour rappeler que le « canal du Rove » fait partie du « canal de navigation de Marseille au Rhône » . Le déplacement de l’essentiel du port de Marseille à Fos sur Mer a rendu cette partie entre Marseille et Fos inutile pour sa fonction première ce qui explique son abandon depuis l’effondrement de 1963.

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